Procès Baupin : Cécile Duflot, en pleurs, accuse l'ex-député d'agression sexuelle

Justice
RÉCIT - L'ex-députée écologiste et ex-ministre du Logement a témoigné ce jeudi à la barre lors du procès en diffamation intenté par Denis Baupin contre plusieurs femmes l'accusant d'agressions sexuelles. Visiblement très émue, elle est revenue en détail, sur les faits dont elle aurait été victime lors d’un congrès en 2008 à São Paulo.

"En ce qui concerne Denis Baupin, dès 2003 j'ai eu connaissance de rumeurs, mais ce n'était que des rumeurs". C'est ainsi qu'a débuté le récit de Cécile Duflot, appelée à témoigner à la barre ce jeudi lors du procès en diffamation intenté par Denis Baupin contre plusieurs femmes l'accusant d'agressions sexuelles. Mais c'est rapidement sur les faits dont elle accuse l'ex-vice-président de l'Assemblée, lors d’un congrès en 2008 à São Paulo, que l'ex-députée écologiste et ex-ministre du Logement, s'est ensuite attardée, en détail. Un témoignage que Marie Barbier, qui assiste à l'audience pour le compte du quotidien L'Humanité, a retranscrit en direct ce témoignage.


"En 2008, on se retrouve à Sao Paulo, je suis très fatiguée, ma fille vient de naître, je l'allaite, donc je dois tirer mon lait toute les quatre heures", commence Cécile Duflot, la voix tremblante selon notre consœur. L'ancienne patronne des Verts qui dirige désormais l'ONG Oxfam France, a ensuite évoqué une dispute entre Denis Baupin et un autre membre du parti, qui l'aurait poussée à s'en aller, excédée. Plus tard, celui qui était alors adjoint au maire de Paris chargé des transports et de la voirie lui aurait envoyé un SMS pour lui demander le numéro de sa chambre. 

"Je sais que tu en as autant envie que moi"

"Je n'ai pas réfléchi, je lui au donné", a-t-elle confié. Vient alors le moment où Denis Baupin frappe à sa porte : "Avant même qu'il ouvre la bouche" elle avait "compris qu'il y avait un problème". Et de détailler : "Il me regardait bizarrement (...) Son regard m'a fait peur. Pour tout vous dire, j'étais en train de tirer mon lait, j'avais juste rabattu mon tee-shirt, le stress a fait couler mon lait, je me sentais tellement vulnérable." 


L'ex-ministre du Logement poursuit son récit : "Je sais que tu en as autant envie que moi", lui aurait lancé Denis Baupin. "Il me caresse et met sa main sur mon cou, il me dit 'laisse toi faire'. J'ai eu un bon réflexe, je lui ai donné un coup de pied dans le tibia, je l'ai poussé dehors et  j'ai claqué la porte", poursuit-elle.


"J'ai appelé le père de ma fille, ça n'était pas une bonne idée il s'est fâché", a ensuite précisé Cécile Duflot, qui précise n'avoir plus parlé de ces faits à personne jusqu'à ce que l'affaire éclate, tout comme l'idée de porter plainte ne lui a "jamais traversé l'esprit". Pour quelles raisons ? "Il était candidat contre moi (à la présidence du parti NDLR), évidement que si je disais quelque chose on me dirait que c'était parce qu'il était candidat contre moi."

"Juridiquement, c'est un agresseur sexuel"

"Juridiquement, [Denis Baupin] est un agresseur sexuel, mais je n'en avais pas conscience. J'avais oublié des faits. C'est pour ça que je suis émue ici parce que plein de choses remontent", a-t-elle expliqué ensuite, avant d'insister sur son état de vulnérabilité au moment des faits. "J'étais vulnérable, j'avais un bébé de deux mois. Je ne comprends même pas comment il a pu croire qu'il y avait une ouverture", conclut-elle, reprenant un récit qu'elle avait déjà transmis à la police en 2016, ainsi qu'à France Inter et Mediapart, mais sous le sceau de l'anonymat, comme le raconte Libération.


Alors que treize autres femmes se déclarent victimes des violences sexuelles commises par Denis Baupin, Cécile Duflot a ensuite expliqué que Sandrine Rousseau, ancienne porte-parole d'EELV et fondatrice de l'association "Parler", lui a raconté ce qui lui était arrivé, lui faisant promettre à l'époque de ne pas l'ébruiter. "Je lui ai dit : il t'a touché les seins, c'est une agression. Elle ne voulait pas porter plainte."


Alors que Denis Baupin, par la voix pour le moins virulente de son avocat Emmanuel Pierrat, nie vigoureusement les faits, Cécile Duflot assure à la barre n'avoir "aucun doute sur le fait que les femmes qui ont parlé ont dit la vérité." Et de se fustiger pour son "manque d'écoute" des femmes d'EELV, "une énorme erreur". Durant son audition, les larmes ont finalement pris le dessus lorsqu'elle a évoqué la nouvelle génération de femmes engagées en politique : "Maintenant que c'est dit, les filles après nous, non seulement elles auront des responsabilités (politiques) mais, en plus, elles sauront qu'elles ne sont pas obligées de subir ça."

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L'affaire Denis Baupin

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