Booba et Kaaris de retour au tribunal ce jeudi

Justice
JUSTICE - Ce jeudi devant le tribunal de Créteil, Kaaris et Booba, deux poids lourds du rap français devront répondre des accusations de violences aggravées, après leur violente rixe survenue le mercredi 1er août à Orly. Ils encourent sept ans de prison et 100.000 euros d'amende. Petit rappel des faits de ces dernières semaines.

Les faits

Mercredi 1er août dernier, une rixe entre deux bandes rivales éclate dans la salle d'embarquent du hall 1, de l'aéroport d'Orly Ouest. Sous les yeux des passagers et de quelques fans, les deux rappeurs Booba et Kaaris ainsi que leur entourage en viennent au main, provoquant des retards de vols, la fermeture temporaire d'un hall et un magasin saccagé. 


Interpellés par la police aux frontières, onze personnes sont placées en garde à vue, dont Elie Yaffa alias Booba et Okou Armand Gnakouri, alias Kaaris. Tous deux étaient en salle d'embarquement dans l'attente d'un vol, à destination de Barcelone où chacun d'entre eux avait prévu de se produire dans une boite de nuit. 


Aéroports de Paris a déposé plainte pour "trouble à l'ordre public avec préjudice d'image et financier", ainsi que "mise en danger de la vie d'autrui", la bagarre ayant empêché la mise en place d'un périmètre de sécurité autour d'un bagage abandonné, a indiqué un porte-parole. Une deuxième plainte a été déposée par Air France. La société a chiffré son préjudice à 8500 euros en raison des retards subis par plusieurs de ses appareils. Enfin, le gérant de la boutique de duty-free, qui a également déposé plainte, a lui fait état de 54.000 euros de dégâts. 

Ce qu'ils ont dit aux enquêteurs durant la garde à vue

D'après le compte-rendu des enquêteurs, la vidéosurveillance de l'aéroport montre que la bande de Booba serait à l'origine de la bagarre. Pourtant, les deux rappeurs se rejettent la faute. Durant sa garde à vue, Booba a expliqué aux enquêteurs que Kaaris le fixait dans la salle d'embarquement, "un peu provocateur" et que lui,  voulait "contourner" son rival. Il explique avoir été la cible de projectiles "et ensuite c'était parti".


Kaaris lui, assure qu'à Orly, son rival s'est approché de son groupe avec ses amis. "Lève-toi salope", aurait dit l'un d'eux. "Après, les coups pleuvaient, ça partait dans tous les sens", assure Kaaris. "Je me suis défendu comme je pouvais", dit-il.

"Je suis un acteur et j'en ai trop fait", dira même Kaaris. "J'étais fatigué, j'avais été moqué, sali, humilié". Booba est "en guerre contre le monde entier". Il "casse des carrières" pour "garder le monopole", dira-t-il. Une version appuyée par les images vidéos de la rixe, expliquent les fonctionnaires de police. Sur les bandes, on voit Booba arriver depuis la zone de contrôle "d'un pas décidé", lâcher son sac au sol et "continuer d'avancer" avec un de ses proches vers Kaaris, qui finit par reculer "pour conserver une distance", notent-ils. "A 14h56 et 20 secondes", Booba et son ami "se ruent sur Kaaris", et le "clash" tourne à la bagarre générale. 

En vidéo

VIDEO - L'avocat de Booba réagit à la bagarre opposant le rappeur à Kaaris

La genèse de cette bagarre

Durant leur garde à vue, les deux rappeurs sont interrogés par les enquêteurs de la police aux frontières. Selon les procès-verbaux, "ça a commencé par des piques (...) ça dure depuis très longtemps", expliquera Booba. C'est lui, rappelle-t-il, qui avait "lancé" la carrière de Kaaris en l'invitant sur le morceau "Kalash", gros succès en 2012. Mais deux ans plus tard, en improvisation sur l'antenne de Skyrock, Kaaris s'adresse au "numéro 1" : "Je vais attendre que le soleil soit assez haut dans le ciel que tous me voient tuer le roi". Booba se sent alors visé par son dauphin. "Il a eu des paroles envers moi à la radio que je n'ai pas appréciées. Je ne sais pas ce qu'il cherche", dit-il aux enquêteurs. S'ensuivent des années d'"altercations", de "clashes sur les réseaux sociaux", décrit-il. 


Pour Kaaris, 38 ans, la rivalité a en réalité commencé quand il a refusé "d'insulter" deux rivaux de Booba, Rohff et La Fouine. "Il m'a dit 'c'est pas grave tu vas prendre leur place'". Booba, dit-il, multiplie alors les piques, notamment via des montages sur Instagram. "A chaque fois, c'est fait pour me ridiculiser", dit Kaaris devant les policiers. La dernière attaque en date ? Une phrase de Booba, invité par un autre rappeur sur un morceau sorti en juillet, où il parle de "mettre son sexe dans le sexe de ma femme", dira Kaaris aux enquêteurs. En juin, dans le clip en images d'animation du morceau "Gotham", Booba "me décapite devant un bar gay", poursuivra, le rappeur originaire de Sevran. 

En vidéo

EXCLUSIF - Clash à Orly avec Booba : le manager de Kaaris prend la parole

L'audience de comparution immédiate

Après deux nuits passées en garde à vue, les deux bandes rivales sont jugées en comparution immédiate pour violences aggravées devant le tribunal de Créteil. Il avait été décidé dès l’ouverture de l'audience que le procès allait être renvoyé à une date ultérieure en raison de l'heure tardive (21h30) et de la complexité du dossier. 


Alors les avocats ont tenté de convaincre la cour de ne pas envoyer leurs clients en détention provisoire. Devant la cour, tous ont exprimé leurs regrets. "Si j’avais su qu’il était à cet aéroport, vu nos antécédents, j’aurais changé de vol, a expliqué Booba, en débardeur blanc devant la cour. "Ce qui s’est passé est inexcusable, déplorable […] Je pense qu’entre lui et moi l’abcès a été crevé. À l’avenir, on sera irréprochable. Pour l’avenir et pour le rap", a déclaré le rappeur de Boulogne qui proposait également de prendre en charge la moitié des préjudices. 


Son avocat, Yann Le Bras avait lui aussi tenté d'effacer l'image de "rappeurs qui se déchaînent (...) dans un aéroport". Dans le box, ce sont des "quadragénaires, pères de famille", a-t-il dit, décrivant son client, comme un "chef d'entreprise exemplaire".

"Tout est terminé, tout est apaisé", avait renchéri Kaaris. Rejetant toute responsabilité dans la rixe, un de ses avocats Me David-Olivier Kaminski, avait assuré que son client "n'a rien à faire en prison".


Après deux heures de délibération, neuf personnes sont placées en détention provisoire, jusqu'au procès, ce jeudi 6 septembre. Le président du Tribunal a  justifié sa décision par "l'animosité persistante entre les deux groupes", le risque de nouvelles altercations et la nécessité de protéger "l'ensemble de personnes". Durant les débats, les différents avocats ont tenté de faire libérer leurs clients mais rien n'y a fait. Le tribunal a préféré suivre les réquisitions du parquet qui lui, était favorable, à un placement en détention provisoire. 


Le clan de Kaaris ira à Fresnes et celui de Booba à Fleury-Mérogis. Les avocats ont fait part de leur déception. "Ce qu'on a décidé c'est que la justice se rend sur les réseaux sociaux, sur les chaînes d'infos en continu", a dénoncé Yassine Yacouti, l'avocat de Kaaris. "C'est une justice immédiate rendue de nuit (...) nous nous réservons le droit de demander des remises en liberté en attendant le 6 septembre", avait renchéri un autre avocat du rappeur de Sevran. 

En vidéo

Booba vs Kaaris : les réactions des avocats après la mise en détention des deux clans

La détention

Durant leur détention, les rappeurs ont fait profil bas. Tous deux ont demandé leur remise en liberté auprès du tribunal de Créteil mais celle-ci leur a été refusée. Néanmoins, Booba a dénoncé sa détention. Dans un tweet, dicté au téléphone depuis Fleury-Mérogis à sa manageuse, le rappeur écrit : "Quand je serai grand, je voudrais être Benalla ou moine pédophile. 10 ans pour une bagarre, c’est avec ou sans le streaming ? #uneépoqueformidable", en référence aux scandales au sein de l'Eglise et à l'affaire provoquée cet été par l'ex-conseiller de l'Elysée, Alexandre Benalla. Pour son avocat, le message est "humoristique, décalé, mais aussi un peu percutant". 


A Fresnes, où il a été incarcéré en attendant son procès, Kaaris est filmé en train de marcher dans la cour et un selfie avec un détenu ainsi que sa fiche de détenu avec le solde de cantine circule sur les réseaux sociaux. Une enquête est alors ouverte. La cellule de Kaaris est fouillée, et un téléphone portable est saisi, a précisé la Direction de l'administration pénitentiaire. Un téléphone portable est également saisi dans la cellule du détenu auteur du selfie. 

La remise en liberté

Le 20 août, rendez-vous est pris devant la Cour d'appel de Paris. Les deux rappeurs ainsi que leurs clans respectifs contestent leur détention et demandent à être placés sous contrôle judiciaire. L'avocat général demande à la cour de confirmer leur détention provisoire, estimant dans ses réquisitions qu'elle était fondée sur des "motivations sérieuses". Il a évoqué "l'explosion de violence, tout aussi inattendue qu'inacceptable", dont ont fait preuve les clans des deux rappeurs et n'a pas exclu qu'ils subissent des représailles de la part de fans de l'un ou de l'autre, s'ils sortaient de prison avant leur procès. 


Trois jours plus tard, les rappeurs sont libres mais ont interdiction de quitter le territoire français et d'entrer en contact l'un avec l'autre. Ils ont également dû remettre chacun une caution de 30.000 euros. La cour d'appel de Paris a également ordonné la remise en liberté et le placement sous contrôle judiciaire de leurs huit proches qui sont poursuivis pour avoir participé à la bagarre. 


L'avocat de Kaaris, Me Yassine Yakouti, a lui salué "l'application du droit". "Aujourd'hui ce qui est important c'est que Kaaris et ses amis puissent rejoindre leur famille, et préparer sereinement le procès". La cour a "compris la réalité de ce dossier", s'était aussitôt réjoui Me Le Bras. "C'est une affaire de violences croisées, qui n'a blessé personne d'autre que les protagonistes. Elle redevient ce qu'elle est", a-t-il ajouté. Pour l'heure, les deux hommes ainsi que leur entourage préparent leur défense. Ils encourent sept ans de prison et 100.000 euros d'amende. 

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Bagarre à Orly : Booba VS Kaaris fixés le 9 octobre

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter