Procès : Claude Hermant ne "comprend pas comment les attentats de janvier 2015 n'ont pu être arrêtés"

Dessin de la salle d'audience, lors du premier jour du procès de Charlie Hebdo-Hyper Cacher le 2 septembre
Justice

JUSTICE - Figure de l'extrême droite, indicateur pour les douanes et la gendarmerie et condamné pour trafic d'armes en bande organisée, le Lillois Claude Hermant a été entendu ce jeudi comme témoin au procès des attentats de janvier 2015. Plusieurs armes utilisées par Amedy Coulibaly sont passées entre ses mains.

Parti à 5h30 de Belgique en voiture, coincé dans les bouchons à 10 kilomètres de Paris, Claude Hermant est arrivé tout essoufflé avec 1h15 de retard à l'audience. Le président Régis de Jorna lui fait remarquer tout de suite que c'est inadmissible, avant de l'interroger, sans le laisser déposer spontanément : "Ça vous fait quoi d'être devant cette cour d'assises en sachant que vous avez eu entre les mains des armes qui ont servi à tuer?" 

Crâne rasé, barbe poivre et sel dépassant du masque, costaud, l'homme vêtu d'un t-shirt gris, d'un treillis vert et de baskets déclare sans attendre : "Il n'y a pas une nuit sans que j'y pense. C'est un énorme loupé. Ces armes étaient facilement tracées, les services de police étaient dessus. Je ne comprends pas comment ces attentats n'ont pas pu être arrêtés".  

Le témoin, né en 1963, affirme qu'il n'est pas responsable de ce qui est arrivé les 8 et 9 janvier 2015 à Montrouge et à Paris. Ancien militaire et ex-indicateur pour les douanes et la gendarmerie un temps, présenté parfois comme une figure de l'extrême droite (ce qu'il conteste), Claude Hermant est accusé d'avoir acheté à une société slovaque huit des armes retrouvées à l'Hyper Cacher et dans l'appartement conspiratif d'Amedy Coulibaly, dont les fusils d'assaut et des pistolets automatiques Tokarev.  

Achetées démilitarisées, ces armes ont ensuite été remises en état de marche, avant d'être revendues et transmises au terroriste. Plusieurs des accusés au procès sont soupçonnés d'avoir joué les intermédiaires entre le Lillois et Amedy Coulibaly mais tous contestent. 

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"Je n'ai pas remilitarisé les armes!"

"Les huit armes sont passées par notre société Seth Outdoor, convient Claude Hermant, mais nous ne les avons pas remilitarisées". Il ne désigne personne comme auteur de cet acte. "Nous avons eu un an de surveillance par quatre services différents. Soit je suis très très bon, soit ils sont très très cons ! Bornages, balisages, filatures, surveillances devant nos commerces. Quatorze mois de surveillance pour néant. Je n'ai pas été dans le local remilitariser les armes", répète-t-il.

Claude Hermant ne comparaît pas au procès sur les bancs des accusés.  Il a été condamné en février 2019 par la cour d'appel de Douai dans le cadre d'une procédure disjointe, portant sur un trafic d'armes en bande organisée à huit ans de prison et 30.000 euros d'amende. Une absence regrettée par les avocats de la défense et des parties civiles, mais jugée normale par le trafiquant qui assure avoir participé à ce trafic d'armes dans le cadre d'une mission d'"infiltration" pour les services de gendarmerie. 

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"Des duvets et des gamelles"

Aujourd'hui, Claude Hermant déclare être gérant d'une société, toujours la même, Seth Outdoor. "Je continue la vente de duvets, de gamelles...  J'ai arrêté les ventes d'armes neutralisées et de tirs à blanc", assure le témoin.  Le président étonné: " Vous ne vendez plus que des duvets?". Claude Hermant concède qu'il vend aussi "quelques couteaux...", "à la rigueur". Régis de Jorna remarque : "On peut tuer avec des couteaux. Amedy Coulibaly avait des couteaux. Ça n'était pas des Opinel ou pour couper du saucisson"

"Il fallait trouver des coupables et des fusibles, il y en a un devant vous" poursuit Claude Hermant avant de préciser que sa société est "en veille et en vente". "Il reste 6000 euros de stocks, il faut trouver quelqu'un qui rachètera la totalité". Quant au monde du renseignement,  pour lui c'est "terminé, mort, enterré". 

Me Casubulo, avocat de partie civile, s'adresse à son tour au témoin : "Reconnaissez vous une responsabilité dans ces actes odieux, ces attentats?"  "J'ai une responsabilité morale oui, intentionnelle non", estime ce dernier. Les avocats des accusés soupçonnés d'avoir été des intermédiaires lui demanderont avant qu'il ne dispose s'il connait leurs clients, présents dans les box. Les regardant tout à tour, Claude Hermant assure ne pas connaître ni Amar Ramdani,  ni Saïd Maklhouf, Mohamed Amine Fares, Metin Karasular ou Michel Catino.  Un soulagement pour la défense.

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