Procès d'Abdelkader Merah : "Aujourd'hui, je condamne les actes de mon frère"

JUSTICE – Au deuxième jour du procès d'Abdelkader Merah et de Fettah Malki devant la cour d'assises spéciale de Paris, c'est la personnalité du grand frère de Mohamed Merah qui a été examinée ce mardi matin. Une enfance "parfaite" selon l'accusé puis, après le divorce de ses parents en 1993, une suite "chaotique", avant la religion.

"Ni les voyages ni la religion ne seront abordés aujourd'hui, a d'emblée averti le président de la cour d'assises spéciale ce mardi matin. L'interrogatoire sur l'engagement religieux aura lieu le 13 octobre".  Au deuxième jour du procès Merah, c'est le parcours d'Abdelkader Merah, considéré par certains comme le mentor de son petit frère Mohamed, auteur des tueries de Toulouse et de Montauban, qui a été au centre des débats.

 

Pendant plusieurs heures, c'est la personnalité de cet homme né le 15 septembre 1982 à Toulouse, fils de Mohamed Merah (père) et de Zoulika A. et frère de Abdelghani, Souad, Aicha et Mohamed Merah (fils), qui a été détaillée. Comme la veille, l'accusé était vêtu de blanc, avait la barbe épaisse et portait le catogan. Depuis le box, debout, Abdelkader Merah, 35 ans, a répondu, avec un accent du sud mais sans jamais hausser le ton, à toutes les questions du président, exceptions faites d'un ou deux sujets, comme celui du tuteur qui l'a marié religieusement ou encore de certaines fiches de paie. 

Une mère en "pole position"

Abdelkader Ben Laden a donc grandi à Toulouse, avec ses parents, ses deux frères et deux sœurs, avant que ces derniers ne se séparent en 1993. Son père était gérant d'une fabrique de métaux de construction. Arrêté puis condamné à cinq ans de prison pour une affaire de stupéfiants, Mohamed Merah père est reparti en Algérie après en avoir purgé quatre avant de repartir en Algérie. Selon Abdelkader Merah , son père a épousé plusieurs femmes. Il aurait "une dizaine, quinzaine de demi-frères et soeurs", précise l'accusé. 

 

De ses parents, c'est de sa mère qu'il a toujours été le plus proche, la plaçant en "pole position", devant sa femme même. "Une mère si elle meurt, on ne peut pas la remplacer. Une femme si elle meurt, on peut se remarier", a dit ce mardi l'accusé depuis le box, suscitant des "oh" d'horreur dans la salle. 

Surnommé "Ben Ben" et "Jake"

Concernant les alias qu'aurait eus l'accusé au cours de sa vie, plusieurs ont été évoqués à l'audience :

- "Aviez-vous un surnom dans le quartier ?", demande le président à Abdelkader Merah

- "Ben Ben", répond l'accusé. 

- "Ça correspond à quoi ?, "reprend le président.

- "Ben Laden", précise Abdelkader Merah.


Ce surnom lui a avait été donné après qu'il a crié Vive Ben Laden après les attaques contre le World Tarde Center en 2001. ""C'était pas une question religieuse, a expliqué l'accusé. A l'époque, j'étais un petit délinquant à 1000 lieues de l'islam". Il était aussi appelé par les proches le "Grand Ben Ben", quand son frère Mohamed était lui désigné comme le "petit Ben Ben". 

 

On apprendra également au cours de la journée qu'Abdelkader avait eu par la suite un autre surnom, celui de Jake, dû à sa forte consommation de whisky, alcool auquel s'ajouteront des stupéfiants, "du cannabis" précisément. 

Foyers, violences…

Car Si Abdelkader parle d'une enfance "parfaite", il évoque un parcours "chaotique" après le divorce de ses parents, qu'il compare à la "Seconde guerre mondiale". "Ça été la déchirure. Ma mère a fui mon père. On devait aller dans des foyers", lâche-t-il depuis le box. 

 

En échec scolaire, renvoyé d'établissements, "rejeté par sa mère", placé en foyer, Abdelkader Merah sombre doucement dans la délinquance. Le week-end, il rentre à la maison et devient "violent" et "antisocial" selon un rapport du juge des enfants. Il "crache" et "insulte" sa mère, il l'aurait aussi battue. Il aurait été également violent avec son frère, Mohamed. 

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Portrait d'Abdelkader Merah

Il démissionne un mois avant les attentats commis par son frère

Puis, après un CAP de peintre en bâtiment, Abdelkader Merah exerce cette profession en intérim. "Le CDI, c'est de l'esclavage", estime-t-il. Il démissionnera presque un mois jour pour jour avant les attentats commis par son frère Mohamed en Mars 2012 à Toulouse et Montauban. 

 

Entre temps, Abdlekader Merah a été condamné plusieurs fois, notamment pour avoir porté des coups de couteau à son frère Abdelghani. L'origine de la rixe aurait été le fait que ce dernier soit en couple avec une Française d'origine juive. Abdelkader Merah a toujours contesté l'origine antisémite de son geste. 

"Je ne suis pas Dieu"

"A partir de 2006, il n'y a plus une condamnation", remarque le président. "L'entrée en religion a changé ma vie, répond Abdelkader Merah. Après cela, je n'ai même pas volé un bonbon". S'il n'a plus commis de délit à cette époque, il est aujourd'hui dans le box pour des faits dont il est soupçonné et qui sont beaucoup plus graves. Poursuivi pour complicité d'assassinats après les actes commis par son petit frère Mohamed, Abdelkader Merah encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Les parties civiles le considèrent comme le cerveau de ses attaques. Lui dit qu'il ignorait tout des intentions de Mohamed Merah. 


Sur la fierté qu'il avait exprimée envers son frère cadet après sa mort, il dit avoir réagi dans la tristesse, le regret et la colère", mais aussi pour l'honneur de Mohamed". "Aujourd'hui, j'ai toujours de l'amour pour lui mais je condamne ses actes", déclare l'accusé depuis le box. 

- "Votre frère a-t-il été un bon musulman ?", lui demande un avocat.  

- "Un pécheur musulman", estime Abdlekader Merah. 


Un autre avocat de la partie civile lui demande alors s'il pense que Mohamed Merah est aujourd'hui en enfer ou au paradis. L'accusé rétorque  : "Je ne suis pas Dieu". 

 

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