Procès d’un cyberharceleur de l'ex actrice porno Nikita Bellucci : ce n’est pas grave, "c’est sur internet"

Procès d’un cyberharceleur de l'ex actrice porno Nikita Bellucci : ce n’est pas grave, "c’est sur internet"

Justice
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COMPTE RENDU D’AUDIENCE - Quelques jours après la condamnation des harceleurs de Nadia Daam, un internaute auteur de cyberharcèlement envers l’ancienne actrice porno Nikita Bellucci a été condamné ce vendredi 6 juillet à une peine de prison ferme. Retour sur un procès qui fera date.

Il dormira ce soir en prison. Un auteur de cyberharcèlement et de menaces de viol envers l’ancienne actrice porno Nikita Bellucci a été condamné ce vendredi 6 juillet, par le tribunal correctionnel de Nanterre, à une peine de 18 mois d’emprisonnement dont 15 avec sursis, assortis d’un mandat de dépôt. Une décision rare - si ce n’est inédite - qui sanctionne un cyberharceleur d’une peine de trois mois de prison ferme. 


L’homme en question est âgé de 33 ans, mais il en paraît 15 de moins. Petit, maigre, déjà un peu dégarni, le prévenu porte des petites lunettes sans monture, un tee-shirt Puma, une sacoche fluo en bandoulière. De grandes chaussettes blanches dépassent de ses baskets dernier cri. Sur son visage, l’expression neutre de quelqu’un qui n’est ni étonné, ni totalement en phase avec ce qui se joue autour de lui. Les experts psychiatres ont décelé chez lui "des troubles du comportement sur fond d’épilepsie" et "un niveau intellectuel limité". Reconnu adulte handicapé, il vit chez ses parents. Pourtant, il est jugé pénalement responsable; l’homme devra répondre de ses actes.

Et ceux-ci sont nombreux. Le trentenaire comparaît pour des faits de "harcèlement sexuel de façon répétée" et "menace de crime" sur l’ancienne actrice du X Nikita Bellucci, exposée par ailleurs à un harcèlement en ligne massif. Les éléments à charge sont accablants : des mails à connotation sexuelle par dizaines - "tu veux ma bite ? Les flics ils vont rien faire à part me convoquer" - des menaces à n’en plus finir - "Je m’occupe de ton cas ma poulette, je vais te violer et te laisser pour morte sur la chaussée, chiennasse". En outre, il est poursuivi pour "outrage à personne dépositaire de l’autorité publique" pour avoir copieusement insulté les policiers présents lors de son audition. 

Ce harcèlement a des répercussions sur ma santé psychique Nikita Bellucci

Ce jeune homme, aussi chétif que ses insultes et menaces sont nombreuses, dégoulinantes de vulgarité, aurait-il pu passer à l’acte ? Ces menaces de viol à répétition formulées derrière son écran auraient-elles pu devenir davantage que des intimidations ? Probablement non, semblent penser les différentes parties de cette audience, à la vue d’un prévenu perdu et balbutiant, à l’aspect presque inoffensif. 


Mais le tribunal, en réalité, estime que le débat n’est pas là. Car ces lignes, même cantonnées aux boîtes mails, ont un impact bien réel sur la victime : " Ce harcèlement a des répercussions sur ma santé psychique", explique Nikita Bellucci à la barre. "Je reçois cela tout le temps, c’est violent. Je ne suis pas qu’une actrice porno, je suis un être humain. Je ne mérite aucunement ce genre de choses." "Quand la partie civile reçoit ces messages, elle ne sait pas qui les envoie, elle ne sait pas qui est derrière. Elle peut imaginer que ces mots vont se traduire dans la réalité", indiquera son conseil, Eric Morain, lors de sa plaidoirie.


Le tourmenteur, donc, est sommé de s’expliquer. "Pour madame Bellucci, je suis désolé", explique celui qui a tenté, en garde à vue, de faire croire au piratage de sa boîte mail. "Ça s’est enchaîné, au début j’ai commenté un tweet et après ça a dégénéré, j’ai pas compris."

Oui vous êtes impulsif, intolérant à la frustration, mais vous êtes responsable de vos actes, monsieur.Le procureur

La présidente : "Mais pourquoi vous écrivez tout cela à une personne que nous ne connaissez même pas ?"


"Je ne sais pas… Tout est parti d’un commentaire à l’un de ses tweets."


"Vous vous rendez compte de ce que vous écrivez ? De quel droit vous lui dites cela ?"


(silence) "Je ne sais pas. (…) Il y a d’autres choses qu’elle a faites aussi, en affichant ma photo sur Internet. Elle a dit que j’étais un détraqué."


" Et alors, ça vous choque, le mot détraqué ?"


" Mais c’est la maladie qui parlait, c’était pas moi !"


" Et pourtant, les psychiatres le disent : oui vous êtes impulsif, intolérant à la frustration, mais vous êtes responsable de vos actes, monsieur. "


Du côté de la défense, Maître Souraya demande à son client, dans une tentative de faire avancer les débats : "Vous ne pouvez pas vous cacher derrière la maladie. Comprenez-vous que vos propos sont graves et violents ?" Peine perdue. Le prévenu : "Non, j’ai pas compris ça, non. Parce que c’était sur internet." Dans la salle, tout le monde à part lui semble comprendre qu’il s’enfonce. "Je n’aurais pas dû poser cette question, c’était un fiasco", reconnaîtra plus tard, en pleine plaidoirie, l’avocate du prévenu, réprimant un rire.


Le procureur, lui non plus, n’est pas convaincu par les explications du trentenaire. " Certes, vous avez une haine des gens sur lesquels vous fantasmez, vous devez être suivi pour cela. Mais ce n’est pas la maladie qui parle. Par votre comportement, vous niez la liberté de la femme. Pour vous, la femme est un objet et Internet, une zone de non-droit et de toute-puissance." Un sentiment d’impunité auquel le magistrat souhaite mettre un point d’arrêt en requérant neuf mois de prison ferme. Le tribunal s’en tient à trois, assortissant cette peine d’une obligation de soins et d’une interdiction d’entrer en contact avec la victime. A l’énoncé de la sentence, le père du prévenu, assis dans le public, lance un "non" sonore. Son fils se laisse passer les menottes, impassible, pendant que la présidente lui dit, presque avec douceur : "On estime que vous n’avez pas compris la gravité de vos propos. Vous allez réfléchir quelques mois." Pour l’heure, l’avocate de la défense n’a pas indiqué à LCI si ses clients comptaient faire appel. 

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