Procès de Bendaoud : après le "Jawad Comedy club", l'échange poignant avec Bilal, victime du 13 novembre

Justice
JUSTICE – Au cinquième jour du premier procès en lien avec les attentats commis à Paris et Saint-Denis le 13 novembre 2015, plusieurs parties civiles se sont relayées à la barre ce mardi. Dénonçant le "Jawad comedy club" pour certaines, elles ont demandé aux trois prévenus de prendre leur "responsabilité", "d’assumer" et de "dire la vérité ".

Beaucoup d’émotion ce mardi dans l’enceinte de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris où sont jugés Jawad Bendaoud, Mohamed Soumah et Youssef Aït-Boulahcen. Pour la première fois depuis le début du premier procès en lien avec les attentats du 13 novembre 2015, les proches des personnes décédées, mais aussi les occupants du 48, rue de la République à Saint-Denis, qui ont perdu leur logement après l’assaut contre les terroristes Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, et Hasna Aït-Boulahcen, se sont exprimées. 


Au "spectacle" donné par Jawad Bendaoud, qui jure qu’il ignorait que ceux qu’il hébergeait étaient des terroristes, aux menaces et autres injures entendues dans la salle, ont succédé cet après-midi des paroles poignantes de personnes traumatisées à jamais et qui n’attendent qu’une chose : la vérité. 

" Le corps de mon fils était troué de 7 balles"

Il y a eu d’abord Patrick, qui a perdu son fils au Bataclan, et qui a raconté comment il l’avait retrouvé, deux jours plus tard à l’institut-médico-légal. "Mon sentiment le plus profond c’est que Monsieur Bendaoud ne pouvait que connaître ces terroristes. (…)Je pense, et c'est mon intime conviction, que Monsieur Bendaoud savait", a-t-il dit au tribunal. 


Puis il y  a eu Yolanka, qui a elle aussi perdu son fils unique, Sébastien. "Je vais essayer de parler calmement. Parce qu’à chaque fois que je parle de mon fils j’ai les larmes qui coulent, je suis veuve et voilà…. Mon fils a fait de grandes études, Science Po, il a travaillé à la commission européenne ..", a expliqué cette femme très émue. Elle a assisté et assistera chaque jour au procès. "Le corps de mon fils était troué de 7 balles. Ça n’est pas eux (les prévenus) vraiment qui l'ont tué. Mais j’ai besoin de comprendre", a-t-elle insisté  convaincue par ailleurs que les trois prévenus constituaient des "dangers pour la société". 

"Je ne suis pas au spectacle"

Au début de son audition, un autre Patrick, qui a perdu sa fille au Bataclan, a tenu à exprimer sa colère depuis le début du procès. "J’ai été outré lors des débats des rires qu’ont suscité à certains moments les déclarations des prévenus. Moi cela ne me fait pas rire du tout, a-t-il dit. Je suis ici pour suivre les débats dans un procès des complices de l’assassinat de ma fille et je ne suis pas ici ni en représentation ni au spectacle. Croyez-moi, je me serais bien passé de toute cette situation et j’aurais très largement aimé passer ces moments en compagnie de ma fille". Nathalie travaillait à la lumière dans la salle de concert du 11e arrondissement le soir du 13 novembre...


"Bendaoud a réussi à transformer le tribunal en comédie de boulevard en faisant son show, le 'Jawad comedy club' comme j'ai pu le lire dans la presse...  Moi il ne me fait pas rire du tout bien au contraire", a ajouté ce papa furieux. Pour lui, Jawad Bendaoud, "fait partie de toute une organisation". 


"Il a ruiné ma vie et celle de ma famille", a déclaré Patrick avant d’ajouter : "J’ai l’intime conviction que si ces trois-là ne sont pas les auteurs, ils sont des complices actifs et ils étaient bien au courant de ce qu’ils faisaient. Jawad Bendaoud l’a dit au tribunal, il n’est pas question de lui mettre 130 morts sur le dos dont ma fille, mais Il est certain qu’il a logé des terroristes en toute connaissance de cause". 

" Des familles entières sont K.O"

Sophie a elle raconté "l’agonie de son mari", hospitalisé le 13 novembre,  décédé six jours plus tard à l’hôpital Bichat.  "Au-delà de toutes condamnations (...) je vous invite seulement à ressentir l'agonie et le sang répandu. Sentez la mort sur vous" a lancé cette femme très éprouvée aux prévenus. 


Abdallah a lui vu partir ses deux sœurs, Halima et Hodda, ce soir d’automne au café La Belle équipe. "Ce qui me choque c'est la légèreté avec laquelle Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah ont pris ce procès. Vous avez oublié que des familles entières sont K.O depuis le 13 novembre » a-t-il dit aux prévenus. 


Quelques minutes plus tard, il s’approchera du box et échangera avec le surnommé "logeur de terroristes". Les deux hommes se tiendront même les mains. Car Abdallah le pense aujourd'hui, Jawad Bendaoud ignorait que ces hôtes étaient des terroristes. 

"Jawad il m'a convaincu qu'il n'était pas au courant"

Bilal a été gravement blessé dans l’attaque du Stade de France. Ce soir là, il a cru perdre son fils. Son fils est encore en vie mais Bilal a perdu un cousin, mort dans un café. Aujourd'hui,  Bilal pense comme Abdallah, Jawad ne connaissait pas le profil de ceux qu'il logeait. 

 

S’adressant  la présidente du tribunal, Isabelle Prévost-Deprez, il indique : "Moi, je vous dis la vérité. J’ai acheté un pistolet plein de balles : un pour me suicider, deux pour me venger. Et puis je me suis dit non, ça ne le fera pas revenir." 


Puis s’adressant indirectement aux prévenus : "Je voudrais qu’ils s’expriment et qu’ils assument.  Jawad, il avait pas connaissance de ça (que c’était des terroristes) mais il est responsable. Il avait qu’à demander à ses amis ». En larmes, il déclare: "Je le dis à toutes les personnes qui sont ici: Jawad il m'a convaincu qu'il n'était pas au courant. Je suis venu chercher une information à ce procès dont je connais maintenant la réponse. Mais j’ai besoin de les regarder dans les yeux, je veux qui me le dise en face". 


Les trois prévenus ne resteront pas insensibles aux mots de cet homme désormais tétraplégique et en fauteuil roulant. Ils lui feront part tour à tour de leurs pensées. 


"Bilal, t'as toute ma compassion, mon amour. On ne choisit pas sa famille", lui dira Youssef Aït-Boulahcen. 

Debout dans le box, Jawad Bendaoud lui déclarera : "je voulais te remercier. Tout ce que je dis depuis le début, depuis BFMTV était la vérité. A aucun moment je savais que ces mecs étaient des terroristes. J’ai vu les mecs ils étaient suspects, je me suis dit ils vendent de la coke… Je te remercie d’avoir été correct et d’avoir été la seule personne qui a été dans mon sens". 


Enfin, Mohamed Soumah lui dira : "Bilal, je suis désolé de ce que tu as vécu. La tombe de ma mère ce que tu as dit sur moi ça m’a touché. (…) Comme t’as dit il y a des terroristes, il y a des fous, et il y a des imbéciles. Je suis un imbécile. Je suis pas quelqu’un d’intelligent. J’ai mal jugé la situation. Je ne savais pas où je mettais les pieds". 


"Moi ce que je veux, c’est la vérité", leur lancera Bilal en retour. 

Plus de 500 personnes se sont constituées parties civiles dans ce procès qui doit durer jusqu’au 14 février, mais qui devrait se terminer plus tôt que prévu. Parmi elles, les occupants du 48, rue de la République à Saint-Denis,  où Jawad Bendaoud avait loué un squat à Abdelhamid Abaaoud, Chakib Akrouh, et Hasna Aït-Boulahcen, qui ont également défilé à la barre ce mardi. Tour à tour, elles ont notamment dénoncé leur difficulté à se reloger, le fait qu'elles n'aient jamais été considérées comme es victmes du terrorisme et qu'elles n'aient donc jamais été indemnisées..


D’autres victimes doivent être entendues mercredi avant que les avocats des parties civiles ne plaident, en fin de semaine. 

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