Procès de Georges Tron : "J'étais paralysée", raconte une plaignante

Procès de Georges Tron : "J'étais paralysée", raconte une plaignante

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JUSTICE - Virginie Faux, l'une des deux femmes qui accusent Georges Tron et son adjointe à la mairie de Draveil (Essonne), Brigitte Gruel, de l'avoir violée, a décrit jeudi devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis sa "sidération". Durant sept heures, elle a été interrogée sur ses erreurs et mensonges qui ont fragilisé son témoignage.

Depuis l’ouverture du procès, les caméras n’ont capté d’elle qu’une silhouette furtive. A la barre de la cour d’assises de Seine-Saint-Denis ce jeudi, Virginie Faux, longue chevelure blonde nouée en queue de cheval, livre ses premiers mots doucement : "Tout ce que je demande, c’est qu’on entende ma parole. On a beaucoup parlé en plaisantant de la réflexologie. Je n’ai pas porté plainte pour réflexologie mais pour agressions sexuelles". 


L’histoire des pieds que Georges Tron aimait à masser aurait commencé bien avant les viols qu’elle dénonce. Si elle était mal à l’aise face aux gestes du maire de Draveil, elle dit qu’à aucun moment, elle n’a pensé que cela "pouvait dériver". "Il touchait les pieds de tout le monde. A chaque fois, on me rassurait. Et comme ça ne gênait personne, je me suis dit qu’il fallait que je me détende". Sa présence au repas des pêcheurs un vendredi de novembre 2009 ne semblait pas indispensable, "j'étais secrétaire". Mais, dit-elle, "j’obéissais à mon patron". C’est sous la table ronde que les caresses sur les jambes de Brigitte Gruel et de Georges Tron auraient commencé : "J'étais bouleversée. J'essayais de faire en sorte que rien ne se voie à l'extérieur pour ne pas donner une mauvaise image".

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Les invités partis, Madame Gruel "a fermé la porte à clé". "Elle a défait les boutons de mon chemisier, a baissé mon soutien-gorge. J’avais toujours ma jupe, c’est M. Tron qui me l’a enlevée", murmure-t-elle. "Désolé de vous poser la question mais vous aviez des collants, une culotte, un string (…) parce qu’ensuite, vous parlez de pénétration", coupe le président. Virginie Faux répond docilement : ce jour-là, elle avait des bas. Un interrogatoire chirurgical suit : "C’est M. Tron qui introduit ses doigts dans votre sexe ?", "Vous voyez la fellation ?", "Vous ne réagissez pas ?". Virginie Faux tremble mais ne vacille pas, raconte la "sidération", ce corps en état de choc, "paralysé", qui ne répond plus.

Comme "un morceau de viande"

La cour poursuit sur le deuxième épisode qui se serait déroulé en janvier 2010, au domicile de Brigitte Gruel. On lui avait demandé de déposer l’agenda du maire. Quand elle entre, Virginie Faux "voit Georges Tron" dans le salon et sur "la table basse, trois verres de vin et des macarons". Cette fois, elle avait des collants. "J’ai été quand même caressé à travers", dit-elle d’une voix nouée. Mon cœur battait vite, je n’arrivais plus à respirer. J’avais peur de mourir d’une crise cardiaque". Les accusés "étaient-ils en mesure de percevoir" qu’elle ne voulait pas ?, reprend le président. "Le corps parlait", explique-t-elle en sanglots. "Comment ?", "par la rigidité, le non-consentement, on peut s’apercevoir même sans parole qu’une relation n'est pas consentie", répond Virginie Faux. Aux enquêteurs, elle dira qu’elle avait l’impression d’être un "morceau de viande, une poupée gonflable". "Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?", enchaîne l'homme sans plus de tact. "C’est clair, est-ce que j’ai besoin d’en rajouter ?", souffle-t-elle. 


Durant sept heures, Virginie Faux devra répondre de ses erreurs et mensonges, qui ont fragilisé son témoignage. Pourquoi n’a-t-elle pas quitté la mairie ensuite ? "Mon mari – auquel elle taira les faits – ne m’avait pas donné l’autorisation de démissionner. C’est lui qui prenait toutes les décisions. Je n’avais même pas le droit d’avoir un compte en banque", assure celle qui a divorcé en 2013. Pourquoi avoir inventé un cancer de l’utérus auprès de ses collègues ? "Pour moi, c’était la seule arme possible. Je savais que ça allait arriver aux oreilles de Georges Tron, il avait très peur des maladies, il était hypocondriaque, détaille-t-elle encore. Je suis désolée d’avoir menti, mais je ne le regrette pas, car à partir de ce moment-là, je n’ai plus eu de problème". Pourquoi avoir raconté être, après le repas des pêcheurs, rentrée chez elle, s'être lavée en utilisant une brosse à ongles, avant de se coucher ? "Vous passez sous silence un moment quand même relativement important", note le président. L’enquête a montré que ce soir-là, Virginie Faux a fait une tentative de suicide qu’elle date, de son côté, un mois plus tard. "Chronologiquement, c’est difficile d’avoir une cohérence quand on est sous le choc", justifie-t-elle. 

Selon la défense des accusés, c’est la rupture avec son chirurgien qui serait à l’origine du mal-être de Virginie Faux. Le praticien, après avoir nié, a fini par reconnaître devant les policiers deux relations sexuelles avec sa patiente. Elle, continue d’avancer que leur rapport était simplement amical. "Et en quoi cela pose une difficulté dans le dossier ? (…) Je suis censée me suicider pour deux relations sexuelles consenties ?", interroge-t-elle à son tour. Questionnée encore et encore sur les approximations de date, Virginie Faux ne sait quoi dire d'autre : "Je comprends que mes incohérences peuvent me porter préjudice. Je peux juste vous dire avec mes mots une vérité". 


Après la déposition éprouvante de sa cliente que la cour n'aura pas épargnée, son avocat rappellera que 600 000 femmes sont victimes de violences sexuelles chaque année. La plupart d'entre elles ne déposent jamais plainte. "Si elles suivent les débats, résumera Me Ollivier, elles seront confortées dans leur décision de laisser les choses sous le boisseau." 

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