Procès de Jawad Bendaoud : pour les victimes du 13 novembre, "ce sera un début pour comprendre ce qu’il s’est passé"

Justice
JUSTICE – Le "logeur" Jawad Bendaoud et deux autres prévenus, Mohamed Soumah, tous deux en détention provisoire, et Youssef Aït-Boulahcen - un frère d'Hasna Aït-Boulahcen -, sous contrôle judiciaire, sont jugés à partir de ce mercredi et jusqu’au 14 février par le tribunal correctionnel de Paris. Les deux premiers comparaissent pour "recel de malfaiteurs terroristes", le dernier pour "non dénonciation de crime terroriste". A l’occasion de ce procès, Me Samia Maktouf qui représente 25 parties civiles, répond aux questions de LCI.

Plus de 300 parties civiles, plus de 80 avocats, trois semaines d’audience, trois salles requisitionnées, c’est un procès hors norme qui débute ce mercredi 24 janvier au palais de justice de Paris. Hors norme par son ampleur mais aussi parce qu’il constitue le premier procès en lien avec les attentats commis à Paris et Saint-Denis, en 2015. 


Ainsi, jusqu’au 14 février, Jawad Bendaoud et deux autres prévenus, Mohamed Soumah, tous deux en détention provisoire, et Youssef Aït-Boulahcen - un frère d'Hasna Aït-Boulahcen -, sous contrôle judiciaire, doivent comparaitre devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Les deux premiers sont jugés pour "recel de malfaiteurs terroristes", le dernier pour "non dénonciation de crime terroriste".


Me Samia Maktouf représente 25 parties civiles, victimes du Bataclan, du Stade de France et des terrasses. Elle revient sur l’importance de ce procès pour ses clients. 

LCI : Quelles sont les attentes des parties civiles que vous représentez ? 

Me Samia Maktouf : Ces familles savent pertinemment que ça n’est pas le procès des attentats du 13 novembre mais pour autant, c’est important pour elles de commencer à comprendre les à-côtés de ces attaques. Nous aurons face à nous pendant trois semaines des prévenus qui ont contribué à essayer de soustraire des terroristes en cours de préparation d’un attentat, des premières réponses aux nombreuses questions que se posent mes clients pourraient être données. Rappelons qu’il y a une disjonction des faits avec les crimes imputés à Salah Abdeslam, seul survivant des terroristes du 13 novembre. Cette disjonction est la bienvenue, ce sera un début pour comprendre ce qu’il s’est passé au moment des attentats, ce dans un délai raisonnable puisque ce procès intervient deux ans après les attaques. Pour le procès de Salah Abdeslam, on le sait, il faudra attendre plus longtemps, 2019 au mieux, pour ne pas dire 2020. 


LCI : Pensez-vous que les parties civiles obtiendront des réponses aux nombreuses questions qu’elles se posent ? 

Me Samia Maktouf : Si elles n’obtiennent pas de réponses convaincantes, elles verront au moins un procès pour ces délinquants de droit commun, ces caïds confirmés qui évoluent dans l’environnement des terroristes. Ces derniers ont toujours bénéficié d’aide logistique ou autre. Le procès, de par son ampleur, permettra aussi de faire un éclairage sur ces acteurs indirects d’actes atroces.  

LCI :  Jawad Bendaoud avait été mis en examen dans un premier temps pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle", et devait comparaître devant une cour d'assises. Les faits ont depuis été requalifiés depuis en "recel de malfaiteurs". Regrettez-vous cette requalification ? 

Me Samia Maktouf : Bien entendu que je la regrette, car ce sont des personnes dangereuses, qui pensaient que ce qu’elles faisaient était tout à fait normal. Deux des trois prévenus, Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah sont en situation de récidive légale, il faut le rappeler. Toutefois, en tant qu’avocate, en tant que juriste, je comprends à la lecture du dossier, à l’issue d’une longue instruction menée par les juges, que l’élément intentionnel n’ait pas pu être dégagé et qu’on s’est contenté d’appliquer l’article 434-6 du code de procédure pénal, à savoir "recel de malfaiteurs terroristes" parce que il y a eu une aide qui a consisté à offrir un logement et de permettre à des terroristes de se soustraire aux autorités publiques. "L’association de malfaiteurs terroriste" n’a pas été retenue, le procès n’aura pas lieu devant une cour d’assises, et la peine encourue n’est plus dès lors de 30 ans mais de trois ans, multipliée par deux puisqu’en situation de récidive légale. 


LCI : On parle du procès de Jawad Bendaoud, mais comme vous le rappelez, deux autres hommes sont jugés à ses côtés, Mohamed Soumah et Youssef Aït-Boulahcen…

Me Samia Maktouf : Il est essentiel de le rappeler. Car Mohamed Soumah est au même niveau que Jawad Bendaoud, voire plus impliqué. Mohamed Soumah a permis la rencontre entre Hasna Aït-Boulahcen et Jawad Bendaoud. Hasna Aït-Boulahcen a fait part à Mohamed Soumah de l’arrivée de ce cousin, de son parcours, de ses actions terroristes… Il m’est difficile de croire que Soumah ne connaissait pas l’identité des terroristes. Maintenant se pose la question de savoir si Soumah connaissait le projet d’Abaaoud, c’est ce que l’instruction n’a pas réussi à établir. 


LCI : Jawad Bendaoud a comparu à plusieurs reprises en 2017, dans d’autres affaires. Il a été exclu à plusieurs reprises de la salle d’audience après avoir vivement exprimé son mécontentement. Redoutez-vous ce genre d’incidents ? 

Me Samia Maktouf : Jawad Bendaoud est un caïd confirmé, qui a été condamné à maintes reprises, notamment en 2008 pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». C’est quelqu’un de colérique, qui a tendance à se mettre en scène très facilement, qui s’exhibe facilement. Je fais confiance à madame la Présidente pour faire respecter la sérénité des débats au cours de ces trois semaines. Ce respect est nécessaire aux parties civiles mais aussi à la mémoire des victimes qui ont perdu la vie. 

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LCI : Jawad Bendaoud dit qu’il ne supporte plus la détention. Il clame toujours son innocence. Quand vous entendez cela, quel est votre ressenti ? 

Me Samia Maktouf : A mon avis, Jawad Bendaoud n’est pas encore convaincu du recel des actes incriminés pour lesquels il va être jugé. Et c’est malheureux. Il n’a pas conscience de sa dangerosité. Il n’a pas conscience de la gravité de ses actes. C’est la raison pour laquelle il est dans cet état d’esprit je pense. 


LCI : Jawad Bendaoud conteste les faits qui lui sont reprochés. Salah Abdeslam garde le silence. N’est-ce pas un peu décourageant pour les parties civiles ? 

Me Samia Maktouf : C’est sûr que la stratégie des terroristes et de ceux qui gravitent autour d’eux, soit à être dans un état colérique soit à garder le silence, pour les victimes et les avocats, ça ne va pas dans le bon sens. Mais ça n’est pas pour cela que l’instruction n’avance pas. L’instruction avance avec ou sans eux, heureusement d’ailleurs. Nous verrons bien comment se déroulera ce premier procès. ..

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