Procès de l'attentat raté de Notre-Dame : Sarah Hervouët, radicalisée dès l'adolescence

Justice

PORTRAIT - En marge du procès des protagonistes, Inès Madani et Ornella Gilligmann, de l'attentat raté de Notre-Dame, c'est toute la vie de Sarah Hervouët, mise en contact avec Inès Madani, qui a été passée au crible. Récit d'une radicalisation précoce.

Elles étaient trois femmes de la famille Hervouët à être présentes au procès de l'attentat raté de Notre-Dame. Mais une seule était dans le box des accusés : Sarah Hervouët. C'est sa sœur, qui vit désormais au Canada, qui est revenue sur son parcours, sa descente aux enfers." Quand elle a commencé à télécharger des applications islamiques, j'ai compris que ça prenait de l'ampleur", explique par visioconférence depuis Montréal l'élégante jeune femme de 22 ans, d'une voix claire. Sa sœur Sarah s'était convertie peu auparavant à l'islam.

Sarah Hervouët, 26 ans, est jugée depuis le 23 septembre pour "participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle". Le 8 septembre 2016, couverte d'un jilbeb, voile laissant seulement apparaître l'ovale du visage, elle a poignardé un policier en civil en opération de surveillance. Il a été blessé à l'épaule.

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Un père manquant

Elle comparaît aux côtés notamment d'Inès Madani, jugée pour avoir tenté de faire exploser une voiture près de Notre-Dame. Les deux femmes ont été mises en contact par le propagandiste du groupe Etat islamique Rachid Kassim. En mars 2015 déjà, Sarah Hervouët avait tenté de se rendre en Syrie, mais avait été expulsée de Turquie.

"Ce n'est pas le genre de choses qu'elle aurait faites sans avoir été influencée", affirme sa sœur, vêtue d'une veste de tailleur noire, avec un chemisier blanc. La jeune femme, gérante de restaurant, a les yeux clairs, les cheveux blonds foncés, raides. Son père a adopté Sarah Hervouët, brune avec la peau foncée, dont le père biologique est marocain. Toutes les deux, très proches, ont grandi avec leur mère. Une question d'identité qui la poursuivra toujours, raison pour laquelle, à l'adolescence,  les deux sœurs ont recherché le père biologique et ont fini par le trouver. "C'était son portrait craché!", se souvient la jeune femme. Lors de la première rencontre, Sarah "avait des étoiles dans les yeux", mais trois mois plus tard, cet homme disparaissait à nouveau. 

Conversion et voyage en Syrie

En 2014, elle se convertit à l'islam après avoir passé une année difficile chez son père adoptif installé au Gabon. Elle s'est radicalisée en quelques mois dans le sud de la France. Elle entre en contact sur internet avec des djihadistes de l'Etat islamique qui lui "retournent le cerveau". Sa sœur met en cause de "mauvaises fréquentations". "Elle n'a pas lu le Coran, elle est devenue extrémiste (…) Avec l'étendue des dégâts de la vie de ma sœur, le manque de père, de stabilité, elle s'est mise à croire que partir en Syrie, c'était ce qu'il fallait faire", raconte sa sœur. "Un soir, je rentre à la maison et je vois qu'elle n'est plus là", se souvient-elle. Elle était partie pour rejoindre l'EI mais est stoppée en Turquie.

La mère de Sarah Hervouët contacte la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qui l'aura dès lors dans le viseur. "Elle s'est mise à porter le voile intégral. (...) Moi, je suis partie au Canada en juin 2016", raconte la sœur de l'accusée. Trois mois plus tard, sa mère lui téléphone: Sarah "a fait quelque chose de grave. Elle est incarcérée". "On ne peut pas imaginer que ça puisse aller aussi loin", raconte la mère de Sarah Hervouët à la barre. "Je me battrai pour toi jusqu'au bout", lance-t-elle à sa fille dans le box. Les deux sœurs se sont dit au revoir en larmes, en s'envoyant des baisers : "Même si ça met vingt ans, on se retrouvera", lui promet Sarah Hervouët.

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