Procès de l'incident du Cuba Libre à Rouen : les pompiers racontent leur intervention dans la "souricière"

Justice

"PIÈGE" - Au deuxième jour du procès en correctionnelle des deux gérants du Cuba Libre, ce bar rouennais qui a brûlé en août 2016, faisant 14 victimes, les pompiers sont venus raconter à la barre les conditions très délicates de leur intervention. Ils ont également donné des détails sur la cave où s’est noué le drame.

"Souricière". Évoqué par une avocate et soumis au jugement des pompiers appelés au Cuba Libre dans cette nuit du 5 au 6 août 2016 à Rouen, le mot pour décrire les lieux du terrible incendie qui a coûté la vie à 14 personnes venues fêter les 20 ans d’une amie a été validé par les soldats du feu. C’est dire l’horreur de la situation vécue par les victimes, littéralement prises au piège dans le sous-sol de l’établissement de nuit rouennais.

"Avec l'issue de secours fermée, c'était clairement un piège", a notamment déclaré Anthony Le Corre, l’un des pompiers qui est intervenu le soir de la catastrophe. "Si la porte de secours avait été déverrouillée le bilan n'aurait pas été celui-ci. Ils auraient pu s'enfuir et ils auraient survécu à ce drame", a pour sa part estimé Cédric Le Borgne, un autre pompier. Présentes dans le sous-sol de 24m² de ce bar de nuit pour une fête d’anniversaire, les victimes ont été pris au piège et n’ont pas pu fuir quand deux bougies du gâteau d'anniversaire, des fontaines à étincelles, ont enflammé le plafond de l'escalier. Elles ont alors péri asphyxiées, les fumées noires toxiques ayant envahi rapidement les lieux, avec un "sol glissant", "une visibilité quasi nulle" et "un escalier étroit et pentu", selon les pompiers. 

Des plaques de mousse en polyuréthane montrées du doigt

"L'air n'était pas respirable, y compris à ras du sol, a ajouté devant le tribunal correctionnel de Rouen Anthony Le Corre. Il y avait entre huit et neuf corps dans le fumoir. Les victimes ont décidé de se retrouver toutes ensemble là pour tenter une survie." Devant Nacer et Amirouche Boutrif, les deux ex-gérants du bar jugés depuis lundi pour "avoir involontairement causé la mort" de 14 personnes, mortes asphyxiées, et involontairement blessé cinq autres grièvement, Cédric Le Borgne a parlé d’un feu de faible ampleur. Mais celui-ci était accompagné d'une "fumée très épaisse et opaque au sous-sol" générée notamment par la combustion de plaques de mousse en polyuréthane extrêmement inflammable et fumigène. Des plaques de mousse qui ne doivent pas être utilisées "dans un sous-sol recevant du public".

Les frères quarantenaires n’avaient pas déclaré les travaux d’aménagement réalisés dans le sous-sol quelques années auparavant. "J'étais assis au bout du bar, je lève la tête et je vois une boule de feu arriver, s’est remémoré Nacer Boutrif au moment de raconter la scène le soir du drame. Je n'ai pas compris, je crie : 'y a le feu, il faut sortir !' J'ai essayé de descendre mais mon corps n'a pas réussi, j'étouffais et je suis sorti." 

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Reconnus comme étant "coopératifs" par un enquêteur du SRPJ de Rouen, les frères Boutrif n’ont nullement cherché à cacher leurs erreurs en matière de sécurité. "Ça fait trois ans que j'attends d'être jugé, a expliqué Nacer Boutrif. J'espère que ça va atténuer leur douleur. (Au moment de l’incendie) mon frère m'a dit 'j'ai oublié d'ouvrir la porte'", en faisant référence à la sortie de secours verrouillée. Nacer et Amirouche Boutrif encourent cinq ans d'emprisonnement et 76.500 euros d'amendes. Le procès doit durer sept jours.

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