Procès de la voiture de police incendiée : Kevin P., le "policier kung fu", a "cru mourir"

Procès de la voiture de police incendiée : Kevin P., le "policier kung fu", a "cru mourir"
Justice

JUSTICE – Le procès des neufs prévenus jugés dans le cadre de l'enquête sur l'attaque d'une voiture de police en mai 2016 quai de Valmy à Paris, s'est poursuivi mercredi après un faux-départ mardi. Kevin P., policier blessé ce jour-là, a pris la parole quelques minutes, avant que son agresseur, Nicolas F., interrogé par le tribunal, ne présente des excuses.

C'est la première fois depuis les faits que les deux hommes se  retrouvaient presque face-à-face, à moins d'un mètre l'un de l'autre par moments. Mercredi, au deuxième jour du procès de la voiture de police incendiée en mai 2016 quai de Valmy, plusieurs prévenus et une partie civile ont pris tour à tour la parole. Parmi eux, Kevin P., un des deux policiers blessés dans l'attaque, et désormais connu comme le "policier kung fu", et l'un de ses agresseurs présumés, Nicolas F., surnommé depuis "l'homme à la barre de fer". 

Plusieurs vidéos montrant les images, dont celles devenues virales depuis, sont projetées dans la salle. Puis les deux hommes sont questionnés sur leurs souvenirs des faits et leur ressenti aujourd'hui. 

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Kevin P. a été le premier à venir à la barre. Il se souvient que ce 18 mai 2016, jour où il accompagnait sa "collègue qui reprenait le travail au CP10 (le commissariat de police de 10e ndlr)". A hauteur du 91 quai de Valmy, la voiture de police s'est retrouvée bloquée par des manifestants. Un témoin parlera de 200 à 300 personnes sur ce secteur, dont des casseurs. Lui comme sa collègue, Allison B., absente au procès, se souvient d'avoir entendu quelqu'un crier : "Il y a des flics, venez, on va les niquer !". Des premiers coups sont alors donnés sur le véhicule de police. 

J'ai cru mourir- Kevin P., un des deux policiers blessés

- Pourquoi avoir sorti votre arme ?, demande le président à Kevin P., après avoir lu la déposition de celui qui était adjoint de sécurité à l'époque et qui jusqu'à cet instant à l'audience s'était contenté de prononcer des "oui" brefs en écoutant le président. 

- "Il y avait un danger, quelqu'un allait mettre quelque chose dans le véhicule", répond le gardien de la paix qui n'a heureusement pas fait usage de son arme. 

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Véritable colosse, vêtu ce mercredi d'un costume noir, Kevin P. évoque ensuite "le feu qui s'est propagé en deux, trois secondes dans la voiture", puis "la fumée" et "les flammes" dans le véhicule. Il se souvient ensuite de son agresseur à la barre de fer. 

- Pourquoi ne pas courir ?, interroge le président étonné que le policier n'aie pas tenter de fuir.

- "J'étais dans le gaz à cause des coups de poing et de pied, je serais tombé et ils seraient venus finir le travail", répond-il. Et d'ajouter : "J'ai cru mourir, il visait délibérément ma tête. Il voulait me mettre au sol pour pouvoir m'achever". 

Suite à cette attaque Kevin P. indique qu'il a été suivi par un psychologue. Aujourd'hui, quand il "exerce" son métier, celui qui est depuis devenu gardien de la paix explique qu'il est "plus prudent". 

Par "colère", il prend une barre de fer

Peu après, le tribunal interroge Nicolas F., "l'homme à la barre de fer". Né en 1976, à l'époque des faits au chômage, ce quadragénaire formé en paramédical, dit tout de suite au président qu'il reconnaît les faits qui lui sont reprochés. Le prévenu, vêtu ce mercredi d'un chino beige, d'une chemise blanche, d'un pull noir et portant de petites lunettes de vue, explique ce que 18 mai, il a pris cette barre de fer "par colère". 

Cette "colère" serait montée en lui durant le mois mars 2016, en pleine contestation contre la loi travail. "Ma mère a fait un AVC et les médecins disent qu'elle doit marcher donc je l'emmène à une manifestation", explique-t-il. Là, il sera confronté "aux gazages", aux "violences excessives des forces de l'ordre"…  Puis le 18 mai, celui qui affirme "ne pas être un casseur" indique se "retrouver" dans cette manif. "Une fois de plus, je me fais gazer, donc je me mets en colère, j'ai senti du danger. L'image que j'ai de la police à ce moment-là, c'est pas des gens qui me veulent du bien". Il saisit alors cette barre de fer et frappe l'adjoint de sécurité qui riposte avec des techniques d'art martial. 

Fils et petit-fils de militaire

Aujourd'hui, Nicolas F. dit "regretter": "Je n'aurais jamais dû faire ça. C'est une erreur dramatique". Ce jour-là, il dit avoir "pété les plombs". "Je n'ai pas frappé pour lui faire mal. Je sais que j'ai la vidéo contre moi. Mais j'ai frappé pour qu'il tourne les talons", insiste encore Nicolas F., qui déclare avoir eu peur de son policier et de son arme.

- "La police est-elle un ennemi ?, demande alors le président. 

- "Le mot est trop fort mais au fur et à mesure des manifs, ils sont devenus des adversaires", répond le quadragénaire. 

Pourtant, Nicolas F. assure ne pas avoir de problème au départ avec "les autorités". Il indique d'ailleurs être "fils et petit-fils de militaires" et avoir "fait les scouts". Mais ce jour-là, ce 18 mai 2016, la colère l'a emporté. Il jure par ailleurs qu'il ne connaissait pas les antifas et autre mouvement avant tout cela. Il estime qu'il y a eu chez lui "une forme de radicalisation". 

J'espère que vous me pardonnerez - Nicolas F., accusé d'avoir frappé le policier avec une barre de fer

Nicolas F. a été très marqué par ses quinze mois de détention provisoire et parle de déshumanisation. "Il n'y a que la télé. En prison, vous ne faites rien, c'est ça le plus dur", dit Nicolas F.. Il est désormais sous bracelet électronique. A l'invitation de son avocat, le prévenu, actuellement suivi par un psychiatre, se tourne vers Kevin P. : "Je peux comprendre la colère que vous avez contre moi. Je sais le mal que je vous ai fait. (...) J'ai oublié que derrière l'uniforme, il y avait quelqu'un. Je tiens Monsieur P. à m'excuser. J'espère que vous me pardonnerez", a-t-il conclu après avoir rappelé qu'il n'était pas violent et indique qu'avant cette affaire, "son casier était vierge".

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