Procès de Montigny : les codétenus accusent Francis Heaulme

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Francis Heaulme de nouveau jugé pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz

JUSTICE – Ce jeudi après-midi à la barre de la cour d’assises de Metz, trois anciens codétenus de Francis Heaulme sont venus raconter les confidences que leur aurait fait le tueur en série sur le double meurtre de Montigny-les-Metz. Deux d’entre eux ont particulièrement marqué les débats.

Les deux hommes se sont rencontrés en 2002, au quartier d’isolement. "Francis a toqué au mur pour savoir si j’avais besoin de quelque chose. On s’est lié d’amitié", raconte le témoin qui ne partage plus qu’aujourd’hui avec l’accusé le même prénom. Francis G. ne se rappelle plus bien de la date où Francis Heaulme a été raccompagné par les surveillants. C’était un soir aux alentours de 22 heures. Mais il se souvient qu’il n’allait pas fort. Il venait d’être entendu dans une affaire et était préoccupé. De sa cellule voisine, le tueur en série lui a glissé un petit mot rédigé sur des bons de cantine : "Il faut que tu me trouves un alibi." L’ancien détenu n’a pas tout de suite compris pourquoi. "Parce que je n’ai pas rien à voir dans cette histoire (sic)", lui a répondu le tueur en série. 

Depuis l’ouverture de son procès il y a deux semaines, Francis Heaulme, accusé du meurtre d’Alexandre et Cyril, 8 ans, retrouvés les crânes fracassés en haut d’un talus de Montigny en 1986, ne s’est pas montré bien bavard. Pourtant, derrière les barreaux de ses différentes prisons, il se serait confessé à trois prisonniers, venus ce jeudi déposer à la barre de la cour d’assises de Metz.  Les petits bons de cantine jaunes évoqués par Francis G. ont depuis été versés au dossier et circulent cet après-midi dans la salle d’audience de juré en juré.

Le témoin aujourd’hui sur un fauteuil roulant s’excuse auprès de la cour de cette mémoire qui lui joue parfois des tours à cause d’un lourd traitement : "Francis m'avait dit qu’on lui avait jeté des cailloux, il m’a parlé d’un des habits des enfants, un slip bleu je crois". Le président vient raviver ses souvenirs en lisant le courrier qu’il a adressé au procureur Guitton en 2002 et l’audition qui en a suivi. Francis Heaulme "m’a dit qu’il était monté sur le talus avec un autre (…) qu’il avait frappé un des enfants avec une pierre (…) qu’il avait baissé le froc du plus grand (…) que les deux gamins étaient morts (…) que les pierres, c’était pas sa façon de faire mais qu’il avait perdu son couteau sur un autre meurtre". Le président lève les yeux : "Vous confirmez aujourd’hui ?" "Oui, je confirme tout. J’aurais préféré qu’il ne me dise rien", murmure le témoin visiblement très ému. 

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Echec et mat

Mais que vaut la parole d’anciens détenus dans une cour d’assises ? C’est en pensant à ses propres enfants que Francis G. dit avoir parlé. "Je voudrais moi aussi savoir si ça leur arrivait. Je n'ai pas eu de remise de peine à l’époque, se justifie-t-il. J’étais un délinquant, je venais de faire 12 ans en prison quand j’ai rencontré Heaulme, j’avais quasiment fini, j’attendais rien du tout". Le président demande à l’accusé de se lever : "M. Heaulme, vous avez parlé de l’affaire avec monsieur G. ?" "Non, c’est la première fois que je le vois", marmonne-t-il. "Je ne sais pas pourquoi il ment, on jouait aux échecs ensemble, il était très fort, il avait 7 à 10 coups d’avance, il me mettait volée sur volée", tacle le témoin. "J’ai jamais joué aux échecs, aux dames oui", balaie  l’intéressé. "Quand je le regarde dans les yeux, je le vois, il sourit et il ment", assène à son tour l’ancien ami. Mais l’indéchiffrable Heaulme s’enfonce dans ses retranchements et ses contradictions. "Je lui ai parlé oui, finira-t-il par concéder. Mais pas de ça". Me Vautrin, avocate de la mère d’une des petites victimes, met en avant un "détail" que le témoin aurait pu difficilement inventer : "Nulle part on n'a lu dans la presse que l'enfant au pantalon baissé était le plus grand". 

Le public commence à fatiguer lorsque le dernier détenu s’avance à la barre : Pascal M., "voisin de cellule". Comme les autres avant lui, cet ancien braqueur raconte les confidences de Francis Heaulme sur le dossier de Montigny. "Pourquoi tu leur dis pas ? T'as plus rien à perdre", lui avait alors fait remarquer le copain de cellule. "Il m’a dit 'je peux pas parce que pour Joris (un enfant qu’il a tué dans le Var, ndlr), ma sœur n’est pas venue pendant un an en prison, là elle va plus venir me voir'". La semaine dernière, la sœur de l’accusé avait assuré que quoi qu’il ait fait, elle "continuerait à lui rendre visite".

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Francis Heaulme dément à son tour. "Monsieur le président, pouvez-vous lui demander qu’il me regarde dans les yeux et me dise qu’il ne m’a jamais parlé de Montigny-lès-Metz", demande alors Pascal M. "Je lui ai parlé de Montigny mais je lui ai pas dit ça", murmure Francis Heaulme. "Alors je ne suis pas ton ami ?" - "Si t'es mon ami". Comme si le procès allait enfin basculer, la salle se mure dans le silence. Mais le président et la défense interrompent les retrouvailles des anciens amis. La suite est connue : les avocats de Francis Heaulme s’occuperont de mettre en cause le récit du témoin, l’accusé répètera "Montigny, c’est pas moi" et l’audience sera levée. 

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