Procès de Montigny : quand l'accusé Heaulme blanchit le témoin Leclaire

Justice

Toute L'info sur

Francis Heaulme de nouveau jugé pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz

JUSTICE – Henri Leclaire a été entendu mercredi soir devant la cour d’assises de Metz où Francis Heaulme est jugé depuis deux semaines pour le double meurtre de Montigny. En 2014, le tueur en série avait accusé le retraité, qui a bénéficié d’un non-lieu depuis, d’avoir tué Alexandre Beckrich et Cyril Beining, 8 ans, le 28 septembre 1986 sur un talus près d’une voie ferrée. Aujourd’hui, il l’a "innocenté".

Trois années seulement ont passé depuis sa dernière audition. Mais à la barre de la cour d’assises de Metz ce mercredi soir, Henri Leclaire ne tient plus debout. Il est assis dans une chaise près de sa canne qui supporte une main tremblante et un corps devenu trop lourd. Abattu, fatigué, l’ancien manutentionnaire de l’imprimerie de Montigny au crâne dégarni se présente d’une voix à peine audible. "Ce que j’ai à dire, rien", marmonne l’homme de 68 ans enfoncé dans son costume-cravate bleu marine. A quelques mètres derrière le box transparent, Francis Heaulme le fixe. 

"Vous avez vécu tellement de choses depuis le début, murmure le président qui tente de mettre le témoin en confiance. Vous avez des choses à dire…". La salle fait silence. "Ça m’a brisé ma vie", glisse-t-il. Henri Leclaire s’est enfermé dans une coquille. La dernière fois qu’il est venu déposer au procès de Francis Heaulme, le témoin s’est mué en accusé avec à la clé, sa mise en examen. Depuis, il a bénéficié d’un non-lieu. Mais rien n’y fait, Henri Leclaire n’entend pas épiloguer avec la cour.

"Si vous êtes là aujourd’hui c’est essentiellement pour deux raisons, reprend le président. La première c’est que vous avez été entendu par M. Varlet (enquêteur de la PJ) le 10 et 11 décembre 1986 et qu’au cours de cette audition, vous êtes passé aux aveux. La deuxième, c’est que Francis Heaulme a dit que c’est vous qui aviez tué les enfants et qu’il vous avait vu." "C’est faux. Moi, j’ai rien à voir à cette affaire, je suis innocent", souffle l’intéressé. 

Lire aussi

Vous faites souffrir les familles par vos mensonges ! - Le président à Francis Heaulme

Face au mur érigé par le témoin, le président lit ses "aveux" de l’époque : des enfants qu’on course et attrape en haut d’un talus, qui tombent sur des rails, la pierre qui frappe les petits fronts, "une seule fois", les mains pleines d’un sang qu’on essuie avec un mouchoir. Une longue et accablante lecture pour Henri Leclaire qui endosse pour la seconde fois en moins de trois ans le rôle de l’accusé. "C’est la pression que les enquêteurs vous mettent sur la tête, ça monte au cerveau, vous dites n'importe quoi", tente-t-il de se justifier. "Mais dans le n’importe quoi, il y a des détails qui sont exacts donc soit vous l’avez fait, soit vous avez vu, soit on vous les a soufflés", assène le président. Henri Leclaire tremble mais nie tout en bloc jusqu’à sa présence le jour des faits rue Vénizélos, non loin du talus. Ginette Beckrich, la grand-mère d’Alexandre, dit pourtant l’avoir vu cet après-midi là passer au guidon de sa vespa. 

La défense n’obtiendra pas plus de lui. A bout d’arguments, le président intime à Francis Heaulme de se lever. Et interroge l’accusé qui avait accusé. En 2014, lors de son propre procès, le tueur en série avait en effet répété qu’il avait vu Henri Leclaire descendre du talus les mains en sang et s’être même dit "ce mec est fou". "Oui j’ai dit ça mais c’est faux", lâche Francis Heaulme dans une salle silencieuse. "Vous ne l’avez pas vu ?", répète le président médusé. "Non. C’est faux", répète l’accusé. "Vous vous moquez de la justice M. Heaulme ! Pourquoi vous le foutez dedans alors ? Vous tournez tout le monde en bourrique. Vous faites souffrir les familles par vos mensonges !", hurle le président. Francis Heaulme bredouille, dit qu’ "il sait pas pourquoi", lance un énième "Montigny, c’est pas moi !". Le président suspend l’audience. A trois jours de la fin des débats ne reste qu’une certitude : l’affaire de Montigny s’est muée en un impossible procès. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter