Procès Dekhar : l’avocat général requiert 25 ans de réclusion criminelle contre le "tireur parisien"

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JUSTICE – Bernard Farret, avocat général, a requis ce vendredi matin une peine de 25 ans de réclusion criminelle assortie d’une période de sûreté des deux tiers à l’encontre d’Abdelhakim Dekhar. Il a requis à l’encontre du deuxième accusé une peine de prison avec sursis, laissant à la cour le soin d’apprécier "la peine".

Les arguments d’Abdelhakim Dekhar n’ont pas pris. La simple volonté "d’intimider", la mort "romancée" et "scénarisée", le "suicide par procuration" en mourant "abattu par la police" ou encore le "désespoir".  L’avocat général Bernard Farret n’a pas cru un seul  des mots prononcés par l’accusé depuis une semaine. Ce vendredi matin, à l’encontre d’Abdelhakim Dekhar, 52 ans, jugé pour "tentatives d’assassinat" et "enlèvement et séquestration", l’avocat général a requis "une peine de 25 ans de réclusion criminelle". Bernard Farret a demandé que cette peine soit assortie "d’une période de sûreté des deux tiers".  


Les faits avaient été commis en  novembre 2013, dans les locaux de BFM-TV, Libération et devant la Société Générale, à La Défense. Un jeune assistant photographe âgé de 23 ans, César S., qui travaillait pour le quotidien, avait été grièvement blessé. 

"Il aurait pu prendre un Gomme Cogne"

Bernard Farret a en effet considéré que si Abdelhakim Dekhar avait seulement voulu "intimider" les gens, comme il l’a dit, il aurait pu à chaque fois "tirer dans le plafond ou en l’air", comme il l’avait fait au cours du premier tir à Libération ou à La Défense. Le représentant du ministère public rappelle qu’au lieu de ça, Abdelhakim Dekhar a menacé le rédacteur en chef de BFM-TV, Philippe Antoine, avec son arme en lui disant "la prochaine fois je vous louperai pas" et qu’il a tiré une balle "dans le dos de César  S.". "Quand on vous dit : 'La prochaine fois je ne vous louperai pas', ça veut dire qu’on a essayé de vous tuer mais qu’on y est pas arrivé", a estimé Bernard Farret. 


L’avocat général ajoute que dans cette même volonté d’intimider, l’accusé aurait pu choisir une arme et des cartouches non létales. Qu’à la place du fusil à pompe qui est une "arme très puissante" et des munitions Brenneke, il aurait pu s’orienter vers "un  Gomme Cogne qui projette des balles en caoutchou". 

Le tir à Libération n’est "pas accidentel"

Concernant les faits commis à Libération, Bernard Farret a repris les arguments de l’accusé, qui a dit jeudi qu’il avait agi dans la "confusion et la panique", que le tir était "accidentel", et les a démontés.  Abdelhakim Dekhar avait déclaré jeudi qu’il avait tiré un deuxième coup de feu à Libération parce que César S., "qui s’avançait" vers lui malgré les sommations de ne « pas bouger » était "menaçant". Il avait également dit qu’il avait "paniqué" encore plus à l’arrivée d’un livreur dans le hall du quotidien.  L’avocat général a rappelé que personne n’avait entendu ces sommations, que personne n’avait vu de livreur, que la victime avait déclaré qu’elle avait "tout fait pour se cacher".  "Monsieur Dekhar a tiré une balle dans le dos de Monsieur César S. (…) Il en a fallu de peu et même de très peu pour que la victime ne meure", la balle a frôlé le cœur a insisté le représentant du ministère public. 


A la psychologue qu'il a vue en novembre dernier, juste avant le procès, sur les faits commis à Libération, Dekhar avait déclaré : "C’était intense, vivifiant, car je n’allais pas bien", relate encore l'avocat général. Et de livrer ce commentaire : "Je peux vous dire que ça n’est pas souvent que des accusés disent qu’ils ont des jouissances quand ils commettent un crime".

"Une balle à un mètre des victimes"

Quant aux faits survenus à La Défense, l’avocat général rappelle qu’il y a eu trois tirs au total. Que Dekhar "a d’abord tiré en l’air puis qu’il s’est tourné en direction du bâtiment volontairement, pour faire peur et que la balle est arrivée un mètre au-dessus des victimes". Enfin, sur l’enlèvement et séquestration de l’automobiliste, Bernard Farret rappelle que Dekhar "montre son arme et une grenade, dit qu’il s’est 'évadé de prison' et qu’il est 'prêt à faire un carnage', qu’il a 'tout ce qu’il faut'… Je n’appelle pas ça une conversation amicale, c’est une menace", a-t-il lancé. 

Pour le représentant du ministère public, "Monsieur Dekhar a un ressentiment contre la société, l’Etat, le capitalisme, la presse" : "BFM-TV, Libération et la Société Générale sont des symboles qui correspondent bien au mobile politique". "Pendant l'instruction Dekhar a dit qu’il avait un mobile politique. Et à l'audience, il y a revirement, il nous parle d’un acte suicidaire. La réalité, c’est qu’il y a un magma dans le cerveau de l’accusé", poursuit-il. "Le mobile politique de Dekhar, c'est un inventaire à la Prévert, c'est un fourre-tout : contre la pauvreté, les licenciements, les inégalités, la corruption, la destruction de la culture... C'est un alibi, un cache-misère, un mensonge que l'accusé se fait à lui-même. C'est Dekhar qui fait du Dekhar", enchaîne l'avocat général. Et de conclure : il y a un "désir de vengeance". 

Une "succession d’échecs"

Car la vie d’Abdelhakim Dekhar est une succession de ratés. "Après l’échec scolaire ça a été l’échec professionnel (..) Ce n’est pas parce qu’il n’est pas intelligent qu’il échoue, c’est parce qu’il est asocial", estime l’avocat général. Il évoque également l’échec familial et cite la belle-sœur de Dekhar, qui le décrit comme un "loser", un "menteur", un "égocentrique", et décrit l’échec sentimental avec des "violences commises à la fin à l’encontre de son ex-femme". 

Enfin, l’avocat général a rappelé aux jurés qu’Abdelhakim Dekhar avait été condamné en 1998 à quatre ans de prison dans l’affaire Rey-Maupin. "Il y a deux liens entre les deux affaires : le fusil à pompe et la prise d’otage, a souligné Bernard Farret.  Je crains que Dekhar consciemment ou inconsciemment ne soit encore habité par cette affaire".  A l’encontre du deuxième accusé, Sébastien L., jugé pour destruction de preuves et recel de malfaiteur, l’avocat général a requis à une peine d’emprisonnement avec sursis. "Je vous laisse apprécier la peine et je ne m’oppose pas à ce que cette peine ne soit pas inscrite au casier judiciaire numéro 2", a-t-il lancé aux jurés. Le verdict est attendu tard dans la soirée. 

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