Procès Dekhar : "Menteur pathologique", "affabulateur", "violent"... Ces mots récurrents des témoins pour décrire l’accusé

Procès Dekhar : "Menteur pathologique", "affabulateur", "violent"... Ces mots récurrents des témoins pour décrire l’accusé

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JUSTICE – Deux enquêteurs de police se sont succédé à la barre lundi pour parler d’Abdelhakim Dekhar, jugé depuis le 17 novembre et jusqu’au 24 novembre pour trois tentatives d’assassinat commises en novembre 2013, dans les locaux de BFMTV et de "Libération", à Paris et devant la Société Générale à La Défense. Les fonctionnaires, qui ont interrogé notamment l’entourage de l’accusé quand ce dernier vivait en Angleterre, entre 1999 et 2013, l’ont décrit à la barre comme un "menteur pathologique" et quelqu'un de "violent".

Un enquêteur du 3e district de la police judiciaire, puis un commandant de la brigade criminelle de Paris qui ont travaillé sur l’affaire ont été entendus ce lundi par la cour d’assises pour parler d’Abdelhakim Dekhar. L’accusé, âgé de 52 ans, est jugé depuis vendredi dernier et jusqu’au 24 novembre 2017 pour trois tentatives d’assassinat commises entre les 15 et 18 novembre 2013 dans les locaux de BFMTV et Libération à Paris d’abord, puis devant la Société Générale à La Défense ensuite. Surnommé "le tireur de Libé" ou "le tireur parisien", Abdelhakim Dekhar avait été interpellé le 20 novembre 2013, après qu’un appel à témoins a été diffusé et que son hébergeur l’a dénoncé. 


Les deux fonctionnaires de police, qui ont longuement déposé devant le tribunal, ont utilisé des termes similaires pour parler de cet homme décrit comme un "affabulateur", "un menteur pathologique", ou encore un homme  "violent" par son entourage.

Sept des onze frères et sœurs entendus

Premier policier à témoigner : un fonctionnaire du 3e DPJ (police judiciaire). Celui-ci a d'abord expliqué que les enquêteurs avaient entendu la plupart des membres de la famille de l’accusé après les faits". "Abdelhakim Dekhar est issu d’une famille nombreuse, ils sont onze, a rappelé le policier. Sept ont été entendus par la police judiciaire. Une sœur a refusé de nous répondre, un frère, Mohamed, a des troubles psychiatriques, il est schizophrène, il n’a pu être entendu. La sœur aînée est en rupture avec sa famille car elle s’est mariée avec un 'Français de souche', elle n’a pas été entendue".  


A l’exception d’un frère, qui a dit qu’il ne pouvait "imaginer Abdelhakim comme quelqu’un de mauvais", tous disent à peu près la même chose de l'accusé.  Relayant les témoignages, le policier a évoqué '"un homme violent quand les choses ne vont pas dans son sens", un individu qui avait "une relation conflictuelle avec une grande partie de sa famille". L’enquêteur précise que, quand il était jeune, Abdelhakim Dekhar s'était montré "très violent avec son père et sa mère" et précise qu’il " avait mis un coup de poing au visage à sa sœur". 


Le policier enchaîne en parlant de la relation d’Abdelhakim Dekhar avec son ex-femme. "Il a été condamné pour avoir frappé et essayé d'étrangler sa compagne et il a également frappé la mère de celle-ci"… 

"Une vie rêvée de Robin des Bois"

Ses anciens collègues de travail à l’hôpital où il travaillait à la cantine, en Angleterre, comme ses anciens colocataires, ne sont pas plus élogieux à son égard. "A l’hôpital, on le décrit comme un menteur pathologique, poursuit l’enquêteur répétant à plusieurs reprises au cours de son audition les mots"affabulations" ou "affabulateurs". Ses colocataires parlent de lui comme quelqu’un de négatif, d’agressif, incapable d’avoir une discussion. Il refuse systématiquement les consignes, il est peu ponctuel, veut toujours avoir raison. Il est, selon eux, indiscipliné et violent". 

 

Le policier a-t-il entendu parler du diplôme d’’Engineering" de Dekhar? "Non". Son diplôme de philosophie ? Son rôle d'agent secret pour les services algériens et français? "Encore une affabulation. Je n'ai vu aucun élément dans ce sens", répond le fonctionnaire.


 "A chaque fois, c’est  la même image qui revient, Celle de quelqu'un de menteur, d'affabulateur, de violent. Il dit par exemple à son ex-femme : 'Tape mon nom sur Internet et tu verras vraiment qui je suis'. Il y a cette vie rêvée de Robin des bois et cette vie beaucoup plus médiocre qu’il mène, aux conséquences dramatiques", conclut l'enquêteur.

A sa femme, il avait même menti sur son âge

Le deuxième policier entendu ce lundi, commandant de police à la Brigade criminelle de Paris, a été saisi des faits quand ces derniers, joints à ceux de Libération, ont été requalifiés en tentatives d’assassinat le 18 novembre 2013. Comme son collègue, il est revenu sur la "mythomanie" de l’accusé, mise au grand jour notamment lors des investigations menées Outre-Manche, où Abdelhakim Dekhar a vécu en sortant de prison en 1998 après avoir purgé sa peine dans l’affaire Rey-Maupin et jusqu’à l’été 2013, quelques mois avant de commettre les faits criminels qui lui sont aujourd’hui reprochés. 


"Une de ses collègues a qualifié Monsieur Dekhar de 'menteur pathologique'. Il a dit à certains qu’il était journaliste freelance, qu’il avait fait son service militaire dans la Légion en Yougoslavie, qu’il avait une femme turque décédée, que ses parents étaient morts dans un accident de voiture… Tout  ceci était faux", souligne le commandant à la barre. 


Il cite le témoignage d’un ancien supérieur d'Abdelhakim Dekhar, qui travaillait avec lui dans une entreprise de pizza à Londres : "Ce monsieur m’a dit que Abdelhakim Dekhar aurait tant aimé être un 'local heroe' et qu’il avait du mal à admettre qu’il n’était qu’un simple agent de nettoyage". 


Quant à son ex-femme, elle aussi le décrit comme un "menteur pathologique". "Au cours d’un voyage, elle a découvert que son mari avait non pas sept ans d’écart avec elle comme il lui avait dit mais  17 ans d’écart, relate le policier. Puis sa femme a parlé des violences de son conjoint qui a essayé de l’étrangler. Elle parle d’une relation amoureuse au départ transformée en relation tumultueuse, devenue invivable jusqu’aux violences..." 


 Une description bien loin de l’autoportrait que l’accusé avait fait de lui-même au premier jour de son procès vendredi et par le passé, se présentant comme "un intellectuel, pas comme quelqu’un de violent"...

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