Procès des attentats de janvier 2015 : "On a pratiqué des massages cardiaques mais c'était vain"

Procès des attentats de janvier 2015 : "On a pratiqué des massages cardiaques mais c'était vain"
Justice

JUSTICE - Au 6e jour du procès des attentats de janvier 2015, le médecin urgentiste Patrick Pelloux, alors chroniqueur à Charlie Hebdo, a raconté comment, ce 7 janvier, il avait retrouvé ses collègues et amis au milieu des balles et du sang.

Costume gris, cravate sombre, cheveux frisés et lunettes sur le nez, c'est avec douleur et émotion que le médecin urgentiste a détaillé ce mercredi à la barre ce qu'il a vécu ce 7 janvier 2015. Partie civile dans le cadre du procès des attentats de janvier 2015, il a commencé par expliquer être rentré à Charlie Hebdo en 2004, par le biais de Philippe Val. 

Le jour de l'attaque, Charb l'appelle tôt le matin en lui disant qu'il devait venir pour cette première conférence de rédaction, pour "souhaiter les vœux", "fêter la bonne année avec eux""Oui, bien sûr", lui répond Patrick Pelloux, qui doit d'abord se rendre à une réunion pour le travail. Un rendez-vous qui lui a probablement sauvé la vie. De fait, l'urgentiste engagé s'y trouve toujours lorsqu'il reçoit un appel. "Je vois Jean-Luc sur mon portable. C'est le graphiste de Charlie. Il me dit il faut que tu viennes ! Il y a eu des tirs de Kalachnikov, tout le monde est par terre... J'ai d'abord cru que c'était une blague mais au son de sa voix, j'ai compris qu'il se passait quelque chose. Puis j'ai entendu derrière les cris et les pleurs." 

"Vite, c'est un carnage"

Patrick Pelloux prend sa moto et fonce rue Nicolas Appert. En 5-7 minutes, il est sur place, l'un des premiers à arriver. "Je suis rentré dans la salle, c'était une vision très difficile, de la fumée, une odeur de poudre, Simon à gauche, plein d'étuis de balles par terre. Puis j'ai vu Charb qui était au-delà de toute ressources thérapeutiques, avec des balles dans la tête et le corps. Sigolène m'a parlé. J'ai commencé à compter, à diriger les secours par rapport à ce qu'on voyait. On n'avait pas le matériel sur nous." Une scène d'horreur dont il se souvient de l'odeur, un mélange "de poudre, d'hémoglobine".

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Le médecin appelle alors le Samu pour avoir des renforts. La bande son de l'appel a été diffusée à l'audience. Elle semble surréaliste : d'abord une musique classique, puis la traditionnelle voix enregistrée qui demande "de patienter quelques instants" et, en fond, Patrick Pelloux qui donne des consignes à ceux qui sont là. Ceux qui ne sont pas blessés et qui pourraient l'aider à sauver des vies. Quelques instants plus tard, l'appel est pris. L'urgentiste lance à son interlocuteur : "Y'a au moins cinq arrêts (cardiaques), des blessés par balle, des polytraum'... Vite, c'est un carnage, c'est un carnage !"

Glaçant, le témoignage se poursuit : "On a pratiqué des massages cardiaques mais c'était vain. Puis chacun a pris une victime Fabrice Nicolino, Riss, Philippe Lançon et Simon Fieschi pour les emmener le plus rapidement possible se faire soigner." 

Incapable de sauver ceux qu'il aimait

Bouleversé, la voix parfois hésitante, le médecin souligne avoir exercé son métier depuis longtemps mais n'avoir jamais vu "une scène comme ça". "C'était un carnage. J'ai senti comme une fracture à l'intérieur de moi, il y a avait les blessés à aider, la désespérance de voir Charb dans cet état... Il fallait des pansements sur des blessés, des garrots, j'étais dans un automatisme. Cet automatisme, je le vis tous les jours, c'est très difficile".  Puis il ajoute, désolé : "Quand on fait médecine, c'est pour sauver des gens, s'il y en a que j'aurais voulu sauver c'était eux et j'en étais incapable."

Aujourd'hui encore, continuer la pratique de la médecine d'urgence lui est très "difficile". "Je l'ai vu aux attentats du 13 novembre. C'est très compliqué", confie-t-il. "La peine n’est pas apaisée, c’est handicapant. Mais on fait. Comme l'a dit [le juge] Trévidic il y a quelques jours, on ne sait pas quand ça va recommencer alors il faut qu'on soit là."

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Enfin, s'en prenant aux idéologies "obscurantistes" et au "fanatisme religieux", il déclare : "Personne n'empêche de croire. Mais qu'on ne nous empêche pas de penser, qu'on ne nous empêche pas de créer." Un moment choisi pour déplorer aussi le fait de n'être "pas nombreux sur la barricade face à l'islamisme". Ce qu'il explicitera quelques instants plus tard, face à la presse, appelant les dirigeants à plus d'engagement : "Charb défendait la laïcité. Ce journal défend toujours la laïcité. J'attends plus de l'État et de la classe politique pour défendre la laïcité."

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