Procès des attentats de janvier 2015 : "Avec ce qu'il s'est passé hier, tu fais une blague... t'es con ou quoi ?"

Procès des attentats de janvier 2015 : "Avec ce qu'il s'est passé hier, tu fais une blague... t'es con ou quoi ?"
Justice

JUSTICE – Chef de l'équipe de propreté de la ville de Montrouge à l'époque, Laurent a relaté ce vendredi devant la cour d'assises spéciale de Paris comment il avait, le 8 janvier 2015, tenté de stopper Amédy Coulibaly dans sa folie meurtrière. Un acte héroïque encore salué ce vendredi à l'audience.

Avec son collègue Éric, ce 8 janvier 2015, il était venu sur l'avenue Pierre Brossolette pour "ramasser des débris" au sol suite à un accident de voiture. Laurent, chef d'équipe des services de propreté de Montrouge (Hauts-de-Seine), était alors loin d'imaginer ce qui l'attendait. 

Un peu avant 8 heures ce jour-là, arrivé sur zone, il part s'acheter un sandwich à la boulangerie. "Je suis diabétique, je n'avais pas mangé", justifie le témoin à la barre ce vendredi au procès des attentats de janvier 2015. Il voit alors passer un homme qu'il remarque immédiatement, car tous deux portent "la même doudoune". Mais en ressortant du commerce, l'individu n'est plus là. Il réapparaitra quelques secondes plus tard, alors que Laurent discute avec son collègue de la propreté et Clarissa Jean-Philippe, policière municipale qui sera assassinée peu après. 

"J'ai eu l'impression qu'on me fouillait la poche. Et là, je vois Coulibaly. L'écusson de sa doudoune touchait la mienne. Là il sort une arme (il mime). J'avais jamais vu une arme de guerre. Là, je vois des étincelles, comme un feu d'artifice. J'ai tapé sur le canon de l'arme. À cet instant, l'agent de propreté croit d'abord avoir seulement affaire à une mauvaise farce. "Je lui ai dit : 'Avec ce qu'il s'est passé hier, tu fais une blague... t'es con ou quoi ?'" 

"Si tu lâches, t'es mort"

Sauf que très vite, Laurent comprend qu'il ne s'agit pas d'une blague. "J'appuie sur le canon. Et là, je vois Eric, la mâchoire déchiquetée. Il avait la tête ovalisée, avec des bouts de mâchoire qui pendaient, il pissait le sang, sa tête était explosée. Je comprends pas que c’est un attentat." 

Comme s'il revivait la scène, le quadragénaire poursuit : "J'ai eu une montée de haine. Je me suis dit qu'il aurait le temps de m'abattre. Je me prends les pieds dans le trottoir, je me retrouve à genou devant lui avec la Kalachnikov dans les mains. Je me dis : 'Si tu lâches, t’es mort. Si tu lâches t’es mort'." Des pensées qui résonnent avec les mots qu'Amédy Coulibaly lui lance, avant de plonger la main dans la poche de sa doudoune : "Tu veux jouer tu vas crever."

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"Comme je n'avais plus la force de saisir son poignet, j'ai attrapé sa manche. Il sortait un pistolet automatique. Je voyais le canon du pistolet qui passait comme ça devant ma tête. Il a tiré son bras et m'a mis un gros coup sur la tête. J'ai pas perdu connaissance car j'avais un gros bonnet. Je me suis retrouvé les mains et les genoux à terre. J'ai focalisé sur le canon du calibre. Je m'attendais à ce qu'il me finisse. Il a fait demi-tour, il a rangé ses trucs et il est parti en courant." 

Laurent découvre alors la scène de crime, Clarissa "inerte au sol" et son collègue Éric "défiguré", qu'il transporte tant bien que mal dans un garage attenant, le temps d'attendre les secours.

"Pour moi, la seule cible, c'était l'école juive"

Aujourd'hui encore, Laurent est convaincu qu'Amédy Coulibaly ne visait pas la police mais l'école juive située non loin de là. "Les enquêteurs m'ont demandé : 'À votre avis, qu'est-ce qu'il venait faire ?'. Comme je travaillais dans ce quartier depuis cinq ans, j'ai dit que, pour moi, la seule cible, c'était l'école juive. Un terroriste ne va pas braquer une boulangerie ou une roue de secours chez Midas. L'accident de voiture survenu ce jour-là a changé ses projets. Le timing n'était plus le bon." 

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S'il a assassiné Clarissa Jean-Philippe et blessé grièvement son collègue Éric, pourquoi Amédy Coulibaly n'a-t-il pas tiré sur Laurent alors qu'il aurait, à plusieurs reprises semble-t-il, pu le tuer ? Comme d'autres, l'avocat général a une idée sur la question : "Après les faits, ont été relevées au sol cinq cartouches provenant de la Kalachnikov et une cartouche 7.62 non percutée d'un Tokarev. Le fait que l'arme se soit peut-être enrayée vous a sauvé la vie, n'est-ce pas ?" Une hypothèse à laquelle le témoin répond, sans hésiter : "Oui, c'est sûr, je doute que Coulibaly ait eu de la compassion pour moi."  

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