Procès des attentats de 2015 : ce que révèlent la téléphonie discrète des Kouachi et les 17 lignes de Coulibaly

Procès des attentats de 2015 : ce que révèlent la téléphonie discrète des Kouachi et les 17 lignes de Coulibaly
Justice

JUSTICE – Les enquêteurs se succèdent à la barre ou en visioconférence depuis lundi pour évoquer les résultats de leurs investigations menées sur la téléphonie des frères Chérif et Saïd Kouachi, d'Amedy Coulibaly mais aussi des accusés. Des éléments qui "parlent", ou pas.

Ce sont pas moins de 37 millions de données qui ont été exploitées par les enquêteurs dans le cadre des investigations menées après les attentats de janvier 2015. L'étude des fadettes a permis notamment de géolocaliser une partie des déplacements des Kouachi et d'Amedy Coulibaly avant leur neutralisation, mais aussi d'identifier leurs interlocuteurs au cours des derniers mois, parmi lesquels une partie des accusés qui comparaissent depuis le 2 septembre 2020 devant la cour d'assises spéciale. 

Depuis lundi 28 septembre, les enquêteurs se succèdent donc à la barre ou en visioconférence pour évoquer ces documents précieux, mais qui n'ont toutefois pas livré toutes les réponses sur les nombreuses questions concernant la préparation des attaques. Ainsi, les frères Kouachi ont fait preuve d'une grande discrétion, semble-t-il, avec peu de lignes téléphoniques utilisées. Amedy Coulibaly, lui, en a utilisé pas moins dix-sept entre septembre 2014 et le 9 janvier 2015, dont une ligne saoudienne, et cinq pour la seule semaine précédant les attentats.

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Des correspondants habituels

L'étude des fadettes a ainsi montré "une grande proximité entre les deux frères" Kouachi, avec "plus de 1.000 communications" sur leurs lignes mobiles l'année précédant l'attaque contre Charlie Hebdo, et presque autant de communication sur leur lignes fixes. "Les deux frères avaient une relation fusionnelle", ont répété plusieurs enquêteurs. Aucun échange, en revanche, ne permet de les relier à l'un des accusés. 

Pour Amédy Coulibaly, les données ont livré plus d'informations. Notamment sur le fait que ce dernier était en contact téléphonique quasi "exclusif" début janvier 2015 avec quatre des accusés, connus en détention ou dans une cité de l'Essonne. Ses interlocuteurs s'appellent alors Nezar Pastor Alwatik, Amar Ramdani, Ali Riza Polat et Willy Prévost, tous les quatre dans le box aujourd'hui.

Rencontre et échanges entre les Kouachi et Coulibaly

La téléphonie a également permis aux enquêteurs d'établir que Chérif Kouachi et Amedy Coulibaly s'étaient rencontrés dans la nuit du 6 au 7 janvier 2015 entre minuit et une heure du matin, quelques heures avant l'attentat dans les locaux de Charlie Hebdo. Chérif Kouachi aurait ensuite appelé son frère, sans doute pour le prévenir ou lui confirmer qu'ils passeraient à l'action le lendemain. Said Kouachi arrivera le lendemain matin de Reims, où il résidait. 

A  10h19 le mercredi 7 janvier, Chérif Kouachi a envoyé un SMS à Amedy Coulibaly, à l'aide de la ligne dédiée à leurs échanges, probablement pour l'avertir du top départ de l'action terroriste. A 11h30 environ, les deux frères Kouachi entraient armés jusqu'aux dents au 10, rue Nicolas Appert et abattaient 11 personnes, dont plusieurs journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo

Liens avec les accusés

Par ailleurs, les relais activés par les téléphones d'Amedy Coulibaly ont permis d'établir qu'il avait effectué de nombreux déplacements en Ile-de-France quelques jours avant les attaques. Entre le dimanche 4 et le mercredi 7 janvier, il apparaît notamment à Gentilly, où se trouve l'appartement conspiratif qu’il a loué du 4 au 11 janvier, à Rosny-sous-Bois, Champigny-sur-Marne, Chilly-Mazarin, Gennevilliers, Clichy-sous-Bois et Epinay-sur-Seine notamment, là où habitaient certains accusés. 

Les ADN de plusieurs de ces derniers ont d'ailleurs été retrouvés sur des effets d'Amedy Coulibaly. Ainsi, dans un des casques découvert dans la voiture près de l'Hyper Cacher, les ADN de Willy Prevost et de Christophe Raumel ont été découverts. Les empreintes papillaires d'Amar Ramdani ont elles été retrouvées sur des billets.  L'ADN d'un autre accusé, Nezar Pastor Alwatik, ancien codétenu de Coulibaly, a lui été mis en évidence, plus tardivement dans l'enquête, sur l'une des armes retrouvées dans le logement de Gentilly et qui n'ont pas été utilisées par Amedy Coulibaly lors des attaques.

Ce mardi matin, une enquêtrice a par ailleurs précisé que Nezar Pastor Alwatik avait eu des 500 échanges sms avec Coulibaly entre septembre 2014 et janvier 2015. "Il fait partie des contacts rapprochés" du terroriste, a-t-elle ajouté.  Concernant Amar Ramdani, 31 lignes téléphoniques ont été utilisées entre 13 février 2014 et janvier 2015.  "Il y a eu le 6 janvier 24 échanges entre Amar Ramdani et Amedy Coulibaly entre 10h16 et 21h03. Echanges qui vont finir par deux rencontres.  Le 9 janvier, tous les relais excluent la participation ou la présence d'Amar Ramdani à proximité des scènes de crimes", a précisé un enquêteur mardi matin.  La téléphonie a également permis d'établir que plusieurs accusés avaient fait de nombreux déplacements dans le Nord de la France, sans doute pour y chercher des armes.

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Des interrogations subsistent

La téléphonie ne dit pourtant pas tout, loin de là. Si les relais activés peuvent être connus et les fadettes exploitées, les opérateurs ne peuvent fournir le contenu de sms quand ceux-ci ont été effacés. Or, la plupart des accusés ont privilégié ce type d'échanges. 

Par ailleurs, un enquêteur de la brigade criminelle a rappelé lundi que le grand nombre d'armes retrouvées dans l'appartement conspiratif d'Amedy Coulibaly à Gentilly laissaient à penser que "quelqu'un devait peut-être se joindre" à lui à l'Hyper Cacher ou après.  L'enquête n'a pas non plus permis de savoir qui a réalisé le montage et qui a diffusé le 11 janvier la vidéo de revendication d'Amédy Coulibaly, dans laquelle il se présente comme un "soldat du califat".  "Nous n'avons que très peu d'éléments qui permettent de dire ce qui s'est passé dans l'appartement conspiratif de Coulibaly entre le 7 et le 9 janvier", a reconnu un des enquêteurs lundi. 

Plusieurs ADN et empreintes n'ont pas été identifiés dans cette vaste enquête.  "Les armes retrouvées à Gentilly n’ont pas été utilisées par Amedy Coulibaly, ses empreintes génétiques n’ont pas été identifiées dessus. On peut en déduire qu’il ne devait pas être le seul à passer à l’action", a dit l'un des enquêteurs lundi. Certains en sont convaincus : outre les terroristes abattus par les forces de l'ordre et les trois accusés visés par un mandat d'arrêt, plusieurs personnes manquent aujourd'hui dans le box. 

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