Procès des attentats de janvier : "Moi, j'ai connu Dolly, pas Coulibaly"

Procès des attentats de janvier : "Moi, j'ai connu Dolly, pas Coulibaly"
Justice

JUSTICE – Ex-codétenu et ami d'Amédy Coulibaly, Amar Ramdani est passé sous le feu des questions, mercredi 7 octobre. Accusé d'avoir entre autres financé le terroriste, il a répété son incrédulité devant le parcours de ce dernier.

Son "intelligence" a été soulignée plusieurs fois à l'audience. Mince, musclé, cheveux courts et bien coupés, pull noir près du corps, Amar Ramdani a répondu dans la matinée aux nombreuses questions qui lui ont été posées à l'occasion de son interrogatoire. L'accusé, aujourd'hui âgé de 39 ans, encourt 20 ans de réclusion criminelle pour participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle. Il lui est reproché d'avoir, en 2014 et début 2015, fourni un soutien logistique à Amedy Coulibaly en recherchant notamment des armes et en lui fournissant un soutien financier. Amar Ramdani a eu des contacts physiques et téléphoniques très fréquents (via l'une de ses 31 lignes) avec Amedy Coulibaly jusqu'au 6 janvier 2015, et a également été en contact avec les accusés Mohamed-Amine Fares, Saïd Makhlouf, et Nezar Mickael Pastor Alwatik.

"Coulibaly, je l'ai connu en prison. L'année exacte, je saurais pas vous dire. On était dans des ailes opposées. Lui n'était pas en promenade avec moi. Quand j'ai changé de bâtiment, j'ai travaillé à la buanderie. Il est venu après, on a travaillé ensemble", se souvient le trentenaire. Devenus amis, Ramdani sorti en 2013, et Coulibaly en 2014, resteront en contact. 

Comme ses prédécesseurs à la barre, Ramdani dessine un Amedy Coulibaly loin de l'image du terroriste antisémite. "C'était quelqu'un de serviable, sympa et passif. Il était intelligent. Tuer en tirant dans le dos, ça ne lui ressemble pas. L'Hyper Cacher, ça ne lui ressemble pas. Tirer dans le dos de quelqu'un, c'est des trucs de lâches. Ces actes étaient pas en adéquation avec la personne que j'ai connue, Dolly. Moi j'ai connu Dolly (surnom de Coulibaly) pas Coulibaly". La cible, des clients de l'Hyper Cacher, le surprend tout autant, assure-t-il en convoquant les souvenirs de leurs discussions  : "Les juifs, l'antisémitisme, on en parlait pas. Il n'a jamais dit qu'il voulait s'attaquer à des juifs ou à une policière. Même la vidéo de revendication, ça ne lui ressemble pas". 

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"Religion positive" et "Dolce Gabbana"

Jusqu'aux attentats,  Amar Ramdani considère  "Dolly" comme "son frère", pas son meilleur ami, mais "un ami". Il raconte qu'en détention, quand il a eu la cheville cassée et qu'il avait des béquilles, Coulibaly lui faisait à manger et lui apportait ses repas. Il lui préparait aussi son sac de linge pour "le mitard"

Vient alors la question du rapport d'Amedy Coulibaly à la religion musulmane.  "Il ne s'en cachait pas. Il pratiquait sa religion de façon positive, avec le côté positif de la chose". Une conception rigoriste de la foi ? "Sa femme portait le voile, c'est la seule chose... Lui,  il était habillé en Dolce Gabbana le mec". Un prolongement de ce que l'accusé avait glissé lors de son audition :  "Coulibaly sentait bon, il prenait soin de lui. C'était Mr Tout le monde". 

Ignorait-il tout du passé de son ami quand ils se sont rencontrés en détention ? "Il était dans le trafic de stupéfiants, il a baigné dans des affaires d'armes. Coulibaly ne se vantait pas d'avoir de l'argent mais je savais qu'il en avait. Il a toujours eu de l'argent", admet Amar Ramdani. 

"Vous nous avez indiqué qu'il y avait quelque chose de répulsif pour vous, c'est le terrorisme. Dans votre enfance, les exactions du GIA vous ont touché. Vous savez que Coulibaly tombe pour des faits de terrorisme. En tout état de cause vous êtes proche de lui, c'est votre 'poto', votre "frère", c'est contradictoire", remarque Me Cechman, avocate des parties civiles. "Je catalogue pas les gens, je les mets pas dans les cases. Quand Coulibaly m'a parlé du dossier terrorisme*,  il m'a dit qu'il n'avait rien à voir avec ça. On a discuté, je l'ai cru", balaye l'accusé.

"Un gros coup de bâton derrière la tête"

Alors, quand il apprend l'implication de son ami dans la sanglante prise d'otages de l'Hyper Cacher, Ramdani est "choqué", raconte-t-il, plus de cinq ans après les faits."J'étais dans les vapes, c'est comme si quelqu'un m'avait mis un gros coup de bâton derrière la tête. J'étais sonné. J'arrive toujours pas à assimiler, ça fait bientôt six ans".

Quels changements Ramdani a-t-il pu voir ? De quoi se souvient-il la dernière fois qu'il verra son ami, à qui il devait 200 euros ? C'est le 6 janvier, avant-veille du meurtre de Clarissa Jean-Philippe à Montrouge. "Coulibaly était tactile alors qu'il ne l'était pas habituellement, il était bizarre", se souvient l'accusé. "Il m'a dit au revoir, ce soir-là en me serrant la main et en faisant plusieurs fortes pressions. Il m'a dit qu'il voulait se barrer".

Qu'est-ce que Ramdani aurait pu comprendre de cette allusion ? Le président de la cour le pousse un peu : Ça ne vous semble pas bizarre qu'il ait voulu faire une hijra ?", ce voyage exigé par une interprétation rigoriste du Coran consistant à s'éloigner des terres "hostiles à l'islam".  Ramdani esquive, à nouveau : "Je ne sais pas s'il a utilisé ce mot. Mais moi, quand il me dit ça, j'y crois pas. Je me suis dit que c'était un argument : vas-y, rends-moi mon argent, je m'en vais".

Une petite copine gendarme

Au-delà de l'attitude de Coulibaly, la cour s'arrête sur le comportement de l'accusé le 9 janvier. Après avoir accusé le coup, il explique vouloir aller voir la police. Il en parle "à Emmanuelle C.", sa compagne à l'époque... gendarme de profession, et radiée de la gendarmerie depuis la révélation de la liaison. "Elle m'a demandé si je connaissais Coulibaly, si je l'avais vu. J'ai dit oui. Elle m'a demandé si je lui avais apporté un soutien logistique et financier, j'ai dit non". Sur l'insistance de sa compagne, il renonce à se rendre... mais jette son téléphone. "J'avais eu des contacts avec lui, j'ai paniqué".

Un récit qui n'a pas convaincu un seul instant les avocats de la partie civile. Qui voient dans l'absence d'appels téléphoniques à son "frère", les 7, 8 et 9 janvier, la preuve que Ramdani se doutait des projets de Coulibaly. Ils ne croient pas non plus que les allers-retours dans le Nord avec son cousin Saïd Makhlouf, dont l'ADN  a été retrouvé sur la lanière d'un taser de Coulibaly, avaient pour objet d'acheter de la "beuh" et "aller aux putes". Leur préférence va plutôt à l'achats d'armes. 

Amar Ramdani jure le contraire. Et répète qu'il ignorait tout des intentions macabres de Coulibaly. "J'ai ressenti de la trahison. Faire ce qu'il a fait n'a jamais été en adéquation avec notre relation." Encore une fois, il assure : "Je lui aurais tourné le dos si j'avais eu le moindre indice d'une éventuelle appartenance à l'Etat islamique".

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Le procès hors normes des attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015

Suivez le procès des attentats de janvier 2015

* Amedy Coulibaly a été condamné à 5 ans de prison le 20 décembre 2013 pour avoir participé à la tentative d’évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem, l’un des auteurs de la vague d’attentats de 1995 en France. Au moment du procès, il avait déjà fait quatre ans de détention provisoire et a bénéficié d’une libération anticipée. Il est sorti de prison le 15 mai 2014.

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