Procès des attentats de janvier 2015 : "Il n'a jamais été question de reddition" pour Amedy Coulibaly

Procès des attentats de janvier 2015 : "Il n'a jamais été question de reddition" pour Amedy Coulibaly
Justice

JUSTICE - Christian D., enquêteur de la section antiterroriste de la brigade criminelle, dépose ce lundi à la barre de la cour d’assises spéciale de Paris. Il est revenu dans la matinée sur la prise d'otages de l'Hyper Cacher, comme il l'avait fait le 7 septembre pour l'attentat perpétré dans les locaux de Charlie Hebdo.

C'est une prise d'otages de plus de quatre heures, entre 13h06 et 17h10,  que Christian D., enquêteur de la section antiterroriste de la brigade criminelle, a minutieusement détaillé ce lundi matin devant la cour d'assises spéciales de Paris. Costume gris, chemise banche, cravate bleu ciel, l'actuel commissaire divisionnaire est revenu sur cet attentat qui, le 9 janvier 2015 dans l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes, a fait quatre nouvelles victimes, venant s'ajouter aux 13 autres décédées au cours des attaques perpétrées les deux jours précédents à Paris et à Montrouge. 

Pour ne pas rajouter "d'horreur à l'horreur", le président avait annoncé dès vendredi que le images de la GoPro du terroriste Amedy Coulibaly montrant les assassinats ne seraient pas diffusées. Ont en revanche été projetées ce lundi des images "figées" extraites des caméras de vidéosurveillance du magasin, avant que le terroriste ne demande à l'un des otages de les arracher. Même dépourvues de son et sans mouvement, elles décrivent à elles seules les atrocités commises ce jour-là. 

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15 minutes pour tuer 4 personnes

Sur les images en noir et blanc apparaît d'abord Amedy Coulibaly progressant dans la rue, puis sortant son arme devant l'entrée de l'Hyper Cacher. "A 13h06, il tire sur Yohan Cohen (employé du magasin, ndlr), plusieurs personnes prennent la fuite à l’extérieur", détaille Christian D.. Deux minutes plus tard, à 13h08,  Philippe  Braham est exécuté de deux balles après avoir décliné son identité à la demande du terroriste. Puis Amedy Coulibaly retourne à l’entrée du magasin, et tire à nouveau sur Yohan Cohen. Quelques instants plus tard, Michel Saada arrive dans l'Hyper Cacher. "Monsieur Saada voit le terroriste et tente de faire demi tour. Il est abattu par Coulibaly. Sur la GoPro, on l’entend dire à deux reprises Allah Akbar quand il tire", souligne l'enquêteur, décrivant les images projetées à l'écran. Puis à 13h13,  trois personnes parviennent à sortir du magasin. Six vont rester à l’étage. "A 13h18, le magasinier Lassana Bathily va réussir à s'enfuir". 

Plusieurs otages sont alors réfugiés au sous-sol du magasin. Plusieurs dont Yoav Hattab remontent à l'étage. "Yoav Hattab tente de s’emparer d’une Kalachnikov du terroriste. Malheureusement, il connaît un incident de tir et est abattu par Coulibaly. En un quart d’heure, Amedy Coulibaly a tué 4 personnes", continue Christian D. 

Puis le terroriste surarmé va demander à un otage de retirer toutes les caméras de vidéosurveillance. "A 13h42, la première est arrachée. A 13h43 la porte arrière est barricadée". Des sacs de farine bloquent l'entrée. De nombreux otages sont encore dans le magasin, parmi lesquels un bébé de 11 mois et un enfant de deux ans qui assistera à l'un des assassinats

Repas, coups de téléphone et prière

Puis l'enquêteur explique que pendant la prise d'otages, le terroriste "se sert dans le magasin pour se nourrir et laisse les otages aller et venir se restaurer". "Il se prépare alors à un long siège. Il indique que si les Kouachi qui sont à l'imprimerie de Dammartin-en-Goële sont abattus, il tuera tout le monde. Il déclare d'ailleurs qu'il a des explosifs". Le policier précise qu'en plus des nombreuses armes retrouvées dans le magasin, les enquêteurs découvriront 20 bâtons de dynamite. "S'ils avaient été utilisés, cela aurait engendré un effondrement de l'immeuble", fait-il remarquer.

Le téléphone, lui, n'arrête pas de sonner.  "Entre 13h13 et 13h45, il y a 300 appels sur le fixe, en une heure plus de 600 appels. Ce sera une difficulté pour le travail des policiers et du négociateur, déplore l'enquêteur. Amedy Coulibaly aura lui-même du mal à joindre le 17".  "Le négociateur de la BRI et un psychologue sont arrivés à 13h45, mais Coulibaly est injoignable du fait notamment de la saturation des lignes. Le premier contact avec le négociateur a lieu à 15h40. Au total, il y aura trois contacts de 6 minutes avec Amedy Coulibaly".

Pendant ces quatre heures, Amedy Coulibaly suit également les informations sur les chaînes de télé. "Il appelle même pour corriger des informations erronées, sur le nombre de morts par exemple", relève l'enquêteur. Le terroriste  fait aussi une prière, à 16 heures. Il échange avec des otages, puis avec un journaliste de RTL qui l'a appelé. La conversation avec celui-ci durera 15 minutes en tout. "Il y a deux ou trois mots avec le journaliste, après il y a le discours d'Amedy Coulibaly aux otages", souligne le président Régis de Jorna à l'audience. En effet, sur ce quart d'heure enregistré, Amedy Coulibaly livre  un monologue décousu au cours duquel il évoque notamment "les enfants morts en Syrie", ceux qui "attaquent l'Etat islamique", "le Mali"... 

"La neutralisation des Kouachi va changer les plans"

Ce jour-là, Amedy Coulibaly a indiqué aux otages qu'il était prêt à "mourir en martyr" mais n'a pas précisé quand. "Il n'a jamais été question de reddition, assure Christian D.. Amedy Coulibaly est venu avec des explosifs, mais rien n'indique qu'il faut que ça se passe tout de suite, maintenant. L'idée est d'être dans la négociation, d'obtenir la libération des otages sans assaut. Ce sont les événements à Dammartin-en-Goële, avec la neutralisation des Kouachi, qui vont changer les plans".

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L'assaut sera donné presque simultanément, à quelques secondes d'intervalles. Les frères Kouachi seront neutralisés sur le parking de l'imprimerie de Dammartin-en-Goële. Amedy Coulibaly sera abattu devant l'Hyper Cacher. La photo de son corps, criblé de balles, au sol, a été projetée ce lundi à l'audience. 

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