Procès des attentats de janvier 2015 : "J'ai cru reconnaître Saïd Kouachi mais ça ne pouvait pas être lui"

Procès des attentats de janvier 2015 : "J'ai cru reconnaître Saïd Kouachi mais ça ne pouvait pas être lui"

JUSTICE – La cour interroge ce mercredi Abdelaziz Abbad, 36 ans, poursuivi pour participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle. Il est soupçonné notamment d'avoir recherché et fourni, avec d'autres accusés, des armes aux terroristes.

Il aime à commencer ses réponses par "de base". Cheveux bruns, courts, polo noir, Abdelaziz Abbad est calme ce mercredi 21 octobre à l'ouverture de l'audience. Face aux enquêteurs, il s'est souvent "énervé", "emporté" comme l'a rappelé le premier assesseur qui salue son comportement ce jour. "Au fil des gardes à vue puis devant la juge, il y a des versions diverses dans vos déclarations, on trouve un peu tout et son contraire", relève d'emblée le président en début d'audience. "Y'a de tout dans les interrogatoires. Il fallait leur donner un petit peu de pain (aux enquêteurs) pour qu'ils me laissent tranquille. J'ai dit des choses qui n'étaient pas forcément vraies", justifie l'accusé. 

L'homme de 36 ans encourt 20 ans de réclusion criminelle pour "participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle". En l'espèce, il lui est reproché d'avoir recherché et fourni, avec les accusés Ali Riza Polat, Metin Karasular et Michel Catino des armes pour les terroristes. Abdelaziz Abbad admet avoir transporté des stups, reconnaît qu'on lui a demandé des armes, mais affirme n'en avoir jamais fournies. "J'ai compris que je m'étais incriminé tout seul. Dès que j'ai sorti le nom de Saïd Kouachi, ils m'ont plus lâché avec ça. J'ai dit que j'avais pu le croiser. Après, ils n'étaient que là dessus", lâche l'accusé qui semble voir dans cet événement la seule raison pour laquelle il est aujourd'hui dans le box des accusés. 

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"Une moustache un béret et des lunettes"

Au cours de sa première audition, Abdelaziz Abbad a indiqué que vers novembre ou décembre 2014, un prénommé Marouan H. qui sortait avec sa sœur était venu le voir à Revin avec un individu portant des lunettes de vue, une moustache et un béret et qu'ils lui avaient demandé des armes. Abdelaziz Abbad, avait dit aux deux hommes qu'il ne faisait pas dans les armes et leur conseillait d'aller en Belgique. Puis il avait déclaré que la personne qui était venue pour des armes avec Marouan H. ressemblait à Saïd Kouachi. Lorsqu'il avait vu les photos qui étaient passées à la télé suite aux attentats, il s'était dit : "Oh, on dirait celui qui est venu avec Marouan".

Mais pour l'accusé, la police a fait un "sacré raccourci" en écrivant dans plusieurs PV : "Marouan H. accompagné de Saïd Kouachi". "Moi, j'ai juste dit qu'il ressemblait à Saïd Kouachi. De base je ne comprends pas ce que je fais dans cette affaire (…) Pour moi, je raconte une histoire de droit commun. Les histoires de terrorisme, je ne m'associe pas à ce genre d'affaire. J'ai expliqué pourquoi j'ai eu des contacts avec Polat, Catino et Karasular. Mais j'ai eu le malheur de dire que peut-être il y avait une personne qui ressemblait à Saïd Kouachi. Voilà après, c'était fini".

"Comment vous pouvez imaginer qu'en prononçant le nom de Kouachi ça ne va rien entraîner. Tous les policiers vont avoir les oreilles qui se dressent, c'est évident", s'étonne une magistrate. "Avec les images à la télé, j'ai cru reconnaître ce mec. Je m'en souvenais car c'est la toute première fois qu'on venait me demander des armes" répond l'accusé avant d'ajouter : "J'aurais dû mentir ?"

"C'est pas possible que ce soit Saïd Kouachi"

Au cours des débats,  Abdelaziz Abbad dira finalement que l'individu qu'il a vu mi-décembre avec Marouan H. ne pouvait de toute façon pas être Saïd Kouachi. "Depuis que j'ai vu dans le dossier la photo de Saïd Kouachi quand il est mort, j'ai compris que ça ne pouvait pas être lui que j'ai vu. Sur la photo où il est mort il a une barbe. Elle est comme ça, explique-t-il décrivant avec ses mains une grosse barbe. Ce n'est pas possible parce que moi quand je l'ai vu mi-décembre, il n'avait pas de barbe, il avait une petite moustache, un béret, des lunettes. En quelques semaines, sa barbe n'a pas pu pousser autant".

Mais la "ressemblance" d'un homme qu'il a croisé avec un terroriste, n'est pas la seule chose qui a motivé la mise en examen de l'accusé. La téléphonie d'Abdelaziz Abbad montre ainsi de nombreux contacts dès fin novembre et jusqu'à janvier avec Ali Riza Polat et les belges Metin Karasular et Michel Catino. Elle  montre également des déplacements dans les Ardennes, en Belgique, en région parisienne mais aussi à Roubaix dans le Nord. "Je n'ai jamais fréquenté le Nord. Lille, Roubaix, je n'ai jamais fréquenté là-bas", lâche l'accusé à Me Cechman, avocate de la partie civile qui l'interroge à ce sujet. Elle lui rappellera aussi que son portable a été coupé, comme celui d'Ali Riza Polat, le 7 janvier 2015, jour de l'attentat contre Charlie Hebdo. 

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