Procès des attentats de janvier 2015 : "J'ai jamais vendu d'armes !" répète Mohamed Fares

Procès des attentats de janvier 2015 : "J'ai jamais vendu d'armes !" répète Mohamed Fares
Justice

JUSTICE – La cour d'assises spéciale procède depuis ce mercredi matin à l'interrogatoire de Mohamed Fares, 31 ans. L'accusé encourt 20 ans de réclusion criminelle pour notamment sa participation à une association de malfaiteurs terroristes criminelle et pour l'achat d'armes ayant fini entre les mains d'Amedy Coulibaly.

C'est une lettre anonyme arrivée sur le bureau de la juge d'instruction Nathalie Poux le 27 décembre 2017 qui l'a mêlé au dossier des attentats de janvier 2015. Aucune empreinte sur le support mais ces mots, "Hyper Kacher Mohamed Fares" (sic). L'individu ainsi désigné sera plus précisément identifié comme Mohamed Amine Fares. Il est en prison pour trafic de stupéfiants quand les enquêteurs viennent le chercher pour le place en garde à vue pour de longues heures. Il sera finalement mis examen le 23 mars 2018 du chef d'"association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme de crimes,  d'atteinte aux personnes et pour acquisition, détention, port ou transport d'armes de catégorie A ou B en relation avec une entreprise terroriste". 

C'est en effet entre ses mains qu'auraient transité plusieurs armes, le Tokarev TT 33 et les fusils d'assaut compacts, utilisées par Amedy Coulibaly. Ils les auraient ainsi fournies à Amar Ramdani et Saïd Makhlouf, accusés entre autres d'avoir servi d'intermédiaires auprès d'Amedy Coulibaly, à l'occasion de leurs multiples allers-retours dans le Nord, où réside Mohamed Fares. Enfin, il est accusé d'avoir acheté ces armes à Christophe D., membre de la bande du trafiquant d'armes Claude Hermant.

"Cette lettre, c'est quelqu'un qui veut me faire porter le chapeau, je sais pas quoi dire. Pourquoi on veut me faire porter le chapeau? J'ai pas de réponse à ça", déclare l'accusé au sujet du mystérieux courrier. Face aux enquêteurs, Mohamed Fares n' pas été plus clair. "Ce qu'on peut dire, c'est qu'il y a des évolutions, des contradictions dans toutes vos déclarations et même des mensonges", lance le président Régis de Jorna à l'accusé. Debout dans le box, Mohamed Fares, costaud, cheveux bruns coiffés en chignon, t-shirt noir à manches longues, ne conteste pas.

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"Je n'ai fait que des stups"

Au départ, constat est fait que Mohamed Fares ment sur tout. "Dire que vous connaissez Saïd Makhlouf, ce n'est pas dire que vous faites du trafic de stups avec lui et encore moins que vous êtes mouillé dans une affaire de terrorisme, alors pourquoi ne pas dire que vous le connaissez ?" s'interroge le président. "Moi on vient me chercher, on me parle de terrorisme. Si je peux ne pas donner de noms, j'en donne pas", justifie Mohamed Fares. 

Le président ne s'en laisse pas compter et reprend d'autres contradictions : "Vous inventez une histoire d'armes. Si vous voulez ne pas être mêlé, on dit plutôt 'j'ai rien à voir'. Vous dites en 3e audition que l'arme de Coulibaly est passé de Christophe D. à un gars du 91. Vous donnez des détails. Vous dites que vous avez caché l'arme chez une nourrice, que vous avez mis en relation Christophe D. avec Alex du 91. Vous vous impliquez. Et après vous direz que tout ça c'est pas vrai..."

Face à ces multiples versions, l'accusé s'accroche aujourd'hui à une chose : "Je ne suis pas un terroriste. Je n'ai jamais vendu d'armes. C'était pas mon intérêt : les armes, c'est une peine à deux chiffres. Avec mon trafic de stupéfiants, je gagnais bien ma vie, j'avais pas besoin de ça!" Son explication aux allers et retours de Saïd Makhlouf et Amar Ramdani ? Leur remettre des vêtements à destination d'un détenu, ou acheter de la beuh.

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La lettre, une vengeance de la belle-famille?

Vient alors la question de l'auteur de la lettre anonyme à l'origine de son arrestation. Pour Mohamed Fares, pas de doute : c'est Souliman B., son ex-beau-frère, qui en est l'auteur. Il explique que son ancienne belle-famille lui en veut d'avoir quitté Chahinaze B., qu'il a reconnu, lors de l'audience, avoir frappée à plusieurs reprises pendant leur relation. 

Interrogé sur l'auteur de lettre anonyme qui l'a balancé, Mohamed Fares pense que c'est son ex-beau-frère, Souliman B. qui en est l'auteur. Sa belle famille lui en voudrait en effet d'avoir quitté sa sœur Chahinaze B. de lui avoir "fait la misère" selon les termes de l'accusé qui reconnaît l'audience l'avoir frappé à plusieurs reprises. Avocate de la défense, Me Akorri exclut cette hypothèse, un code précisant que le courrier a été posté de Lille fin décembre 2017, période où Souliman B. était en prison. 

Le conseil de Mohamed Fares n'exclut pas pour autant que la belle-famille puisse être à l'origine de la missive et évoque à l'audience une potentielle "vengeance" de son ex-femme. En garde à vue, Chahizane B. avait assuré que Mohamed Fares avait confié une arme à son frère afin qu'il la garde avant de la remettre aux "mecs de Paris", en l'occurrence Saïd Makhlouf et Amar Ramdani. Version confirmée par Souliman B. en garde à vue.

A l'issue d'une confrontation entre les deux ex-beau-frères en mars 2018, Souliman B, a déclaré :"Je sais que Mohamed Fares n'est pas quelqu'un de méchant. Si malheureusement des armes ont fini dans de mauvaises mains, il ne savait pas".  En fuite en Espagne, il ne pourra pas reproduire son témoignage à l'audience, au grand dépit des parties civiles. Qui ne pourront pas compter sur les témoignages d'un frère et d'une sœur de Mohamed Fares, se bornant à répéter que leur frère n'était "pas un terroriste".

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