Procès des attentats de janvier 2015 : "J'ai jamais vu ni touché ce taser"

Dessin de la salle d'audience, lors du premier jour du procès de Charlie Hebdo-Hyper Cacher le 2 septembre
Justice

JUSTICE – Les interrogatoires au fond des accusés se poursuivent devant la cour d'assises spéciale . Ce vendredi, c'est au tour de Saïd Makhlouf, soupçonné d'être, avec son cousin éloigné Amar Ramdani, l’un des convoyeurs d’armes achetées par Amedy Coulibaly et ramenées du Nord à l'Ile-de-France.

Dès les premières minutes de l'audience, il annonce à la cour : "Je vais répondre à toutes vos questions. Mais moi et ma mémoire c'est pas trop ça..." Costaud, musclé, lunettes, cheveux bruns tirés en petit chignon et jean Diesel, Saïd Makhlouf, 30 ans, parle fort et distinctement : "Sur cette accusation, je voulais vous dire que je la comprends pas du tout d'autant que l'on met 'terrorisme'. Coulibaly, je l'ai vu une demi fois à tout casser. J'ai honte d'être là. On me met dans un dossier terrorisme. Ce taser, c'est pas que je l'ai touché ou pas touché, mais je l'ai jamais vu." Ou alors, une ou deux fois, "dans la rue, peut-être", et "au resto chinois à Gentilly" ?

Ce taser, c'est celui qu'Amedy Coulibaly a fait acheter à Willy Prévost fin décembre 2014 à l'armurerie de Montrouge. Et sur la lanière duquel été retrouvée une trace ADN de Saïd Makhlouf, en compagnie de trois autres empreintes, non identifiées. Un "serrage de mains" avec le terroriste a-t-il permis le transfert, comme le pensent certains ? Amar Ramdani offre une autre hypothèse, alambiquée, pour expliquer ce transfert d'ADN : il a vu Amedy Coulibaly se "vautrer" sur le canapé de Saïd Malhlouf, qui"transpire"  et "bave" quand il dort. Pas de quoi convaincre l'accusation… 

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"Dans ma ville il y a de la beuh mais elle est dégueulasse"

Outre cet ADN, le parquet national antiterroriste s'appuie sur d'autres éléments. Pourquoi Makhlouf et Ramdani ont-ils multiplié les allers-retours dans le Nord, où réside Claude Hermant, le trafiquant d'armes qui a acheté les armes utilisées pendant la prise d'otages ? Comme son cousin, Saïd Makhlouf prétexte des escroqueries à l'achat et de revente automobile. Il parle aussi de trafic de stups avec Mohamed Fares, un autre accusé. Et de ses visites aux prostituées par la même occasion. 

L'avocat général, Jean-Michel Bourles s'était étonné il y a quelques jours que l'on parte si loin pour, selon les termes de l'accusé, "aller aux putes". Réponse de l'intéressé : la visite aux prostituées n'étaient qu'"un crochet" après s'être occupé des affaires de trafic, pas le but final. L'avocate générale Julie Holveck fait la même réflexion pour la drogue. Pourquoi aller dans le Nord acheter des stupéfiants quand il y en a dans toute l'Ile-de-France ? Là aussi, Makhlouf a la parade : "Dans ma ville, il y a de la beuh, mais elle est dégueulasse, c'est de l'espagnole. Là bas (dans le Nord) c'est de la Hollandaise, c'est de la bonne".

"Je suis pas le mec à partir en vacances avec une tente Quechua et un réchaud"

Où est alors passé l'argent des stups et des escroqueries? L'accusé assure n'avoir "rien remis" à Amedy Coulibaly. "L'argent, je la flambe (sic), surtout pour les vacances. Parce que je kiffe les vacances. Je suis pas le mec à partir en vacances avec une tente Quechua et un réchaud". Saïd Makhlouf précise qu'il dépense plusieurs milliers d'euros à chaque séjour et cite comme destinations "la Thaïlande, la Martinique, l'Algérie et des week-ends en Italie ou en Espagne". Il évoque aussi des dépenses pour "boire, manger, sortir". Et de commenter : "Le grec c'est pas gratuit."

Pour Saïd Makhlouf, "tout est à charge" dans ce dossier. "On veut me coller Ladjali (Samir, intermédiaire présumé de Coulibaly pour les armes, ndlr) je le connais pas. On veut dire que Coulibaly c'est mon ami. On veut que m'enterrer". 

S'il n'a rien à se reprocher, pourquoi a-t-il changé de versions au cours de sa garde à vue ? Pourquoi a-t-il occulté des éléments avant de les évoquer ? "Quand j'arrive en garde à vue.  on me dit que je suis complice de 17 assassinats, c'est un truc de malades. (...) A la base madame, je suis pas un menteur. J'aime pas mentir". Pourquoi  avoir cassé sa puce le 9 janvier quand il voit Amar Ramdani ? "Nous, quand on se voit avec Ramdani, on est très taquins, on est comme des enfants. On se sourit. Là, il ne sourit pas. Je vois sa tête, il est dépité. Je demande à Ramdani ce qu'il a. Il me dit que Coulibaly, le mec des attentats, c'était le mec du resto chinois. J'allais m'évanouir, je suis tombé de haut. On était choqué, sur le cul. Je vous mens pas je suis égoïste. Je me suis dit qu'ils (les policiers) allaient aller vers Ramdani, car c'est l'ami de Coulibaly, puis vers moi car je faisais les escroqueries avec Ramdani. Du coup, on pète nos puces (de téléphone) et voilà". 

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"Je ne l'ai jamais connu avec beaucoup d'argent"

Dans l'après-midi, plusieurs témoins en lien avec Saïd Makhlouf ont défilé à la barre. Pierre C. ami de longue date, le décrit comme généreux, chaleureux. : "Je crois pas qu'on ait eu de tabou entre nous. S'il y a des choses qu'il ne m'a pas dit c'est peut-être par omission". Sur les stupéfiants il déclare:  "on n'en a jamais parlé mais je me suis dit que c'était une possibilité." Sur les nombreux voyages mentionnés plus tôt par l'accusé, le trentenaire parle d'un voyage qu'ils ont fait "en Grèce" puis rectifie "heu non en Turquie sur une petite île en 2016". L'avocate générale fait remarquer que Makhlouf est alors en détention depuis mars 2015.. 

Mohamed B. , ami d'enfance de Gentilly, explique qu'il dormait souvent chez Saïd Makhlouf. Il était là d'ailleurs quand la police est venu le chercher au petit matin pour le placer en garde à vue. Il précise avoir dormi dans le canapé, comme c'était souvent le cas pour les invités, mettant à mal la version de l'accusé. Un peu plus tôt Saïd Maklhouf qui avait soutenu qu'il dormait dans le canapé car il le préférait au matelas qui se trouvait dan son appartement, pour justifier le transfert d'ADN 

Alphady R. autre témoin, décrit Makhlouf comme un "fêtard, un travailleur aussi". L'ambulancier avait-il un salaire qui lui permettait de payer des vacances à plusieurs milliers d'euros?  "Je ne l'ai jamais connu avec beaucoup d'argent, c'est pas un flambeur. Il vit chez sa mère, il a pas de grosse voiture", décrit Alphady T. 

Enfin Steven V. , 38 ans, chauffeur livreur,  beau-frère de Mohamed Fares, indique que Saïd Makhlouf est venu vers lui pour devenir ambulancier, le métier qu'il exerçait alors. Comme le fera remarquer le premier assesseur, il  ne sera pas "très causant" quand on lui demandera de parler des deux accusés qu'il connaît. Comme beaucoup de témoins en liens avec les accusés, il dira à la barre qu'il "ne savait pas", "qu'il n'était pas au courant" ou "qu'il a oublié". 

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