Procès des attentats de janvier 2015 : "J'ai vu les gilets tactiques, j'ai pensé à un braquage"

Procès des attentats de janvier 2015 : "J'ai vu les gilets tactiques, j'ai pensé à un braquage"
Justice

JUSTICE . Ce mardi, Christophe Raumel, poursuivi pour participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation de crimes de droit commun, sans caractère terroriste, a reconnu avoir accompagné Willy Prevost faire des achats pour Amedy Coulibaly sans savoir quel en serait l'usage.

C'est le seul des accusés qui comparait libre. Après 39 mois passés derrière les barreaux dans le dossier des attentats de janvier 2015, Christophe Raumel est sorti de prison et est aujourd'hui placé sous contrôle judiciaire. 

Agé de 30 ans,  Il encourt dix ans d’emprisonnement pour participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation de crimes de droit commun, sans caractère terroriste. Il lui est reproché d'avoir accompagné Willy Prevost (accusé interrogé hier) faire des achats fin 2014 pour Amedy Coulibaly. Lesdits achats ? Une Renault Mégane (utilisé par le terroriste et retrouvée près de l'Hyper Cacher le 9 janvier), trois gilets tactiques, deux couteaux, deux gazeuses lacrymogènes et un taser. Le matériel aurait été stocké ensuite à son domicile. Lui est également reproché d'avoir enlevé, toujours avec Willy Prevost, le tracker d'une moto Suzuki d'Amedy Coulibaly. 

A la barre, Christophe Raumel déroule une partition similaire à celle de Willy Prevost. Celle de l'intermédiaire qui ignorait le dessein funeste qu'il a servi : "Je reconnais avoir été là à chaque achat et pour enlever le tracker aussi. Je reconnais les faits qui me sont reprochés", déclare spontanément l'accusé à la barre. Pour aussitôt alléger sa responsabilité : "Je n'avais que des relations avec Willy Prevost. Amedy Coulibaly, je ne l'ai qu'aperçu deux fois, je n'étais pas proche de lui. Je n'avais aucun lien".

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"Boire, fumer, manger"

Willy Prevost, aujourd'hui dans le box, Christophe Raumel le connaît par contre depuis longtemps : "Depuis que je suis petit, il habitait en face de chez ma grand-mère. Ma famille connait sa famille, sa famille connait ma famille". 

Au fil des ans, malgré les quatre ans qui les séparent, les deux hommes se rapprochent. "Avec le temps, on a créé une amitié, un lien. Quand je sortais de chez moi, je l'appelais, on allait au centre commercial", déroule-t-il. Mais dès qu'il est question du terroriste de l'Hyper Cacher, Christophe Raumel s'éloigne, se décrit comme mis à l'écart quand Coulibaly vient voir Prevost : "Sa relation avec Amedy Coulibaly, je peux pas dire les choses. C'est quand Coulibaly venait au centre commercial. Il se garait. Willy allait le voir".

Pourquoi alors avoir accompagné Willy Prevost faire les achats pour Amedy Coulibaly, fin décembre 2014 ? "On était au centre commercial. Prevost a dit : 'Vas-y, viens avec moi', 'Vas-y bouge'. On bouge". Christophe Raumel ne pose pas de question, il s'imagine "juste faire un tour" avec celui qu'il appelle "son frère" – quand bien même sa petite amie l'a quitté pour lui, apprendra-t-il en garde à vue. Ces promenades sont pour lui une façon de sortir de la routine qui consiste à "boire, manger, fumer, discuter de tout et de rien".

Mais alors, que se passe-t-il ce 3 janvier 2015, quand il accompagne Willy Prevost chez Amedy Coulibaly, à minuit trente ? Raumel répond : "Prevost m'a appelé, il m'a dit tu viens avec moi, on va en bas de chez l'autre, là. J'ai dit : 'Vas-y, ok'".

Une réponse des plus anodines qui ne convainc pas l'assesseur : "Pourquoi aller en bas de chez l'autre à minuit le 3 janvier , il ne s'agit pas d'aller faire des courses à minuit".

"J'ai pensé à un braquage"

Outre les achats, Christophe Raumel est aussi poursuivi pour avoir stocké chez lui tout le matériel qu'il avait acheté avec Willy Prevost. "Je me suis pas posé de question, j'ai aidé. J'ai vu les gilets tactiques, je les ai mis sur un cintre. Le reste, j'ai pas vu". Il ose : ces gilets "avec des poches" pouvaient très bien servir à "aller à la pêche" ou "faire du vélo". Mais la réputation de Coulibaly dans le quartier vient fragiliser l'hypothèse : "Braquages, trafics de stups et violences". "J'ai pensé à un braquage", admet l'accusé après avoir trouvé avec Prevost que le matériel acheté était un peu "chelou".

Dans l'ordinateur de Christophe Raumel, les enquêteurs ont vu qu'il avait recherché les vidéos de Coulibaly et des Kouachi. "Vous êtes en admiration?" lui demande Me Szwarc, avocate de la partie civile. "Ça parlait beaucoup en fait. Quand il sort au moment de l'assaut, il y a des gens qui disait qu'il était attaché. Plusieurs fois j'ai regardé ça. J'ai regardé aussi les vidéos des Kouachi, certains disaient que c'était un complot, à cause des rétroviseurs. Plusieurs fois j'ai regardé ça, mais je n'avais d'admiration pour personne", répond l'accusé. 

L'interrogatoire se poursuit sur la conversation de Christophe Raumel à l'islam, en 2009. "Je devenais n'importe quoi. Je sortais, je buvais de l'alcool, j'étais tout le temps bourré dehors." Il raconte cet accident de scooter où il part "toutes [s]es dents". Les conseils des "mamans du quartier" qui lui disent de s'assagir. "Elles m'ont dit que la religion c'était bien pour apaiser le cœur, pour être bien avec soi-même. Je me suis converti." Au début il va prier à la mosquée de Sainte-Geneviève-des-Bois, puis plus tard, préfère le faire chez lui.

"J'ai honte"

La  15 janvier 2015, une semaine après les attentats, Christophe Raumel est arrêté. "En garde à vue, je pensais que j'allais sortir. J'avais pas conscience des faits qui m'étaient reprochés.  j'avais peur. Quand ils sont venus chez moi, ils m'ont dit : 'Terroriste !' Moi, j'ai dit : 'Vous vous êtes trompés'".

Cinq ans après, c'est le temps d'exprimer publiquement des regrets. Raumel assure qu'il n'aurait jamais pensé que "ça aurait pu" lui "retomber dessus". Sans quoi, il se serait "mis à l'écart". "Je m'en veux d'avoir été là à tout ça. J'ai honte parce que mon nom, il sort partout. Ma mère n'a rien demandé mais j'assume. J'ai honte et je regrette. J'ai une pensée pour les victimes, leur famille", insiste-t-il. 

Son avenir maintenant, il ne le voit pas en maison d'arrêt mais en tant que "chauffeur livreur." "Aujourd'hui, j'aimerais travailler, avoir un appartement, faire une chambre à ma fille, avec ses vêtements".

"Il m'a menacée, il m'a frappée"

Suite à l'interrogatoire de WIlly Prevost, plusieurs témoins sont venus à la barre. Parmi eux, l'ex-petite amie de Christophe Raumel avec qui il a eu une petite fille. Celle-ci a mise a mal l'opération repentir de son ancien compagnon et, pire encore, l'a accusé devant la cour de l'avoir frappée à plusieurs reprises quand ils étaient ensemble et de l'avoir même menacée, avant le début du procès. "Pendant toute notre relation, il faisait que de me frapper pour rien (...) A deux jours du procès, il est venu chez moi pour m'intimider. J'ai l'enregistrement dans mon téléphone. Il continuera après je le sais. C'est un manipulateur, un menteur", lance la jeune femme de 28 ans. 

Elle commente alors sa relation extra-conjugale avec Willy Prevost : "Il fallait que je m'extraie de là, sinon ça allait mal finir. Je faisais rien de mal pour subir tout ça. C'est moi qui allais travailler, qui ramenais l'argent à la maison. Il me frappait devant ma fille". Dans la salle, la jeune femme lui lance, en pleurs : " T'as même pas honte de ce que tu es. Tu es venu chez moi pour m'intimider, tu m'as étranglée. Espèce de salaud, fils de pute va !" L'audience est suspendue. 

 

A la reprise, l'avocate de Christophe Raumel rappelle à la jeune femme qu'en garde à vue, elle a dit que Raumel était "devenu plus gentil avec elle, plus proche" après s'être converti en 2009. Elle lui rappelle aussi qu'elle n'a pas déposé plainte et met en doute ses accusations : "Vous avez conscience que vous êtes sous serment?" Pas de quoi faire changer de version à son interlocutrice : "Quand j'étais en garde à vue, j'essayais de [le] préserver. Ça suffit de vouloir le préserver alors que derrière il me fait la misère. Pour moi, Raumel est un manipulateur inné, il est pourri jusqu'à la moelle. Il essaie de susciter la compassion, c'est pas quelqu'un qui changera".

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Suite aux déclarations de l'ex-compagne de Christophe Raumel à la barre mardi après-midi, les avocats généraux du parquet national antiterroriste ont fait un signalement au parquet d'Evry. "Une enquête a été ouverte. Cette jeune femme sera convoquée prochainement", précise le parquet d'Evry à LCI. 

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