Procès des attentats de janvier 2015 : "Je paye mon amitié avec Amédy Coulibaly"

Quatorze personnes doivent être jugées aux assises de Paris du 2 septembre au 10 novembre pour le procès des attentats de janvier 2015 à Charlie Hebdo, Montrouge et l'Hyper Cacher.
Justice

JUSTICE – Le procès des attentats de janvier 2015 se poursuit ce vendredi avec les interrogatoires d'identité des accusés. Parmi eux, Ali Riza Polat, poursuivi pour "complicité" de crimes terroristes, qui encoure la réclusion criminelle à perpétuité.

Il est celui - avec Mohamed Belhoucine, visé par un mandat d'arrêt international et donc absent à l'audience - sur qui pèsent les plus lourdes accusations. Poursuivi pour "complicité" de crimes terroristes commis par les frères Kouachi et Amedy Coulibaly et encourant la réclusion criminelle à perpétuité, Ali Riza Polat qui conteste les faits qui lui sont reprochés et qui a été placé en détention provisoire en mars 2015 compte se défendre. 

Dès le début de son interrogatoire d'identité ce vendredi matin devant la cour d'assises spéciale de Paris, l'accusé, crâne rasé, costaud, vêtu d'une chemise blanche et d'un pantalon beige et qui a choisi de garder son masque pour parler, l'a fait savoir. "Je tenais à dire que je suis innocent des faits qu'on me reproche. Je suis là à cause de certaines personnes, des balances mythomanes.  Ils balancent, comme ils voient que je parle pas, mais ils mentent. C'est des mythomanes." 

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"Je paye mon amitié avec Amédy (Coulibaly). Je me désolidarise de ce qu'il a fait, il a fait n'importe quoi", assure le Franco-Turc de 35 ans. Les enquêteurs le soupçonnent d'avoir servi de "bras droit" à Amédy Coulibaly et d'avoir joué un rôle central dans les préparatifs des attaques de l'Hyper Cacher et de Montrouge, mais aussi celle de Charlie Hebdo, commise par les frères Saïd et Chérif Kouachi. À ce sujet, il déclare : "On m'a dit : 't'as fourni les armes aux frères Kouachi'. Mais je les connais pas les mecs !"

L'argent à tout prix

"Authentique", tel que décrit par l'enquêtrice de personnalité avec laquelle il a volontiers échangé, Ali Riza Polat est revenu ensuite sur son parcours de vie pendant un moment ce vendredi. Né en Turquie, il est arrivé en France à l'âge de 3 ans et a grandi dans la cité de la Grande Borne à Grigny dans l'Essonne. Il concède de que l'école n'était pas "son fort" et reconnaît être tombé très tôt dans la délinquance par "attrait pour l'argent"

"Je magouille de plus en plus (...) Ma vie, c'est que ça, faire du business, j'ai fait des petits boulots mais pas plus." Son revenu provient essentiellement du trafic de stupéfiants, "de l'argent facile". Le trafic de drogue, il dit lavoir arrêté "exactement" en 2012. "Quand on m'a balancé, les indics, ça m'a énervé. J'étais écœuré."

Pour un million d'euros, je suis prêt à tout, je veux profiter- Ali Riza Polat

"C'est presque un leitmotiv chez vous l'argent, cet attrait", relève le président. "Je suis pas accro, j'en veux c'est tout", lui rétorque l'accusé. "Vous ne vous dites pas je vais faire des études et devenir trader, vous, c'est la magouille pour avoir de l'argent. Même quand vous faites des projets de sortie, vous voulez faire de l'argent", embraye le magistrat. "Oui c'est ça, moi je veux de l'argent", acquiesce Ali Riza Pola. "Pour un million d'euros, je suis prêt à tout, je veux profiter."

Interrogé sur son rapport aux femmes, l'accusé dit avoir eu une petite amie libanaise avec qui il devait se marier, sans finalement pouvoir le faire, en raison de sa détention en 2012. I ne nie pas par ailleurs avoir souvent fréquenté des femmes, avec des relations tarifées.

Converti à l'islam en 2014

Au sujet de la religion cette fois, l'accusé, musulman depuis 2014, précise faire "ses cinq prières par jour". Mais, ajoute-t-il, "je ne mélange pas la vie et la religion ; je suis croyant, je fais mes 5 prières par jour mais à côté je fais mes conneries". Il explique prier pour demander pardon, pour ses actes de délinquances notamment. "C'est comme les chrétiens, ils font des péchés et après ils demandent pardon."

Me Patrick Kugman, avocat de la partie civile, s'étonne de cette conversion tardive : "Si vous êtes né musulman, de parents musulmans, pourquoi vous êtes vous converti en 2014 ? Vous étiez déjà musulman..." Ce à quoi l'accusé répond : "Avant je pratiquais pas, je mangeais du porc tout le temps. Tu peux pas revendiquer être musulman et manger du porc." Une justification qui lui vaut d'être repris sur le tutoiement, le président lui rappelant qu'il doit s'adresser à la cour. 

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Me Mehana Mouhou, lui aussi avocat de la partie civile demande à son tour au Franco-Turc : "Selon vous, la religion musulmane est-elle conciliable avec la délinquance ?" Un point qui va passablement énerver l'accusé. "C'est pas parce que je fais la prière... J'ai jamais fait des crimes de sang, j'ai jamais été violent. La religion chrétienne est-elle conciliable avec la délinquance ? La religion juive est-elle conciliable avec la délinquance ? Je comprends pas votre question. J'ai fait des conneries, des péchés, comme tout le monde. Une personne qui va aux putes le dimanche, un chrétien, c'est un moine ?"

Toujours sur la religion, un autre avocat de la partie civile l'interroge : "Est-ce que pour vous dans l’islam la haine du juif et de l’Occident est inscrite dans ce combat religieux qui semble être le vôtre ?" Ali Riza Polat s'agace : "Non, je ne suis pas dans un combat religieux comme vous le dites. Les personnes qui ont tué au nom de l'Islam comme vous avez dit ont été tuées le 9 janvier 2015." Une référence aux trois terroristes , dont il affirme "désavouer" les actions. "Il faut pas tuer des innocents", souligne-t-il.

"Encore plus de banditisme"

S'il conteste les faits qui lui sont reprochés dans ce dossier, Ali Riza Polat n'envisage apparemment pas de rentrer dans le droit chemin par la suite, toujours guidé par cette appétence pour l'argent. "Je vais faire pire quand je sors. Je vais faire encore plus de banditisme."

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Loin d'être sorti, le principal accusé présent à l'audience devrait de nouveau s'exprimer longuement d'ici à la fin du procès. Jeudi, l'avocat général a en effet indiqué qu'Ali Riza Polat avait fait des "révélations" plus tôt cet été. 

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