Procès des attentats de janvier 2015 : "La juge m'a dit : 'Ça tombe bien, j’ai pas encore de barbu dans mon dossier'"

Procès des attentats de janvier 2015 :  "La juge m'a dit : 'Ça tombe bien, j’ai pas encore de barbu dans mon dossier'"

JUSTICE - La cour a procédé ce jeudi à l'interrogatoire de Miguel Martinez, qui encourt 20 ans de réclusion criminelle. Il lui est reproché d'avoir, avec d'autres accusés, recherché et fourni des armes aux terroristes.

"Monsieur le premier assesseur, ça fait longtemps que j'aimerais pouvoir m'exprimer. Ce sera court", prévient Miguel Martinez, 38 ans, au début de l'audience consacrée à son interrogatoire, ce jeudi, au procès des attentats de janvier 2015. Ce dernier se voit reprocher, comme les accusés Metin Karasular, Michel Catino et Abdelaziz Abbad, la recherche et la fourniture d'armes pour les frères Kouachi et Amedy Coulibaly. 

Au cours de ses auditions, il a reconnu connaître ses co-accusés. Il avait indiqué aux enquêteurs être dans cette procédure uniquement parce qu'il avait joué l'intermédiaire entre Abdelaziz Abbad et Metin Karasular qui ont fait du business lié aux stups. Il a aussi indiqué aux enquêteurs avoir vu "une fois" Saïd Kouachi dans son garage de Charleville-Mézières alors que ce dernier accompagnait Tarek B. - le beau-frère de Saïd Kouachi - qui achetait des pneus. "Ce qui me marque, c'est la tête du mec, il a pas une tête banale, un rebeu avec le teint mat, des yeux clair et une grosse bouche, c'est pas commun", détaille-t-il ce jeudi pour expliquer pourquoi il a mémorisé ce visage.

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"Enervé" de transporter "les armes"

Mais ce jeudi, Miguel Martinez, crâne rasé et barbe de trois jours sous le masque, du haut de ses deux mètres, livre une version inédite des faits. Il indique pour la première fois qu'il a bien transporté le sac d'armes, déjà passé entre les mains d'Ali Riza Polat et le coffre de Michel Catino envoyé par Metin Karasular. Abdelaziz Abbad aurait, lui, récupéré ce sac contenant huit ou neuf armes au cours d'une transaction portant sur de la drogue. Selon l'accusation, ces armes avaient été auparavant achetées par Ali Riza Polat et Amedy Coulibaly. Mais, les jugeant "pourries", les avaient refusées.

"J’étais au courant de ce qu’il y avait dans le sac, je vais pas faire celui qui savait pas. J’étais un peu énervé que ce soit moi qui soit obligé de ramener les armes, c’était pas mon affaire, pas mon oseille. Mais je l’ai fait", explique-t-il, disant avoir fait cela pour "rendre service à Abdelaziz Abbad". L'accusé reconnaît aussi cette fois avoir vu deux armes chez l'accusé Michel Catino, après s'y être rendu avec Abbad pour des stups. "C’était un vieux fusil de chasse ou fusil à pompes, je sais pas trop, et un fusil avec un canon scié. (…) On est reparti à vide." 

"Je suis un barbu, faut dire ce qui est"

"Vous avez aujourd'hui des évolutions assez sensibles sur un certain nombre de points. Ce sont des sables mouvants les positionnements des uns et des autres", relève l'assesseur après ces déclarations. "Je vais vous expliquer, je suis là pour en finir moi (sic) (…) J’ai rendu un service à Abdelaziz Abbad qui lui avait dit, certes j’ai caché jusqu’à aujourd’hui mais vous pouvez comprendre, et puis je sais que c’est minime, par rapport à l’attentat. Et puis, je me retrouve en garde à vue. Je suis un barbu, faut dire ce qui est, je vois comment c’est en train de tourner, j’ai été pris de panique. Quand je suis arrivé dans le bureau de Madame Poux (juge d'instruction) elle m’a dit : 'Ça tombe, bien j’ai pas encore de barbu dans mon dossier'". 

L'accusé est ainsi convaincu que sa supposée "radicalisation" a poussé à sa mise en examen dans cette affaire. "Je comprends qu'un mec comme moi puisse attirer l'œil, je fais 2 mètres, j'ai la gueule que j'ai... parce qu'on appelle ça une gueule. J'ai une grande barbe. Et donc, je suis pas stupide, je sais que je peux interpeller les services de renseignements, tous les voyants s'allument, je coche toutes les cases, j'ai la gueule du client."

Miguel Martinez indique qu'il s'est converti à l'âge de 9 ans, à la mort de son père. Il a trouvé un "apaisement" dans la religion. "La barbe et le khamis ne font pas de moi quelqu'un de radical", estime-t-il. Même son beau-père en aurait douté à l'époque. "Je lui ai dit : 'je t'ai pas caché que j'ai été à la Mecque'. Je fais 135 kilos à l'époque, tu crois que je vais aller faire des galipettes avec Al-Qaïda ?"

"Voilà où on en est aujourd'hui à cause d'un film"

Face aux enquêteurs, le père de sa compagne a largement accablé son gendre indiquant l'avoir vu regarder une vidéo de décapitation avec des copains et être après écroulés de rire. Une scène que le témoin décrit lui-même : "Quatre hommes à bord d'une Renault Clio trainent une pelle. Puis arrivent devant une porte où ils sonnent une femme blonde ouvre et ils lui jettent la pelle en pleine figure." Une déclaration qui, là-encore, étonne. "Dans votre déposition vous parlez de décapitation, là vous parlez d'une pelle jetée au visage, c'est pas la même chose", remarque Me Szwarc, avocate de la partie civile. "De la manière dont ils envoient la pelle elle n'a pas pu sortir indemne", répond le témoin.

"La description de la vidéo que vous nous faites correspond à un film, je me demande si ce n'est pas un extrait du film Bernie d'Albert Dupontel", enchaine l'avocate de Miguel Martinez, Me Pugliese. "Si, c'est une vidéo de Dupontel, ça n'est effectivement pas une vidéo djihadiste", admet le premier assesseur. "À chaque fois que M. Martinez a fait une demande de mise en liberté, on lui a opposé cette vidéo de soi-disant décapitation. (...) Je ne sais pas quel était le but poursuivi, mais ça a fonctionné", déplore Me Pugliese. Un peu plus tard, la compagne de Miguel Martinez, mère de leur fille dira en larmes : "Voilà où on en est aujourd'hui, à cause d'un film comme ça. C'est triste." 

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