Procès des attentats de janvier 2015 : "Le témoignage par le dessin est fondamental"

François Boucq
Justice

COUP DE CRAYON - François Boucq, dessinateur de bande-dessinée, couvre le procès des attentats de janvier 2015 pour Charlie Hebdo. Ses dessins sont publiés sur le site du journal satirique et un livre sortira très prochainement.

Il entre chaque jour dans la salle d'audience 2.02 avec son inséparable sac. A l'intérieur, crayons à papier, aquarelles, encres et carnets de croquis. Puis il s'installe sur sa chaise devant le président de la cour d'assises. Depuis le mercredi 2 septembre, François Boucq, dessinateur de bande-dessinée couvre les pages blanches de son carnet de noir et blanc ou de couleurs à l'aide de pinceaux et de crayons. Patiemment, il immortalise les acteurs du procès des attentats de janvier 2015. 

Un dessin est publié quotidiennement avec le compte-rendu d'audience sur le site de Charlie Hebdo. Puis, après le procès, un recueil, avec des textes signés Yannick Haenel, relatant ces deux mois d'audience sera publié. 

Comment vous-êtes vous retrouvé à couvrir ce procès historique?  

L'équipe de Charlie Hebdo m'a contacté dès qu'elle a eu les dates du procès pour me faire cette proposition. J'ai tout de suite accepté. D'abord, pour des raisons de confraternité, parce que Charlie est un journal de dessinateurs et que ce métier est essentiel pour moi. Ensuite, parce que j'avais beaucoup d'affinités avec Cabu. Je le connaissais depuis très longtemps. Je l'ai rencontré quand j'avais 19 ans, je venais de faire mes premières caricatures dans des journaux parisiens. Il les avait repérées. Un jour, il est venu à Lille où je vivais et nous nous sommes vus. Nous sommes restés ensuite en relation. 

Le 7 janvier, comment avez-vous appris ce qu'il se passait? 

Je l'ai presque appris en temps réel. J'ai des amis qui travaillent à l'AFP et qui m'ont tout de suite appelé pour me dire : "Tu sais il y a l'air d'avoir une grosse attaque à Charlie". Je savais qu'on était le mercredi et qu'il y avait la conférence de rédaction. Il risquait donc d'y avoir des victimes, beaucoup de victimes. Mon ami de l'AFP m'a annoncé le nom des morts, je n'en revenais pas. Je connaissais bien Cabu, mais j'avais aussi rencontré Wolinski, Tignous, et Charb.

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Aviez-vous déjà couvert un procès avant celui des attentats de janvier 2015?

J'ai fait un procès, celui du Carlton. Là c'était une autre ambiance, plus… Je ne peux pas dire guillerette car il y avait des accusés qui étaient jugés et qui risquaient quelque chose mais malgré tout,  il y avait quelque chose d'un peu débonnaire dans ce procès. Ce  n'est vraiment pas le cas ici, au procès des attentats. Là, il faut avoir beaucoup de retenues, de respect, pour ceux qui viennent à la barre car à l'origine de ça, il y a une tragédie que tout le monde connaît. 

Quel est l'importance du dessin dans les procès et dans celui-ci en particulier?

 Le témoignage par le dessin est fondamental. Ceux qui ne viennent pas à l'audience ne pourront pas voir les accusés dans le box, les expressions des témoins à la barre. Le dessin c'est quelque chose de synthétique, ce n'est pas comme la vidéo ou la photographie. La photographie, elle va prendre un instantané. La vidéo va prendre un mouvement complet, des expressions entières. Coco par exemple était très gestuelle, elle a beaucoup bougé, c'était très intéressant de fixer certaines attitudes, comme quand elle a mimé ce moment où elle s'est baissée, ses mains sur la tête, implorant le pardon après avoir conduit les terroristes au mauvais étage. Pour la dessiner, j'ai mémorisé l'instant et fait un dessin très vite, un schéma, un peu comme une cellule avec une flagelle représentant la tête et la colonne vertébrale.

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Le port du masque lié à la situation sanitaire ne doit pas faciliter votre travail. Comment faites-vous?

Le port du masque est bien sûr un écueil pour nous. Mais si on joue tout le reste, la silhouette, le regard, l'attitude physique… Tout ça témoigne finalement de la personne. Bien sûr cela demande plus d'acuité. 

Les images insoutenables de la tuerie ont été projetées sur grand écran, les avez-vous regardées, dessinées? 

Pour moi, il était important de les montrer, que certains les voient, qu'elles soient dans les archives, le procès étant filmé. Plusieurs personnes, je les comprends,  ont quitté la salle. Moi, je les ai regardées et je e les ai dessinées, pour moi. J'ai noté le nombre de balles qui avaient atteint les victimes. Je veux garder cela en tête, pour notamment mon ami Cabu.  Ce moment a été particulièrement difficile mais le dessin permet de prendre du recul. 

Qu'attendez-vous de ce procès?

J'espère que ce procès sera suivi d'effets. Que des gens se disent: "Oui c'est vrai il y a toujours une menace, et cette menace il faut la combattre tous."  

Les dessins de François Boucq sont à découvrir chaque jour sur le site de Charlie Hebdo.

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