Procès des attentats de janvier 2015 : "Mes enfants ne comprennent pas pourquoi un méchant voulait tuer papa"

Les rescapés de l'attaque de l'Hyper Cacher ont revécu le huis clos sanglant du magasin de la porte de Vincennes. Les proches des victimes, eux, ont raconté les heures d'attente sans nouvelles avant la terrible annonce, le manque et le deuil impossible.
Justice

PROCÈS – La cour d'assises spéciale examine depuis lundi 21 septembre les faits commis à l'Hyper Cacher le 9 janvier 2015. Ce mardi matin, elle a procédé à l'audition de parties civiles, proches des innocents assassinés dans le magasin.

Ils ont eu en commun de mettre des "si" dans chacun de leurs témoignages. Ce mardi matin les proches de Yohan Cohen et la veuve de Philippe Braham, 20 ans et 45 ans, sont venus expliquer devant  la cour d'assises spéciales comment leur vie avait basculé le 9 janvier 2015, quand l'un des leurs a été assassiné par Amedy Coulibaly alors qu'ils se trouvaient à l'Hyper Cacher. 

Car ce 9 janvier, Yohan Cohen ne devait en effet pas aller travailler. "C'était son dernier" jour, dit son père Eric Cohen à la barre. Avec les attentats des 7 et du 8 janvier, sa famille a tenté de le dissuader d'y aller,  mais le jeune homme, très appliqué, a pris la route de l'épicerie. 

Philippe Braham, lui, avait déjà fait les courses la veille. "Le jeudi je lui avais fait une liste de course et il m'amène pas toute la liste, et même des choses que je n'avais pas demandées. C'était Shabbat. Il m'a dit : 'C'est pas grave chérie, demain j'y retourne. J'ai dit non c'est pas la peine. Mais pour pas le contrarier (elle pleure encore) peut-être que si j'avais rien dit (elle ne peut plus parler)."

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"Pourquoi cette méchanceté gratuite, cette haine du Juif? "

Ce 9 janvier, Eric Cohen était au travail quand il a appris qu'il y avait une prise d'otages. Il s'est rendu à l'Hyper Cacher immédiatement. "Sur place, c'est une situation interminable (…) Des portables sonnent, des otages réfugiés dans la chambre froide réussissent à communiquer avec l’extérieur. Il y a des fuites au niveau des médias. A 16 heures, quelqu’un dit 'il n'y a aucun mort et aucun blessé', donc je me dis je vais revoir mon fils. Une demi-heure après on nous annonce quatre morts, donc c’est double peine. On apprend l’assaut à 17 heures et là, plus aucune parole jusqu’à 20 heures", décrit-il. Peu après, il apprend que son fils fait partie des victimes."Ma réaction a été très violente, je frappais partout", confie-t-il à la barre. 

Eric Cohen doit annoncer la triste nouvelle à sa fille, restée "à la maison". A elle, comme à sa femme, il n'a jamais dit comment Yohan était mort et leur a toujours soutenu qu'il n'avait pas souffert. La sœur de Yohan Cohen, qui a aujourd'hui 22 ans, l'a appris récemment dans les médias. "Imaginez les dégâts, ma fille m’appelle en pleurant, vous vous rendez compte du choc ? J’en veux à personne, mais c’est pour vous dire, tous ces médias... " 

Depuis la mort de Yohan, le quotidien de sa maman est "inexistant". Eric Cohen, lui, n'a pu reprendre le travail. "C’est pas possible d’enlever la vie à un enfant de 20 ans. Nous on a toujours été des gens droits et cette facilité avec laquelle il a enlevé la vie de mon fils, je ne pardonnerai jamais. Pourquoi cette méchanceté gratuite, cette haine du Juif, je n'arrive toujours pas à l’expliquer."  Quant aux accusés, il ne semble guère avoir de doute sur leur complicité: "Je préfère pas les regarder, je sais pas comment ils peuvent aider quelqu’un à enlever la vie des gens", lance Eric Cohen. 

"Je ne pardonnerai jamais"

Valérie Braham, veuve de Philippe Braham a le même sentiment. Son mari a été assassiné par Amedy Coulibaly après avoir décliné son identité, à la demande du terroriste surarmé, ce 9 janvier, à l'Hyper Cacher. Très éprouvée, elle attend aujourd'hui que justice soit faite. "Même si c’est pas eux qui ont abattu mon mari (elle montre les accusés dans le box), ils ont quelque part du sang sur eux aussi, ils ont participé de près ou de loin." Elle ajoute : "C'est méchant ce que je vais dire, mais j’aimerais qu’ils soient privés de leurs enfants pendant longtemps pour qu’ils voient ce que moi je vis aujourd'hui". 

Valérie Braham est "devenue veuve à l'âge de 39 ans". Sa fille avait 8 ans, ses deux autres enfants 2 ans et quelques mois. "Mon mari, c'était mon pilier dans ma vie. Je suis morte avec lui. Aujourd'hui, si je suis là, c'est pour mes enfants. La petite dernière ne se souvient même plus de lui. Je leur raconte des histoires avec lui tous les jours. Je ne veux pas qu'ils l'oublient". 

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Plus tard, elle ne sait pas ce qu'elle va leur raconter pour leur expliquer ce qu'il s'est passé ce jour-là. "Il savent que leur papa est parti, que c'est un méchant monsieur qui l'a tué, mais ils ne comprennent pas pourquoi un méchant voulait tuer papa. Je leur dis qu'on ne peut pas comprendre. Les conflits entre les pays, je n'y suis pour rien, mon mari il n'y était pour rien. Je suis en colère et je ne pardonnerai jamais", assure-t-elle, émue aux larmes.

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