Procès des attentats de janvier 2015 : "On était dans une course contre la montre avec deux fugitifs déterminés"

Procès des attentats de janvier 2015 : "On était dans une course contre la montre avec deux fugitifs déterminés"
Justice

JUSTICE - Au dixième jour du procès des attentats de janvier 2015 ce mardi, un enquêteur de la sous-direction anti-terroriste a détaillé devant la cour et avec minutie comment les forces de l'ordre ont, entre le 7 et le 9 janvier 2015, traqué les frères Kouachi. Une enquête qualifiée à plusieurs reprises d'"hors norme" par le commissaire.

Deux  jours de cavale, des forces de l'ordre sur le qui-vive, un pays à la fois terrorisé et traumatisé. Pendant de longues heures ce mardi, un enquêteur, ancien responsable de la sous-direction anti-terroriste (SDAT), est venu détailler devant la cour comment les forces de l'ordre ont traqué les frères Kouachi après la tuerie dans l'immeuble de Charlie Hebdo et l'assassinat du policier Ahmed Merabet sur le boulevard Richard Lenoir, le 7 janvier 2015.

Costume sombre, chemise blanche, cravate bordeaux et cheveux ras, ce commissaire a rappelé que les terroristes avaient été rapidement identifiés, notamment après la découverte de la carte d'identité de Saïd Kouachi dans leur Citroën C3 noir abandonnée rue de Meaux, dans le 19e arrondissement, après un accident le jour de l'attentat. Puis les deux hommes avaient pris la fuite à bord d'une Clio volée à un automobiliste au même endroit, et avaient quitté Paris. " Le 7 janvier, on arrive à voir la progression des frères Kouachi grâce à la vidéosurveillance de la ville de Paris. Une fois qu'ils ont quitté Paris, on n'a plus de moyen de savoir où ils sont partis", fait remarquer le policier à la barre.

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Trois services de police mobilisés

"Après la tuerie qui a frappé l'hebdomadaire Charlie Hebdo à Paris, la section C1 du parquet de Paris s'est saisie des faits, à 11h50 pour être précis, et a confié l'enquête à trois services : la Brigade criminelle de la préfecture de police de Paris, la Sous-direction antiterroriste (SDAT) de la DCPJ (Direction centrale de la police judiciaire) et la DGSI (Direction générale du renseignement intérieur)", explique l'enquêteur. Le plan attentat est déclenché, des barrages policiers et de gendarmerie sont mis en place, des survols en hélicoptère sont opérés, huit personnes proches des Kouachi sont placées en garde à vue. 

"On était dans une course contre la montre avec deux fugitifs déterminés", souligne le commissaire, précisant ensuite que "cette enquête a fait l’objet d’une médiatisation très importante et d'une omniprésence des réseaux sociaux qui a influé sur la conduite des investigations". 

Des milliers d'appels

Une ligne verte est activée, puis dans la nuit du 7 au 8 janvier, un appel à témoins est lancé. "En 14 jours d'enquête de flagrance, 19.909 feuillets d'enquête ont été  produits, plus de 4.000 procès-verbaux rédigés, 2.182 scellés constitués et 400 témoignages recueillis, égrène le commissaire. Sur la ligne verte dédiée, 1.700 appels ont été reçus rien que le 7 janvier, plus de 5.000 au total, et 23.000 signalements ont été faits sur la plateforme Pharos, notamment pour que soit retirée des réseaux la vidéo de l'assassinat d'Ahmed Merabet"

"Des personnes croient voir les suspects sur tout le territoire : à Val-de-Reuil, dans un train Bordeaux-Strasbourg, dans une commune des Pyrénées-Orientales, dans un appartement squatté à Paris, à Reims", ajoute-t-il, rappelant que toutes les informations doivent être vérifiées. 

Neutralisés le 9 janvier

"Il faudra attendre la journée du 8 janvier pour localiser les frères Kouachi, lorsqu'il y aura le vol à main armée dans la station Avia dans l'Aisne", pousruit le commissaire. Les deux frères armés et sans doute affamés s'emparent de "victuailles et bouteilles d'eau", puis repartent sans faire de blessé. Ils bivouaquent dans les alentours. "Des éléments laissent à penser qu'ils voulaient en découdre, qu'ils attendaient les forces de l'ordre dans les bois avec "la volonté de faire le plus de morts possibles", explique le commissaire, qui rappelle que les Kouachi "avaient de quoi tenir avec entre autres des couvertures de survie et des trousses de secours".

Leur voiture reste finalement embourbée dans la forêt et les deux terroristes, le 9 janvier au matin, braquent à nouveau une femme sur une route de l'Oise puis reprennent la route avec son véhicule. Les Kouachi trouveront finalement refuge dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) avant d'être neutralisés à 17 heures à cet endroit par les militaires du GIGN. 

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Le procès hors normes des attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015

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Plusieurs avocats, de la partie civile ou de la défense, ont demandé au policier s'il n'aurait pas été possible "d'interpeller les deux hommes vivants." "La seule chose qu’on savait c’est qu’ils étaient prêts à mourir en martyrs. L’autopsie a montré qu’ils s’étaient rasé le pubis et les aisselles (la fitra ndlr). Quand ils sont sortis, les armes à la main, ils savaient quelle était l’issue. Mais je n'étais pas sur les lieux, il est difficile d'avoir un avis quand on n'est pas témoin de la scène", répond simplement l'ancien responsable de la SDAT. 

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