Procès des attentats de janvier 2015 : "Si vous me croyez pas, tant pis pour ma gueule"

Procès des attentats de janvier 2015 : "Si vous me croyez pas, tant pis pour ma gueule"
Justice

JUSTICE – Les interrogatoires des accusés se poursuivent cette semaine. Ce lundi devant la cour d'assises spéciale, Nezar Pastor Alwatik, dont l'ADN a été retrouvé sur un gant et sur des armes d'Amedy Coulibaly a assuré qu'il ignorait tout des projets du terroriste.

Il fait partie des accusés pour qui la qualification de terroriste a été retenue. "La qualification, je la reconnais pas, je suis pas un terroriste. J'ai jamais été dans cette idéologie-là. J'ai jamais vendu d'arme. J'ai jamais acheté d'arme. C'est vrai que je les ai touchées. Voilà pour me justifier de ces accusations", explique Nezar Pastor Alwatik, ce lundi devant la cour d'assises spéciale. Mince, cheveux courts bruns, t-shirt manches longues et jean noir, l'accusé âgé de 35 ans tient visiblement à s'expliquer. Et il y a de quoi. L'accusation le tient en effet pour un des complice les plus actifs auprès d'Amedy Coulibaly.

Amedy Coulibaly, il l'a rencontré, comme d'autres, à la buanderie à la maison d'arrêt de Villepinte.  "On a des discussions banales, sur tout et sur rien. Dolly (surnom de Coulibaly) est quelqu'un que j'appréciais beaucoup. On rigole. Il n'y avait pas de signes qui pouvait laisser penser que c'était quelqu'un de mauvais. Je suis désolé de ce que je vais dire encore une fois mais je vois en Coulibaly quelqu'un de gentil, de correct. Avec un certain charisme mais posé. J'aurais jamais pu penser que Coulibaly ait pu commettre un centième de ce qu'il a fait". 

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"Coulibaly ne m'a jamais parlé de Jihad"

Musulman pratiquant, Nezar se rapproche un peu plus de la religion en détention "pour aller mieux"  mais "ne parle pas vraiment de ce sujet"  avec le futur preneur d'otages. Tous deux sont inscrits au culte religieux. "On faisait des challenges. Il me demande si je connais telle ou telle sourate. Mais il ne m'a jamais parlé de djihad, de haine antijuif". 

En 2013, Pastor Alwatik sort de prison. Puis quelques mois plus tard, en 2014, Amedy Coulibaly. Ce dernier reprend alors contact avec lui. Les deux hommes se voient, mangent ensemble, rigolent, liste l'accusé. Coulibaly lui demande s'il est encore avec "son péché majeur", sa compagne). Entre temps, Pastor Alwatik a été quitté et demande à Amedy Coulibaly de l'aider à rencontrer une autre femme :"Je voulais devenir père".

Le terroriste lui présente Chaineze H., "une salafiste voilée". "Ma mère l'a vue et elle m'a dit : 'Il est hors de question que tu te maries avec une Ninja'". En dépit de l'opposition maternelle, Nezar Pastor Alwatik épouse la jeune femme, Amedy Coulibaly est son témoin au mariage religieux, les frères Belhoucine sont aussi à la cérémonie. Le mariage bat rapidement de l'aile. Le couple "ne s'entend pas". Alwatik veut sa télé, sa "Play", sortir. Le 3 novembre 2014, trois mois après la cérémonie, c'est la répudiation. 

Plus de 500 contacts avec Coulibaly

Amedy Coulibaly et Nezar Pastor Alwatik restent malgré tout très proches. L'analyse de leurs téléphones révèle ainsi plus de 500 contacts entre les deux hommes entre l'été 2014 et janvier 2015. Dans le prétoire, Alwatik est dans une situation où il doit expliquer comment son ADN a pu se retrouver sur un gant de Coulibaly dans l'Hyper Cacher, et sur deux armes retrouvées dans l'appartement de Gentilly, d'où Coulibaly a préparé ses méfaits. Pourtant, l'accusé a indiqué en garde à vue avoir vu le terroriste pour la dernière fois plusieurs semaines avant les attaques, épisode lors duquel il aurait touché ses armes.

Ce lundi, changement de version. Oui, il a vu Amedy Coulibaly, les 3, 4, 5 et 6 janvier, quelques jours avant l'attentat. "Si vous reprenez mes déclarations de garde à vue, on sera tous d'accord pour dire que j'ai dit de la merde: j'ai raconté beaucoup d'inepties et celui qui en paiera les conséquences, c'est moi", reconnait-il.

"Le 3 janvier 2015, je me souvenais pas de la rencontre avec Coulibaly. Mes avocats ont amené les fadettes. Il est venu chez moi. Il avait mal au ventre, il voulait faire sa prière mais je sais pas si c'est le 3". Le 4 janvier, Amedy Coulibaly lui aurait ramené une Clio blanche, "pour aller chez le sophrologue", dit l'accusé. Le 5 janvier, Pastor Alwatik indique avoir passé la journée avec Alui, notamment pour récupérer des affaires chez sa sœur. C'est ce 5 janvier que Nezar Pastor Alwatik affirme désormais avoir touché les armes "quelques secondes". "Le sac était entrouvert, j'ai vu des armes, je les ai touchées mais j'ai rien dit à Amedy. Je voulais pas qu'il croie que je fouillais dans ses affaires"

Reste la question de l'ordinateur, ce Mac sur lequel Amedy Coulibaly a branché son disque dur, jamais retrouvé, et sur lequel les parties civiles sont certaines de trouver des éléments à charge. Nouveau changement de version. Alwatik ne l' apas vendu à la sauvette dans la rue en décembre 2014, comme il le soutenait en garde à vue, mais le 10 janvier, au lendemain de l'Hyper Cacher. "Je l'ai vendu pour me faire de l'argent, se justifie aujourd'hui l'accusé. Tout ce qui pouvait me relier à Amedy Coulibaly, j'en avais peur. J'avais peur mais je n'avais rien à me reprocher". 

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"Je suis relié à cette affaire, condamné ou pas"

Pourquoi, aussi, avoir effacé tous les message échangés avec Amedy Coulibaly ? "Ce qui a régi mon comportement, c'est la peur", répète l'accusé. Sans convaincre, ses déclarations "changeantes" ne convaincant ni les parties civiles, ni l'accusation. "Quelle est la bonne version ? Quand est-ce qu'on doit vous croire ?" lui demande l'avocate générale. Pastor Alwatik, qui reconnaît avoir "menti" durant l'enquête répond : "Si vous me croyez pas, tant pis pour ma gueule [...].  De toute façon, ma vie est foutue. Je suis relié à cette affaire, condamné ou pas". 

Le témoignage de son ex-épouse ne va pas l'aider. Pendant plus de trois heures, Chaineze H. livre un témoignage accablant contre Pastor Alwatik. Elle assure qu'il lui a fait savoir qu'il voulait faire la guerre sainte, après avoir protégé sa famille... Une brèche dans laquelle se précipite la défense : "Votre mari vous dit qu'il veut partir faire le djihad armé et vous ne le dénoncez pas aux autorités ? Vous n'appelez pas la police ?" s'étonne Me Arnaud, un des avocats de Pastor Alwatik, pour qui ce témoignage n'est qu'une vengeance. Une femme "jetée comme un déchet", selon les termes utilisés au cours d'une conversation par le témoin, alors sur écoute. 

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