Procès des attentats de janvier 2015: "Vous voulez absolument un coupable, ça ne va pas être moi", dit le principal accusé

Procès des attentats de janvier 2015: "Vous voulez absolument un coupable, ça ne va pas être moi", dit le principal accusé

JUSTICE – L'interrogatoire d'Ali Riza Polat a débuté ce lundi matin. Le Franco-Turc de 35 ans est poursuivi notamment pour complicité des crimes et délits commis par les frères Kouachi et Amedy Coulibaly. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Avant même de l'interroger, le président de la cour d'assises lui demande de garder son calme pendant ses deux journées au cours desquelles il va s'exprimer sur le fond du dossier. Depuis le 2 septembre, date de début du procès, Ali Riza Polat, Franco-Turc de 35 ans, n'a en effet pas caché son impulsivité et son franc-parler, repris plusieurs fois pour insultes et une fois pour des menaces à l'encontre d'une enquêtrice à qui il avait lancé : "Tu vas le payer". 

A l'entendre le trentenaire n'aime pas les mensonges, surtout quand ils le concernent. Ainsi, à plusieurs reprises il a crié à ceux qui témoignaient, aux accusés qui s'exprimaient ou à la cour qui faisait lecture de procès-verbaux : "C'est faux". "Moi je n'ai rien à faire dans le terrorisme. Je me suis jamais levé un matin pour tuer qui que ce soit. Vous voulez absolument un coupable mais ça ne va pas être moi", annonce alors l'accusé, crâne rasé, chemise blanche, en début d'audience. 

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SI l'accusé veut s'exprimer (et il ne cessera de parler pendant près de trois heures ce matin), c'est parce qu'il encourt aujourd'hui la plus lourde peine. En plus de la "participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle" que se voient reprocher plusieurs accusés, Ali Riza Polat est le seul présent à l'audience à être poursuivi pour "complicité" avec les trois terroristes. 

Amedy Coulibaly, il le connait depuis 2007. Ils ont fait des escroqueries ensemble dans les stupéfiants notamment ou dans les voitures, en revendant par exemple à Metin Karasular, accusé lui aussi, la Mini Cooper d'Hayat Boumeddiene, compagne d'Amedy Coulibaly. "Amedy, c'était mon ami. Je ne vais pas lui donner des Kalachnikovs pour qu'il se fasse tirer dessus. Je ne cautionne pas ce qu'il a fait", explique Ali Roza Polat à la cour. Quand le docteur Coutanceau, psychiatre l'a rencontré et interrogé il y a trois ans  sur les actes d'Amedy Coulibaly, il lui avait répondu : "C'est un trou du cul, je ne suis pas d'accord. Mais il ne disait rien, il le masquait, personne ne savait".

Sur Charlie Hebdo, il indique qu'il ne "connaît même pas" le journal. Pas plus que les deux frères qui ont commis l'attentat dans leurs locaux. "Les Kouachi je ne les ai jamais vus. Comment peut-on m'accuser de complicité avec des gens que je n'ai jamais vus, avec des armes que j'ai jamais vues ?". Il ajoute : "Je comprends pas. J'ai fait tout ça sans connaître les frères Kouachi, sans laisser une empreinte, une trace ADN."

Moi, dans l'Etat islamique, je ne fais même pas trente minutes- Ali Riza Polat

Les actes des terroristes, il les qualifie de "dinguerie". Il indique que sa main gauche "n'a jamais autant tremblé" que ce 9 janvier, quand il a vu la photo de son ami Coulibaly à la télé. "Quand je suis rentré, tous les mecs de la cité sont venus me dire au revoir, ils m'ont dit la France, c'est fini pour toi. Amedy Coulibaly, ce qu'il a fait, c'est au dessus de tout ce que je peux faire dans ma vie. Moi je ne peux pas. Le cerveau il disjoncte à un moment."

Les éléments versés au dossier suggèrent toutefois qu'Ali Riza Polat semble avoir été pris de panique dans les jours qui ont suivi les attentats. Il s'est débarrassé de ses téléphones, il a fait détruire les puces de ses contacts et a même tenté de prendre la fuite. Le 12 janvier 2015, l'accusé a ainsi pris l'avion pour le Liban, puis tenté sans succès de gagner la Syrie. Revenu en France une semaine plus tard, il est cette fois monté à bord d'un vol pour la Thaïlande via la Belgique, avant de revenir au bout de trois jours. Pourquoi cette agitation ? "A ce moment-là, mon cerveau éclate, je suis affolé !", jure l'accusé, qui nie avoir voulu rejoindre les rangs jihadistes. "Moi, dans l'Etat islamique, je ne fais même pas trente minutes. Ils vont me tuer, je ne veux pas vivre sous la Charia, moi !"

"La juge avait besoin d'un bouc émissaire"- Ali Riza Polat

Pour Ali Riza Polat, la juge d'instruction Nathalie Poux avait " besoin d'un bouc émissaire". "Les 7, 8 et 9 janvier j'étais chez moi !" affirme l'accusé. Avec des dires, qui sont faux je me retrouve là, je ne comprends pas." 

"La personne qui a fourni les armes c'est Claude Hermant. Si j'avais des armes, j'aurais fait un braquage. Je ne vois pas pourquoi j'irais prendre la vie des gens. Hermant il a du sang sur les mains, moi je n'ai pas de sang sur les mains. (...) Vous vous êtes fait un film, je ne fais pas du trafic d'armes", lance-t-il à la cour. 

Il n'a d'ailleurs aucun mal à reconnaître ses délits et va jusqu'à déclarer que, dès sa sortie, il reprendra les escroqueries. "Je suis né sans rien, je suis né pauvre. Mon père ne ramenait rien à la maison, je veux de l'argent. C'est le but dans ma vie. Je ne veux pas mourir pauvre. Mais je ne vais pas tuer des gens, j'ai des principes". 

L'accusé, converti à l'islam en 2014, explique : "Je fais des conneries mais je demande pardon à Dieu. Moi je n'ai jamais dit à une fille 'je ne veux pas te parler'. Je vais aux putes, il n'y a pas de problème. Je vais sortir après mes 5 ans de détention provisoire, je vais récupérer mes plans d'escroquerie. Pour moi, dehors c'est l'argent. "

"Le système judiciaire tourne en boucle et est fait de nouvelles affaires Dreyfus, sous réserve que la cour raisonne sagement", déclare à la presse l'avocate d'Ali Riza Polat, Me Isabelle Coutant-Peyre à la suspension d'audience. Pour elle, son client, dont ni l'ADN ni les empreintes n'ont été retrouvées sur les armes et autres biens des trois terroristes, est innocent dans le dossier. 

Mais pour l'accusation, au vu de sa proximité amicale et religieuse avec Amedy Coulibaly et des multiples démarches accomplies notamment en Ile-de-France et en Belgique à ses côtés, Ali Riza Polat ne pouvait ignorer ce qu'il préparait avec les frères Saïd et Cherif Kouachi en ce début janvier 2015. S'ajoute à cela une note écrite de sa main (il l'a reconnu lundi après l'avoir nié à l'instruction), note sur laquelle est écrite :"Prix de 200 g de C4 ? Prix de1kg de C4 ? Combien de détonateur pour 200g il donne ? Combien de détonateur pour 1 kg ? Prix des détonateur en plus ? Balle de kalash 500 pièce ? Balle (le 9 mm 100 pièce ?3 chargeur de katash prix ?"

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