Pédocriminalité dans l'Eglise : le procès Preynat reporté à mardi en raison de la grève des avocats

Pédocriminalité dans l'Eglise : le procès  Preynat reporté à mardi en raison de la grève des avocats
Justice

PROCÈS - Le père Bernard Preynat, accusé d'avoir abusé de jeunes scouts il y a trente ans alors qu'il officiait à Sainte-Foy-lès-Lyon, devait comparaître ce lundi 13 janvier devant la justice à Lyon. En pleine grève des avocats, l'ouverture du procès a toutefois dû être reportée au lendemain.

Les faits qui lui sont reprochés se sont déroulés il y a trente ans et hantent encore les victimes. Des victimes qui attendent désormais que justice soit faite. Cette semaine s'ouvre à Lyon le procès-symbole du problème de la pédophilie dans l'Eglise catholique : celui du père Bernard Preynat, ancien vicaire-aumônier scout à Sainte-Foy-lès-Lyon, accusé d'actes pédophiles par une dizaine de victimes, mineures au moment des faits. 

Ces dix victimes, âgées de 7 et 15 ans à l'époque, accusent l'homme d'attouchements sexuels, de baisers sur la bouche ou de caresses contraintes. Elles se sont constituées partie civile, aux côtés de plusieurs associations. 

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Un procès hautement symbolique

Si ce procès est devenu emblématique pour les victimes de prêtres pédophiles, c'est qu'il est le reflet d'une omerta dans l'institution qui peine encore à reconnaître sa responsabilité. Car si de multiples signalements de parents, victimes et membres du clergé, avaient forcé Bernard Preynat à admettre ses fautes devant ses supérieurs dès 1991, l'Eglise s'était alors seulement contentée de l'éloigner discrètement, en le mutant dans d'autres paroisses de la région.

Ce n'est que des années plus tard, en 2015, que le scandale éclate lorsque plusieurs victimes, d'anciens scouts devenus quadragénaires, se rencontrent et décident de porter plainte. L'association "La parole libérée" naît pour briser le silence et placer l'Eglise face à ses responsabilités. 

Une prise de position qui n'aura pas été sans conséquence pour l'un des plus hauts dignitaires de l'Eglise catholique française, le cardinal Barbarin. Mis au courant des agissements du père Preynat, il l'avait maintenu en poste et n'avait pas informé la justice. Il s'en était d'ailleurs expliqué au moment de son procès en mars dernier, lors duquel l'archevêque avait été condamné à six mois de prison avec sursis. Aujourd'hui en retrait du diocèse, il attend la décision de la cour d'appel le 30 janvier prochain.

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Sur consigne du Vatican, Bernard Preynat a été interdit de tout ministère pastoral après sa mise en cause. Reste qu'il a pu célébrer des messes en privé jusqu'en mars 2018. Et ce n'est que l'été dernier qu'un tribunal ecclésiastique lui a asséné sa première véritable condamnation en l'excluant définitivement de l'Eglise. Une sanction que les membres de "La parole libérée" juge tardive, et même "contrainte" en raison des nombreuses affaires similaires révélées depuis. 

De nombreux faits présumés écartés du dossier

Le dossier du père Preynat, mis en examen en janvier 2016, concerne précisément quatre personnes, mineures entre 1986 et 1991, qui accusent l'ancien vicaire d'agressions sexuelles. D'autres plaintes se sont ajoutées au fil du temps mais de nombreux faits présumés ont dû être écartés car prescrits par la justice. 

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Au cours des investigations, les enquêteurs ont découvert que Bernard Preynat, ordonné en 1971, avait agressé des enfants alors qu'il était âgé de 17 ans, lors d'un camp de vacances où il était moniteur. Bernard Preynat soutient qu'il a cessé ces abus au début des années 1990. Des faits postérieurs à cette date ont également été signalés mais l'enquête n'en a retenu aucun. 

La seule question, c'est la peine qui sera prononcée- Me Frédéric Doyez, avocat du père Preynat

L'homme âgé de 74 ans a reconnu la plupart des faits. Et son avocat, Frédéric Doyez concède d'ores et déjà que sa condamnation ne fait guère de doute. "La seule question, c'est la peine qui sera prononcée, en fonction des faits qui seront établis au procès", a-t-il relevé. Puis de décrire auprès de l'AFP "un homme terriblement seul et isolé qui vit avec une petite retraite". 

Report en raison de la grève

Programmé toute la semaine devant le tribunal correctionnel, le procès a vu son ouverture repoussée d'une journée, en raison de la grève des avocats. En cause : le vote vendredi par les membres du Conseil de l'Ordre de Lyon en faveur de la reconduction de leur mouvement jusqu'à lundi inclus.

Toujours est-il que Bernard Preynat finira bien par comparaître devant la justice. Il encourt 10 ans de prison. 

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