Procès du restaurateur de Tremblay : les deux femmes avaient-elles ciblé l'établissement ?

Procès du restaurateur de Tremblay : les deux femmes avaient-elles ciblé l'établissement ?

COMPTE RENDU - Le parquet de Bobigny a requis ce jeudi une amende de 5000 euros contre le restaurateur accusé d'avoir refusé de servir deux femmes voilées en août dernier à Tremblay-en-France. Le tribunal s'est attaché à savoir si les deux plaignantes avaient ciblé spécifiquement l'établissement.

C'était un procès très attendu. Le parquet de Bobigny a jugé ce jeudi Jean-Baptiste Debreux, un restaurateur accusé d'avoir refusé de servir deux femmes voilées à Tremblay-en-France le 27 août dernier. Pour "réparer l'outrage fait à ces femmes et, plus largement, à la société entière", la procureure a demandé une amende de 5.000 euros, dont 2.500 avec sursis contre cet homme de 65 ans, ainsi que la publication de la décision de justice pendant deux mois. 

Il était jugé pour "discrimination dans la fourniture d'un service en raison de l'appartenance à une religion dans un lieu accueillant du public". La scène, filmée discrètement par l'une d'entre elles et diffusée sur les réseaux sociaux, avait suscité un tollé, en pleine polémique sur les arrêtés d'interdiction du burkini à la plage. Le Comité contre l'islamophobie en France (CCIF) s'était rapidement saisi du dossier avant de se porter partie civile.

Tout au long du procès, une question est souvent revenue sur le tapis : les deux victimes, dont une seule a porté plainte et était donc présente à l'audience, se sont-elles livrées à un testing de cet établissement ou y sont-elles entrées par hasard ? En clair, avaient-elles volontairement ciblé Le Cénacle, guettant le dérapage raciste ? C'est ce qu'ont tenté de savoir à tour de rôle le président, la procureure générale et l'avocate du prévenu.

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Après un long (et répétitif) déroulé des faits, le président appelle la victime à la barre. Dès la première question, il évoque l'hypothèse d'un testing, s'attachant à savoir comment la jeune femme a connu le restaurant. "Pourquoi avoir choisi ce restaurant ?" ; "Comment l'avez-vous réservé ?" ; "Connaissiez-vous M. Debreux ?"... Il rappelle que les deux victimes habitent à Argenteuil et Trappes, deux villes respectivement situées à 50 et 30 kilomètres du Cénacle. 

"Je vais être plus direct. Vous êtes-vous rendus dans ce restaurant pour un testing ?" "Non", répond aussi sec la victime. Mais le président insiste et ajoute que la démarche est légale et que ça ne poserait pas de problème si c'était le cas. La victime réaffirme que non. 

Des propos "choquants", "scandaleux"

Dans ses réquisitions, la procureure générale note toutefois dans un premier temps le "calme, la sérénité et le déterminisme" des deux femmes dans la vidéo alors que le restaurateur vient de leur dire : "Les terroristes sont musulmans et tous les musulmans sont terroristes. Voilà, cette phrase-là veut tout dire. Analysez-la et voilà." "La victime appelle la police et envoie un SMS à son mari", ajoute la procureure, qui se montre également circonspecte quant à un autre passage de la vidéo : "On entend une femme dire à l'autre 'C'est difficile, c'est dur je sais (...)'. On comprend là qu'elle lui dit de tenir bon...".  

La procureure n'a pas le temps de finir sa phrase. Des grondements montent, le public croit y déceler le sous-entendu qu'un piège à bel et bien tendu par la plaignante. Les avocats des parties civiles se lèvent, scandalisés. Les deux hommes interpellent le président et pointent du doigt des "propos choquants et scandaleux". Une fois le calme retrouvé dans la salle d'audience, la procureure reprend son discours, et explique qu'elle a été coupée, donc mal comprise... Elle conclut en notant que le CCIF a  quand même été saisi dès le lendemain des faits.

Étiez-vous sensibilisée à la problématique de discrimination ?- Le président à la victime

Un élément qui n'a pas non plus échappé au président qui cherche à savoir si les deux femmes étaient en contact avec le collectif avant les faits. "Étiez-vous sensibilisée à la problématique de discrimination ?", demande-t-il alors à la plaignante. "En tant que membre d'une association, non, en tant que citoyenne, oui", rétorque-t-elle.

Le président, mais aussi l'avocate du prévenu, relèvent enfin que la plainte a été déposée à Saint-Ouen, "là que se trouve le siège du CCIF", assure Me Barbier. "Elle était aussi accompagnée d'une juriste du collectif ". "On pourrait penser qu'il s'agir dun testing raté, raté car il n'a pas refusé de les servir", abonde-t-elle. Elle a réclamé la relaxe de son client. La décision du tribunal sera rendue le 16 mars.

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