Procès du viol du 36 quai des Orfèvres : 7 ans de prison ferme requis à l'encontre des deux policiers

Procès du viol du 36 quai des Orfèvres : 7 ans de prison ferme requis à l'encontre des deux policiers
Justice
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JUSTICE – L'avocat général Philippe Courroye a requis ce mercredi matin sept ans de prison ferme à l'encontre de Nicolas R. et Antoine Q. Les deux policiers, anciens de la BRI, sont jugés depuis le 14 janvier dernier par la cour d'assises de Paris pour le viol dans la nuit du 22 au 23 avril 2014, dans les locaux du 36 quai des Orfèvres à Paris, d'Emily S., une touriste canadienne. Le verdict est attendu jeudi.

Près de trois heures de démonstration, d'explication, de citation… Au treizième jour du procès de Nicolas R. et Antoine Q., l'avocat général a fait ses réquisitions. A l'encontre de ces deux policiers, anciens de la BRI, jugés pour le viol d'Emily S.,  touriste canadienne, dans les locaux du 36, quai des Orfèvres en avril 2014, Philippe Courroye a requis ce mercredi matin "sept années d'emprisonnement". 


Pour l'homme en robe rouge, il n'y a aucun doute, Nicolas R. et Antoine Q. sont coupables des faits qui leur sont reprochés et qui leur a valu trois semaines de procès. C'est en tout cas son "intime conviction". Et au-delà des faits mêmes, "ces policiers avaient un devoir d'exemplarité. Ils ont menti, dissimulé et failli au regard de la société".

"De bons éléments bien notés"

"J'ai étudié très attentivement ce dossier, a indiqué aux jurés l'avocat général au début de son réquisitoire. J'ai pesé au trébuchet les éléments de cette affaire (...) Le moment est venu pour moi de vous livrer mon intime conviction". 


Philippe Courroye est d'abord revenu sur le parcours de ces deux hommes, pères de famille, séparé pour l'un, toujours en couple pour l'autre. Professionnellement, les deux ont été félicités à maintes reprises dans leur travail, notamment après leur entrée à la BRI (Brigade de recherche et d'intervention), la "consécration", le "Graal".  

L'avocat général n'a toutefois pas omis  de rappeler la condamnation de Nicolas R. à de la prison avec sursis. "Ce sont de bons éléments, bien notés. Il faut parler quand même de cette condamnation qui a frappé Nicolas R. En 2012. Avec son collègue de l'antigang qui sort son arme devant la discothèque de Paris. Avant les faits de 2014, Nicolas R. a eu une sérieuse sortie de route", a insisté Philippe Courroye. 


Puis il a parlé d'Emily S., la plaignante. Une Canadienne qui a fait des études de droit, de sciences politiques et diplômée d'addictologie. Elle qui est "marquée par une instabilité émotionnelle", qui consomme des "médicaments, du haschisch, de la cocaïne, et de l'alcool régulièrement". Le décor est posé, pour tout le monde, mais la nuit du 22 avril l'a nettement modifié. 

"L'open bar de la Canadienne"

"Ce sont eux qui ont eu la première initiative de contacts. Très vite cette jeune Canadienne court-vêtue, extravertie, apparaît comme l'attraction de la soirée. Potache, machiste, graveleux, vous mettrez les mots que vous voudrez. Comportement de mâles dominants en période de rut. La drague collective. Comme l'a dit un témoin : "C'est comme si ils se passaient la fille", c'est un peu, je dirais, 'l'open bar de la Canadienne'", a lancé Philippe Courroye. 


Il y a des baisers au pub, dans la rue, puis le reste, sur le trajet qui mène au 36, puis dans les locaux, où "commence le huis clos." "Il n'y a plus de caméras, il n'y a plus que des versions qui s'opposent ". Les policiers nieront tout d'abord, puis, face aux éléments de preuve matériels, reconnaîtront petit à petit certaines choses. 


"Emily S., sa dénonciation est immédiate, constante et parfois imprécise", admet l'avocat général mais cette imprécision peut s'expliquer par plusieurs choses : le taux d'alcoolémie important, le traumatisme, la perte de ses lunettes…  Emily S. a ainsi toujours dit avoir été violée, par 3 ou 4 hommes. Elle était joyeuse en montant dans les locaux du 36 et en est redescendue 1h40 plus tard en "en pleurs". 

"Emily S., elle, est constante dans ses déclarations"

En la voyant dans la cour, Antoine Q.  dira, selon un témoin: "Faut la dégager, elle est bourrée, c'est de la merde faut la sortir". "Emily S. ne sortira pas et elle dira:  "Ils ont voulu du sexe avec moi que je ne voulais pas", a rappelé Philippe Courroye. La situation se fige, Emily S. ne fera plus un pas de plus". Ce sera le début de l'affaire. Quel aurait été le destin de ce dossier si Emily S. avait franchi le porche?"


La question se pose. Car les policiers ont d'abord tout nié des faits qui auraient eu lieu au sortir du pub. Avant de reconnaître certaines choses, puis d'autres, en parlant toujours de consentement de la victime. "Emily S., elle, est constante concernant son absence de tout consentement. Elle a reconnu qu'elle avait flirté au Galway, mais indique qu'elle n'avait pas l'intention de ramener quelqu'un chez elle ce soir-là", a martelé l'avocat général. 


"Elle dira qu'elle a été violée par 4 policiers, tout de suite, elle donne le nom de deux d'entre eux sur photos : Nicolas R. Et Antoine Q. Après, elle ne sera plus sûre qu'ils étaient quatre car un était peut-être reparti puis revenu. Mais elle n'a jamais été dans la surenchère. Sébastien C., elle ne l'a jamais accusé parce qu'elle ne l'a pas reconnu. C'eut été facile de dire : mais le 3e homme c'est lui !"

" Dissimulations évidentes et des incohérences manifestes"

Pour l'avocat général par contre la version des policiers "recèle des dissimulations évidentes et des incohérences manifestes". Antoine Q. dit qu'il ne "la trouvait pas attirante". Pourtant, comme d'autres policiers, dont Nicolas R., il l'embrasse dans le bar. 


Il revient également sur ces photos, SMS, et vidéos effacés des téléphones portables des policiers. "Là encore, on n'a pas d'explication cohérente. Mesdames et messieurs, je crois que cette nuit du 22 au 23 avril 2014, ça a du être la nuit des bugs, sur les iPhone, et précisément sur les iPhone des policiers de la BRI", a-t-il ironisé. 


Les SMS sont pour certains sans équivoque. D'abord ce : "Dépêche c'est une touzeuse", envoyé par Nicolas R. à son collègue Sébastien C., le 23 avril à 1h04. Puis celui envoyé dans la matinée par Amaury R. "Suite à notre petite soirée arrosée, Antoine, gamin (Sébastien C.) et Nico ont monté une gonzesse au 36 pour la fourrer. Sauf qu’elle a déposé plainte pour viol" "C'est quoi ça, c'est au fond un aveu? Un aveu de leur intention. Ils l'ont montée pour la fourrer, pas pour visiter les locaux", a insisté Philippe Courroye.


Ces SMS, les traces de sperme dans les caleçons des accusés, les ADN mélangés retrouvés à divers endroits, notamment sur le string de la plaignante et au fond de son vagin… Pour Philippe Courroye, les preuves sont là. S'y ajoutent les séquelles chez la victime, la lésion gynécologique, les éléments des troubles post-traumatiques (prise de poids, troubles du sommeil...). "Pourquoi Emily S. aurait-elle menti? Pourquoi aurait-elle tout de suite dénoncé les faits de viol? Quel serait l'intérêt pour elle de commencer le chemin de croix des victimes?" a demandé  Philippe Courroye. 

"Des usurpateurs indignes de brassards"

"Ce qui surnage dans ce dossier c'est une sorte d'invincibilité, de supériorité, d'impunité", insiste-t-il pointant du doigt également " le climat malsain, climat d'obstruction, d'hostilité à l'enquête avec une non-sanctuarisation des lieux et des policiers qui rentrent chez eux après les faits. "Ils ont profité de sa vulnérabilité d'Emily S., elle est très alcoolisée, elle est dans un lieu désert, eux sont chez eux, au 36. Ils se disent très probablement : 'Elle va pas dire non aux héros de la BRI'". 


Mon intime conviction est qu'au cours de cette nuit, dans les bureaux de la BRI, elle a été une victime non consentante d'actes sexuels. Elle a été victime de deux hommes, dépositaires de l'honneur d'une police et d'une brigade illustre qu'ils ont souillée par leur comportement. Ils ont déshonoré leur unité qui n'a rien à voir là-dedans, en chosifiant Emily S. Un 'paquet'. "Ce soir-là, ils n'étaient pas la police mais des usurpateurs indignes de brassards et ils se sont comportés comme ceux qu'ils pourchassent. Ce soir-là, ils avaient basculé du mauvais côté", a déclaré l'avocat général Philippe Courroye. 


Et de conclure: "Votre verdict montrera quelle loi s'applique à tous. Votre verdict va conférer à Emily S. sa qualité de victime; c'est important pour sa reconstruction. Pour Emily S. Ce voyage au bout de la nuit sordide, cette souillure, va rester en elle longtemps, je crois que comme toutes les victimes de viol elle va subir cela longtemps. Emily S. et la société toute entière vous réclament justice. Cette justice, vous la rendrez en condamnant Nicolas R. Et Antoine Q. à sept années d'emprisonnement". 


Pour viol en réunion, Antoine Q. et Nicolas R. encourent 20 ans de réclusion criminelle. Le verdict est attendu jeudi. 

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