Procès du volet financier de l’affaire Karachi : de quoi parle-t-on ?

Procès du volet financier de l’affaire Karachi : de quoi parle-t-on ?

PROCÈS - Un premier procès s'ouvre lundi sur l’affaire Karachi : six hommes sont jugés au tribunal correctionnel de Paris pour des soupçons de commissions occultes en marge de la campagne présidentielle malheureuse d'Edouard Balladur en 1995.

Un premier procès dix-sept ans après les faits. Le tribunal correctionnel de Paris se plonge lundi 7 octobre dans la tentaculaire affaire de Karachi. Six hommes sont jugés notamment pour abus de bien sociaux, complicité et recel au détriment de la branche internationale de la Direction des constructions navales (DCNI)

Un attentat meurtrier devenu une affaire d'Etat

Reprenons les faits : le 8 mai 2002, un attentat à Karachi (Pakistan) fait 14 morts et 11 blessés. 11 salariés français de la DCNI meurent dans l’explosion d'une voiture piégée. Tous travaillaient à la construction d'un des trois sous-marins Agosta vendus à ce pays par la France, sous le gouvernement Balladur (1993-1995). 

L'enquête antiterroriste, qui privilégiait au départ la piste d'Al-Qaïda, a exploré depuis 2009 la thèse - non confirmée - de représailles suite à la décision de Jacques Chirac, élu président de la République en 1995, d'arrêter en 1996 le versement de commissions dans ces contrats à des officiels pakistanais. Si le versement de pots-de-vins à des agents étrangers étaient alors la règle à l'international - jusqu'à leur interdiction en 2000 -, les rétrocommissions étaient elles proscrites. L’ancien président, décédé le mois dernier, estimait que ce versement de commissions avait alimenté la campagne d’Edouard Balladur, ancien rival lors de l’élection présidentielle de 2015. 

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Des rétrocommissions illégales qui auraient financé la campagne présidentielle d'Edouard Balladur

D’après l’enquête, un trio d’intermédiaires  surnommé "réseau K" aurait été imposé tardivement dans les contrats d’armement afin d'enrichir ses membres et de financer la campagne balladurienne. En analysant cette hypothèse, les magistrats avaient acquis la conviction que les comptes de campagne d'Edouard Balladur avaient été en partie financés par des rétrocommissions illégales à hauteur de 13 millions de francs, soit près de 2 millions d'euros, en marge des contrats de sous-marins au Pakistan mais également de frégates à l'Arabie saoudite.  

Six personnes seront jugées jusqu'à la fin du mois d'octobre. Parmi celles-ci : Nicolas Bazire, ancien directeur de campagne d'Edouard Balladur en 1995, Renaud Donnedieu de Vabres, ancien conseiller à la Défense de François Léotard ; Thierry Gaubert, membre du cabinet de Nicolas Sarkozy, ou encore l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine, l'un des intermédiaires du réseau "K". 

L'ancien Premier ministre Edouard Balladur et François Léotard, son ex-ministre de la Défense, ont été quant à eux été renvoyés devant la Cour de justice de la République (CJR), seule juridiction habilitée à juger les membres du gouvernement pour des actes commis dans l'exercice de leurs fonctions. Quant à l'enquête antiterroriste, elle est toujours en cours pour déterminer les auteurs ou commanditaires de l'attentat.

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