Procès Fillon : "Je ne vois pas le lien avec le travail d'assistante parlementaire", martèle la présidente lors du 4ème jour d'audience

Procès Fillon : "Je ne vois pas le lien avec le travail d'assistante parlementaire", martèle la présidente lors du 4ème jour d'audience
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L'affaire Penelope Fillon

FILLONGATE – Ce lundi 2 mars, au quatrième jour d'audience du procès des époux Fillon, la présidente de la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris a cherché à établir si Penelope Fillon a bien eu le rôle d'assistante parlementaire auprès de son mari. Le procès doit se poursuivre jusqu'au 11 mars.

Invitations à des soirées en maison de retraite, anniversaires, concours hippique, vernissages d'expositions ou inauguration d'auberge attestant de sa présence sur des événements, mails entre collaborateurs ou encore courriers des citoyens et électeurs arrivés au Manoir de Beaucé. Pendant près de trois heures ce lundi, la présidente de la 32e chambre a lu différentes pièces versées au dossier par la défense pour justifier le travail qu'aurait exercé Penelope Fillon auprès de son époux François. 

"Le lien avec la circonscription ne m'a pas paru évident', "Je ne vois pas très bien le lien avec le rôle d'assistante parlementaire", "Je ne vois pas du tout quelle est votre intervention là-dedans", a répété Nathalie Gavarino à l'audience. A chaque fois, la présidente a demandé des précisions à Penelope Fillon qui a répondu sans visiblement la convaincre, tandis que son mari apportait à sa moitié un soutien sans faille. 

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"La secrétaire avait besoin de vous?"

Concernant les "nombreux courriers", auxquels Penelope Fillon aurait tant de fois répondus, la présidente s'interroge : "Quel a été le circuit de ces différents courriers et en quoi ils illustrent votre travail d'assistante parlementaire?" 

- "J'ai fait le suivi", répond Penelope Fillon. 

- "Quel était votre rôle, je n'arrive pas à cerner? Sur ce courrier notamment", lance la présidente.

- "C'est le fait d'expliquer, comment, à qui, et quoi demander", se défend l'épouse de l'ancien Premier ministre. 

- "Ils avaient vraiment besoin de vous pour ça ?, s'étonne la présidente. La secrétaire de Monsieur Fillon, avec son expérience, elle avait vraiment besoin de vous pour ça ?"

- "Oui, je pense", assure son interlocutrice à la barre.

"Banalisation de ce travail"

"Il y a une forme de banalisation de ce travail. Je demandais à Penelope d'être sans arrêt en train de vérifier que les dossiers avançaient, renchérit François Fillon soutenant les missions de sa femme et qualifiant son travail de "donneur d'ordre". J'ai souvent vu chez des parlementaires des enveloppes non ouvertes dans les placards. On entend : 'On vous écrit, mais vous ne répondez jamais'. Il s'agit de faire le point pour que les relances soient faites. Pour moi, c'est Penelope qui assurait ces missions-là. J'avais une grande confiance dans le travail qu'elle allait faire". 

Mais alors pourquoi n'y a-t-il pas de traces  de ce travail ? "Il n’y a pas d’archives du travail des autres assistants parlementaires non plus avant 2012 car les archives étaient systématiquement détruites à la fin de chaque législature", explique l'ancien Premier ministre.

Au sujet des rares traces de ce travail, Me Pierre Cornut-Gentille, avocat de Penelope Fillon, a affirmé : "Ce sont des documents très anciens retrouvés par hasard, on ne prétend pas que cela rende compte de manière exhaustive de l'activité".

"Bonjour, je suis Penelope Fillon"

Après l'examen des nombreuses pièces apportées par la défense, Aurélien Létocart, l'un des procureurs du PNF, s'est montré étonné après avoir constaté qu'il y avait plus de courriers en dehors des périodes de contrat de Penelope Fillon. "En fait, la fin du contrat ne change rien ?", demande la présidente. "Si, je n'étais pas rémunérée... Mais s'il y avait quelque chose d'important, je m'en occupais", répond Penelope Fillon.

Sur cette période, Penelope Fllon affirme : "Tout est mélangé. Il est impossible de dire si je faisais cela en tant qu'assistante parlementaire ou en tant qu'épouse? " "En quoi cela nécessitait-il un contrat d'assistante parlementaire alors?", se demande alors Bruno Nataf, deuxième procureur du PNF. "On peut poser la question différemment : 'Est ce que ça n'est pas anormal d'avoir fait un travail sans être rémunérée ?'", rétorque François Fillon, l'air assuré et la voix posée.

"Pourquoi ça a été tu pendant toutes ces années ? Pourquoi psychologiquement cela aurait différent pour les électeurs de la Sarthe ?", pointe Bruno Nataf. "Ça n'a pas été tu, les gens dans l'équipe de François le savait", répond Mme Fillon. Une douzaine de témoins affirme qu’ils savaient que Penelope Fillon effectuait des missions, comme la gestion des courriers ou celle d'une partie de l'agenda de son mari. Tous pourtant ont affirmé au cours de leurs auditions ignorer qu’elle avait un contrat d’assistante parlementaire.

"Votre mari explique que c'était mieux pour le contact, que ça ne se sache pas", lance ensuite Bruno Nataf. "Ça importait peu que les gens sachent ou pas. Je ne pouvais pas arriver quelque part et dire: 'Bonjour, je suis Penelope Fillon, je suis l'assistante parlementaire de François. Pour eux, je suis Penelope Fillon", rétorque la compagne de l'ancien Premier ministre.

L'audience a été suspendue vers 20 heures lundi. Elle doit reprendre mercredi, à 13h30 avec l'interrogatoire de Marc Joulaud, ancien suppléant de François Fillon.   

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