Assassinat de Farida Hammiche : perpétuité pour Michel Fourniret

Justice

JUSTICE - Michel Fourniret a été condamné vendredi à une peine de réclusion criminelle à perpétuité. Il était jugé - en compagnie de son ex-épouse Monique Olivier - pour l'assassinat crapuleux, en 1988, de la femme d'un ex-codétenu du tueur en série. Celle ci a été condamnée a 20 ans pour complicité.

La peine maximale avait été requise contre Michel Fourniret et son ex-femme Monique Olivier, poursuivis pour l'assassinat de Farida Hammiche en 1988 afin de lui dérober le trésor du "gang des postiches".  La cour d'assise a suivi ces réquisitions pour le premier : Michel Fourniret - déjà détenu et condamné pour plusieurs meurtre - a été une nouvelle fois condamné à la perpétuité. Son ex-épouse a, elle, été condamnée à 20 ans de réclusion pour complicité.

Pour l'avocat général Benoît Meslin, aucune circonstance atténuante d'ordre psychiatrique ne devait être retenue : le couple, exempt de maladie mentale, est "évidemment perturbé dans son psychisme", comme l'avaient rappelé plusieurs experts la veille, mais était "entièrement responsable" de ses actes. Ils ont tué "pour le plaisir", pour "prouver qu'ils sont quelqu'un à leurs propres yeux", a estimé Benoît Meslin.

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"Sans elle il n'est rien"

Ce procès était "hors norme", pour un couple représentant "le mal absolu", ont souligné les avocats des parties civiles. Un couple dépeint par Yolaine Bancarel, avocate de la famille Hammiche, comme un "aigle à deux têtes" qui s'attaque "à des femmes et des enfants".

Le duo était jugé pour avoir tué la femme de Jean-Pierre Hellegouarch, ancien compagnon de cellule du tueur en série. Il l'avait aidée à déterrer un stock de 20 kg d'or dans un cimetière du Val-d'Oise, sur les indications de ce dernier, braqueur d'extrême-gauche. Le magot, avait-il dit à Michel Fourniret, aurait appartenu aux "gangs des postiches", célèbre équipe de braqueurs qui écumait les banques de région parisienne dans les années 1980.

Michel Fourniret, 76 ans aujourd'hui, "c'est celui qui s'amuse, c'est celui qui joue" mais c'est surtout "celui qui, sans elle, n'est rien", a insisté Me Bancarel, avocat de la famille Hammiche, plaçant Monique Olivier, 70 ans, au même niveau de responsabilité. Tout au long des quatre jours de procès, l'ex-femme du tueur en série a éludé les questions, renvoyant la responsabilité sur les épaules de son co-accusé, minimisant son rôle, les yeux souvent rivés au sol.

"C'est elle qui, enceinte, alors qu'elle porte la vie, va chercher Farida alors qu'elle sait qu'elle va mourir", a lancé Me Bancarel.

"Je la regarde depuis le début. Vous l'avez vue ciller pendant ces quatre jours ?" a-t-elle demandé aux jurés. "Quelle a été son attitude? Pas de voix chevrotante, pas de larme, aucune émotion", a fustigé l'avocate.

Un "dingue", un "sale type"

Dans une attitude toute autre, Michel Fourniret a lui endossé le costume du "dingue" et du "sale type", comme il s'est lui-même décrit au 3e jour du procès lors de son interrogatoire sur le fond.

Parlant en énigmes, usant de périphrases, de double négations et de provocations, il a nargué les parties civiles en laissant planer le doute sur le lieu où il a dissimulé le corps de Farida Hammiche, jamais retrouvé. "Laissez-moi une carte !" a-t-il même lancé à Me Bancarel qui le pressait de révéler où était le cadavre.

Sur la manière dont il l'a assassinée, il a mis en avant sa mémoire, "vieillissante". "Vraisemblablement par étranglement", son mode d'action préféré, a-t-il avancé sans émotion, alors que son ex-compagne avait évoqué l'usage d'un baïonnette. "La phrase de Farida m'est restée en tête, elle m'a dit : 'Ne me tue pas comme ça'", s'est-il malgré tout rappelé.

Michel Fourniret, c'est "la banalité du mal", a insisté dans sa plaidoirie Me Didier Seban, avocat de Jean-Pierre Hellegouarch, dont le client avait expressément demandé à savoir où se trouvait le corps.  "Comme dirait l'expert, il ne respire pas le même oxygène que nous. Il est dans sa morgue, dans son orgueil absolu. Il joue avec nous sur les corps qu'il ne veut pas donner", a dénoncé Me Seban, qui a rappelé à la cour les sept meurtres de jeunes femmes pour lesquels "l'ogre des Ardennes" a déjà été condamné à la perpétuité, en 2008, à Charleville-Mézières.

Le verdict est attendu ans la soirée.

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