Procès Heaulme : Henri Leclaire appelé à la barre

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Francis Heaulme de nouveau jugé pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz

JUSTICE - Henri Leclaire sera entendu mercredi devant la cour d’assises de Metz où comparaît Francis Heaulme pour le double meurtre de Montigny-les-Metz. Si ce retraité a bénéficié d’un non-lieu dans ce dossier, son audition très attendue s’annonce difficile.

Sur le papier, Henri Leclaire n’a plus de comptes à rendre à la justice. L’ancien manutentionnaire de 68 ans a bénéficié d’un non-lieu en juillet 2016 dans l’affaire de Montigny-les-Metz et la chambre criminelle de la cour de cassation a renvoyé, en janvier 2017, le pourvoi formé par l’une des familles des victimes contre cet arrêt. Mais depuis l’ouverture, il y a deux semaines, du procès de Francis Heaulme, accusé d’avoir tué en 1986 les petits Alexandre Beckrich et Cyril Beining à coups de pierres près d’une voie ferrée, rien de ce qui a été écrit par le passé n’est indélébile. Patrick Dils en a fait la douloureuse expérience la semaine dernière voyant son acquittement sacrifié sur l’autel de la suspicion et passant du statut de témoin à celui d’accusé. Henri Leclaire, invité lui aussi à témoigner mercredi en fin d'après-midi, ne devrait pas être plus épargné. 

Son nom est apparu dans le dossier de Montigny au tout début de l’enquête. L’homme qui travaillait dans une imprimerie en contrebas du lieu du crime avait été le premier à s’accuser du meurtre des deux enfants avant de se rétracter. Un autre manutentionnaire ainsi que Patrick Dils, alors âgé de 16 ans, étaient aussi passés aux aveux dans le bureau des enquêteurs de l’époque. 

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Mais si ces derniers s’étaient forgé une conviction sur les déclarations de l’adolescent Dils, ils avaient relevé des inexactitudes dans celles de Leclaire. Après reconstitution, ils avaient notamment estimé que la corpulence de l’homme l’empêchait de monter sur le talus où avaient été retrouvés les corps des enfants. Et Henri Leclaire avait été mis hors de cause. Au terme d’un long combat judiciaire, Patrick Dils, lui, avait fini par être innocenté laissant place dans le box des accusés au tueur en série Francis Heaulme. 

Un coup de théâtre nommé Leclaire

Mais en 2014, après seulement deux jours d’audience, le procès du "routard du crime" avait été renvoyé. En cause, deux témoignages surprises qui, vingt-huit ans après les faits, avaient refait surface pointant du doigt un autre homme, Henri Leclaire. Une clerc d’avocat était ainsi venue expliquer à la barre de la cour d’assises de Moselle les confidences troublantes que lui auraient faites le retraité qui lui livrait alors les courses pour arrondir ses fins de mois. 

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"Il m’a dit avoir attrapé et corrigé les gamins. Il était en transe, j’avais l’impression qu’il revivait la scène", avait-elle développé. L’intéressé avait été appelé. Peu loquace, répondant par "oui", "non", "je ne sais plus", Henri Leclaire s’était empêtré dans sa maladresse avant de se murer dans un silence coupable pour la justice. Le vrai accusé n’avait plus qu’à porter l’estocade : ce 28 septembre 1986, "j’ai vu un homme violent qui descendait le talus, il avait du sang sur les mains. Il m’a dit ‘je m’appelle Henri Leclaire, j’ai fait une connerie". Je me suis dit dit ‘il est fou ce mec-là ‘", avait accusé Francis Heaulme.

 Le doute insinué par les témoignages et les balbutiements du témoin-accusé avait été suffisant pour signer un renvoi retentissant du procès. Une information judiciaire avait été ouverte et deux ans après, Henri Leclaire avait bénéficié d’un non-lieu. "Un soulagement et une grande victoire", avait alors commenté auprès de LCI son avocat. "La justice avait déjà trébuché en condamnant Patrick Dils et elle allait une nouvelle fois trébuché si elle continuait à donner un quelconque intérêt aux aveux recueillis par les enquêteurs de l’époque. Elle s’est enfin rendu compte qu’il n’y avait aucune charge contre lui", avait conclu Me Hellenbrand. Il y a deux semaines, alors que s’ouvrait ce nouveau procès, l’avocat de Henri Leclaire avait annoncé dans le Républicain lorrain que son client allait attaquer l’Etat pour "les trente années passées sous le soupçon perpétuel". Et que la justice devrait une nouvelle fois raviver ce mercredi.  

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