Tweets, reportage d’"Envoyé Spécial"… Les avocats de Georges Tron  demandent le renvoi du procès

Tweets, reportage d’"Envoyé Spécial"… Les avocats de Georges Tron demandent le renvoi du procès

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JUSTICE – Le procès de Georges Tron et Brigitte Gruel, accusés de viols et agressions sexuelles sur deux anciennes employés municipales de Draveil, qui s'est ouvert mardi devant les assises de Seine-Saint-Denis, pourrait être reporté. Les avocats de la défense ont déposé une demande de renvoi suite à un reportage d’"Envoyé Spécial" et des tweets mettant en cause le président.

Le quatrième jour du procès de Georges Tron et Brigitte Gruel s’est ouvert par une demande de renvoi. La sérénité des débats n’est plus assurée, selon les avocats de la défense, après "la diffusion du reportage d’hier soir (ndlr : jeudi soir) et les attaques dont le président a fait l’objet dans la presse" et sur les réseaux sociaux.  


Jeudi soir, à l’heure où les jurés rentraient chez eux,  un documentaire d’"Envoyé Spécial" était diffusé "Un maire aux assises: celle qui accuse". France 2 revenait sur l’affaire Georges Tron qui est jugé depuis mardi devant la cour de Seine-Saint-Denis pour viols et agressions sexuelles, avec notamment le témoignage de l’une des deux plaignantes, Virginie Faux. Y étaient racontées les pressions qu’elle aurait subies suite à sa plainte. Lucile Mignon, une autre témoin qui doit être entendue par la cour, était également interviewée. "Vingt-cinq minutes à charge sans connaissance du dossier" avec "un avocat de la partie civile qui parle" et  "un témoin qui dépose dans la presse avant de déposer devant nous", s’indigne Antoine Vey, l’avocat de Georges Tron. 

Autre problème soulevé par la défense de l’ancien secrétaire d’Etat, les tweets mettant en cause le président Régis de Jorna, après son interrogatoire jugé trop orienté par certains. "On va consigner tous les tweets qui le mettent en cause personnellement. Le fait qu’un président d’assises soit mis en cause dans des termes particulièrement violents nous fait penser qu’il ne va plus oser poser toutes les questions sur un dossier particulièrement complexe",  développe Me Vey. Frank Natali, avocat de Brigitte Gruel, embraye : "Des articles de presse disent que les questions du président vont dans le sens de la défense, la justice est sous pression, c'est inadmissible. Le président instruit à charge et à décharge. (…) En quarante ans de barreau, je n'ai jamais vu ça ! Une campagne médiatique scandaleuse (…) Les mots que je prononce là sont déjà sur Twitter". 

"La justice est publique !"

Les avocats des parties civiles prennent sans surprise le contre-pied en s’opposant au renvoi. "La justice est publique, estime l'avocat d'Eva Loubrieu. Qu’il y ait des pressions, toujours dans ces dossiers-là ! Le rôle de la cour est d’y résister. Vous avez fait l’objet d’une campagne de tweets inacceptables mais dire que vous n'êtes pas en mesure de présider cette cour d'assises est aussi inacceptable".  Et Me Braun de pointer les manœuvres selon lui de la partie adverse : "La défense a la sentiment que ce procès est plus difficile que ce qu'elle pensait. Ça suffit la naïveté… Elle cherche à gagner du temps !" Pour l'avocat, si renvoi il y a,  qui viendra dans un futur procès "empêcher untel et untel, journaliste ou non journaliste" de tweeter ? "On ne va pas faire une loi spéciale pour M. Tron. On essaye de dresser des écrans de fumée car il ne veut pas être jugé".

L’avocat général enfonce le clou : "Il y a trois témoins dans le reportage, notre procès a pour ambition d’en entendre une cinquantaine ! L’opinion de la cour d’assises ne repose pas sur ce magazine." Et, descendant devant les jurés, Frédéric Bernardo brandit la "liberté de l’information", principe "fondamental". "La presse s'introduit dans les cours d'assises ? C'est une tarte à la crème ! Ce débat est aussi vieux que la cour d'assises, André Gide le disait déjà, ironise-t-il. Un tweet est un compte-rendu d’audience, ce qui change, c’est la rapidité. Mais ce n’est rien de plus qu’un compte rendu !". Il est 10h20, la cour se retire pour statuer. Les avocats continuent de s'écharper dans une salle sous pression. Virginie Faux s’effondre, paralysée par une crise de tétanie. La suite du procès est désormais menacée. 

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