Procès Heaulme : le double meurtre de Montigny-lès-Metz, "c’est sa signature"

JUSTICE - L'ancien gendarme Jean-François Abgrall, à l'origine de l'arrestation de Francis Heaulme en 1992, a été entendu mercredi après-midi devant la cour d’assises de Metz. Pour l’enquêteur, le meurtre de Cyril Beining et Alexandre Beckrich, massacrés à coups de pierres en septembre 1986, porte la signature du routard du crime.

Nous sommes en 1989, Jean-François Abgrall enquête sur le meurtre d’Aline Peres. L’aide-soignante de 49 ans "était partie prendre un bain de soleil" sur une plage près de Brest, elle est retrouvée morte, tuée "de 3 coups de couteau portés". Lorsqu’il auditionne pour la première fois Francis Heaulme, un marginal qui vivote dans les foyers Emmaüs, le gendarme est surpris : "J’ai affaire à un personnage qui ne demande pas pourquoi il est là, qui est dans l’observation". Le suspect lui demande s’il peut le tutoyer, l’enquêteur obtempère. Ainsi débute "la relation" entre le tueur en série et celui qui le confessera. Dans son costume-cravate noir, l’ancien gendarme de la section de recherches de Rennes reconverti en détective privé explique à la barre comment il a remonté la trace du tueur et est entré dans sa tête.   


Francis Heaulme "est très attentif aux réactions, si vous lui posez des questions précises, il se bloque. Si vous laissez des espaces libres, il parle. Mais quand il ferme la discussion, c’est fini", éclaire l’homme à la silhouette élancée qui s’adresse aux jurés ce mercredi après-midi. Démonstration en a été faite un peu plus tôt. "Pourquoi vous tuez les gens, M. Heaulme ? Il y a des femmes, des hommes, des enfants... Pourquoi vous faites ça ?", questionne mercredi matin le président. "Je sais pas", marmonne l’accusé. "Vous ne connaissez pas ces personnes. Elles ne vous ont rien fait. Alors pourquoi ?", insiste Gabriel Steffanus. "Je sais pas", martèle le grand échalas. Enième question… Heaulme se braque : "Je vous écoute même plus, vous m’enfoncez. Je répondrai plus." 

"Avec lui, il n’y a jamais d’aveux"

Jean-François Abgrall a mis trois ans pour confondre le criminel et obtenir ses premières confessions : "J’ai pris mon couteau, je lui ai ouvert la gorge. Mais elle avait l’air gentille."  Francis Heaulme balance ça en mangeant une choucroute. Le criminel déroute, ne semble obéir à aucune logique. Pourtant, l’enquêteur persuadé qu’il n’a pas tout dit va lui rendre visite en prison. Heaulme va alors lui confier les "pépins" qu’il a rencontrés sur sa route et lui livrer de "petites histoires". "Quand il vous fixe sans cligner des yeux, c'est qu'il vous dit quelque chose d'important", se souvient Abgrall qui fera montre de patience. "Avec lui, il n’y a jamais d’aveu. Il est capable de restituer des choses en détails mais reconstituer une histoire, il ne sait pas faire. Il est ou témoin du meurtre, ou c’est l’autre qui lui a raconté le meurtre mais ce n’est jamais lui."


A cette complexité de langage s’ajoute "la transposition" des scènes de crime. Comme dans un puzzle macabre que l’enquêteur tentera de reconstituer, Heaulme mélange éléments, lieux et victimes. Un jour, il lui raconte avoir "étranglé un arbre qui est devenu mou et s’est transformé en jeune" : c’est le meurtre du petit Joris Viville. Un autre, il relate cet après-midi dans "l'Est de la France" où il a vu "rouge" parce que des enfants lui avaient jeté des cailloux le long d’une voie ferrée.  "Lorsque je suis revenu pour les corriger, ils étaient morts, il y avait les pompiers et les policiers."

Il ne fera le rapprochement avec l’affaire de Montigny, à l’époque classée après la condamnation de Patrick Dils, que des années plus tard. La défense fulmine, reproche ces auditions en dehors de tout cadre juridique et sans procès-verbal. Jean-François Abgrall ne vacille pas. Pour lui, les meurtres des deux enfants, massacrés à coups de pierres sur un talus SNCF un dimanche de 1986, portent les similitudes avec ses autres meurtres : un motif futile, sa présence sur place, "l’extrême violence" des crimes, "le déshabillage partiel des victimes"… "C’est son répertoire, sa signature", assène-t-il. L’accusé est appelé à la barre. Près de son ancien confesseur, Francis Heaulme reconnaît simplement "avoir vu les enfants". "Il y a eu des jets de pierres", concède-t-il. Mais il ne "leur a pas fait de mal". "Ce coup-ci, c’est pas moi, je suis passé par hasard, jure Heaulme. D’ailleurs, à chaque fois que je passe quelque part, y a un meurtre."

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Francis Heaulme de nouveau jugé pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz

Plus d'articles

Sur le même sujet

Lire et commenter