Procès Heaulme : de la difficulté de juger une affaire sans preuves

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Francis Heaulme de nouveau jugé pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz

JUSTICE - Le procès de Francis Heaulme, accusé du meurtre de deux enfants à Montigny-lès-Metz en 1986, touche à sa fin. Après trois semaines de débats, les derniers jours seront consacrés aux expertises psychiatriques avant les plaidoiries et les réquisitions. Le verdict sera prononcé jeudi. Retour sur ces douze journées d’audience...

En principe, c’est la dernière fois que Francis Heaulme apparaît dans une cour d’assises.  Jeudi prochain, toutes les affaires qui portaient la marque criminelle du tueur en série auront été jugées. Le "routard du crime", comme la presse l’a surnommé, a déjà été condamné pour neuf meurtres commis entre 1984 et 1992 et il attend désormais son verdict dans le procès de Montigny-lès-Metz qui s’est ouvert il y a trois semaines. Francis Heaulme sera-t-il reconnu coupable d’avoir,  le 28 septembre 1986 sur un talus près d’une voie ferrée, massacré à coups de pierres Cyril Beining et Alexandre Beckrich, 8 ans ?  

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Les dénégations de l’accusé

A la barre de la cour d’assises de Metz, le tueur au visage blême a répété comme un mantra : "Montigny, c’est pas moi !". C’est pourtant bien la présence établie de ce tueur en série non loin de la scène de crime qui a conduit en 2002 à l’acquittement de Patrick Dils. Ce dernier avait reconnu, comme trois autres personnes qui étaient passées dans le bureau des enquêteurs, le double meurtre. Mais si l’adolescent de 16 ans s’était rapidement rétracté, il avait été condamné en 1989 à la réclusion criminelle à perpétuité. 

Si les enquêteurs ont pu établir la trace de Francis Heaulme non loin du crime, c’est grâce à l’intéressé lui-même. C’est en effet le "routard du crime" qui a raconté ce jour-là être parti de chez sa grand-mère à vélo, avoir roulé jusqu’à la rue Venizelos, et avoir croisé les enfants qui lui avaient jeté des cailloux. Sur le chemin retour, il a eu l’intention de les corriger. Mais, a-t-il expliqué, "un autre" s’en était chargé et avait tué les deux enfants avant de s’enfuir en dévalant le talus. Dans une de ses multiples versions, l’accusé a aussi indiqué être monté sur ce talus, avoir vu les corps et en avoir retourné un avant de déguerpir. Comme dans ses nombreux crimes, Francis Heaulme s’est ensuite rétracté.

Un récit troublant dans lequel une tierce personne fait donc son apparition mais qui n’est pas vraiment une nouveauté dans les propos de Heaulme. L’ancien gendarme Jean-François Abgrall, à l’origine de son arrestation en 1992, s’est attaché à décrypter le fonctionnement du tueur.  Et a expliqué comment Heaulme a pour habitude de se placer en spectateur dans ses propres crimes : "Soit il est arrivé et a vu le crime, soit c’est l’auteur du crime qui lui a raconté. Ce n’est jamais lui, c’est 'l’autre'."

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Des pièces détruites ou disparues

Toutes les preuves matérielles qui auraient pu incriminer ou non Francis Heaulme ont été détruites. Les pierres qui ont servi à tuer les enfants ont été jetées, Patrick Dils ayant été condamné et le dossier étant alors clos. Le scellé des excréments prélevés près des corps des enfants et qui pourraient être ceux du tueur a été perdu dans un institut médico-légal. La porte d’un wagon sur lequel le meurtrier s’était probablement essuyé ses mains pleines de sang s’est volatilisée. Quant aux négatifs des photos de cette pièce conviction, perdus eux aussi ! Le lieutenant-colonel Iltis, qui a travaillé de 2000 à 2006 à la reprise de toute l'enquête, a remué ciel et terre pour retrouver les pièces manquantes. Mais comme il a reconnu à la barre, il a fait "chou blanc". Dans ce dossier, l'ADN ne parlera plus. 

La marque criminelle de Francis Heaulme

"Indéniablement, nous avons une marque comportementale de Francis Heaulme relevée et étayée sur toutes les scènes de crimes sur lesquelles il est passé, et qui est en très grande partie retrouvée à Montigny". A partir de 2001, le gendarme Francis Hans a été chargé d'enquêter sur le dossier de Montigny en vue du 3e procès de Patrick Dils et à l’issue duquel il sera acquitté. Mettant en lumière les failles de l’enquête initiale, l’homme a ainsi listé les dix éléments qui constituent la signature criminelle de Francis Heaulme et ont été parallèlement retrouvés, selon lui, sur le double meurtre de Montigny. Parmi ces points communs, le "déchaînement de violence", des meurtres commis à "l’écart", le "déshabillage total ou partiel" des victimes – l’un des enfants a été retrouvé le pantalon et le caleçon baissés -, l’alcoolisation à outrance et les "hospitalisations" refuges de Heaulme qui suivent ses crimes. 

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Des témoignages troublants

La semaine passée, les jurés ont aussi entendu le témoignage troublant de deux pêcheurs. Le jour des faits, à la tombée de la nuit, les deux hommes ont raconté avoir récupéré dans leur 4L Francis Heaulme que l’un des deux connaissait. Il avait le visage en sang et a simplement dit aux pêcheurs qu’il était tombé sur des cailloux. Les deux hommes l’ont alors chargé dans leur voiture pour le raccompagner chez sa grand-mère. Dans la 4L se trouvaient du matériel de pêche et des cannes. Des détails qui n’en sont pas quand on sait que Francis Heaulme, qui mélange constamment ses crimes, a évoqué devant les enquêteurs une 4L blanche avec du matériel de pêche à l’arrière lors du meurtre en 1989 du petit Joris Viville. 

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L’ancien capitaine Hans a résumé ses intuitions ainsi à la cour d’assises : "J'ai la conviction qu'il ne faisait pas bon de croiser la route de Francis Heaulme ces années-là. Or, Cyril et Alexandre l'ont croisée. Et quelle est la probabilité que ces enfants aient croisé la route d’un second tueur ?". Dans cette affaire sans preuves, seules les probabilités restent. Les jurés diront jeudi si, sur la base de celles-ci, ils ont réussi à se forger une intime conviction. 

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