Procès Heaulme : "On parle de justice des hommes... mais il n’y a pas de justice des hommes"

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Francis Heaulme de nouveau jugé pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz

JUSTICE – Les familles des petits Alexandre et Cyril, tués à coups de pierres en 1986 à Montigny-lès-Metz, sont venues témoigner à la barre ce mardi matin avant le début des plaidoiries. Si Francis Heaulme est jugé depuis trois semaines pour le double meurtre, les parties civiles sont divisées sur la culpabilité de l’accusé. Dominique Beckrich reste, elle, convaincue que le coupable n’est pas présent dans le box.

Ce mardi matin, elle s’est adressée à cette justice qui ne l’a pas épargnée. Dans une colère contenue, Dominique Beckrich a raconté la souffrance de ses trente dernières années où elle a vu par deux fois un homme condamné pour le meurtre de son fils avant qu’il ne soit acquitté. Depuis trois semaines, un autre a pris sa place dans le box des accusés. "J’ai le cœur qui saigne (…) Toutes ces péripéties qu’on nous fait subir, toute cette folie de procès, de mensonges, d’aberrances (sic)... c’est insupportable ! On dit 'la justice des hommes', mais y a pas de justice des hommes", lance-t-elle, tremblante, à la cour.

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La mère d’Alexandre n’a pas prononcé le nom de Patrick Dils, mais la salle tout entière l’a deviné. "Voilà où on est trente ans après. J’ai pas besoin d’être ici, je sais, j’ai mes convictions car il n’y a rien qui m’a démontré le contraire (…) On nous dit des choses aberrantes, des choses qu'on ne comprend plus. On nous dit les aveux, ça compte plus ? La justice a détruit tous les scellés. Et ça, je ne lui pardonnerai jamais." 

"On souffre, et on souffrira encore jusqu'à la mort"

Si le temps est censé atténuer les plaies, pour les familles des victimes de Montigny, il les a consumées à petit feu. Pour elles, c’est le cinquième procès. "Vous savez, ce dossier, on le connaît par cœur, on lit, on relit, on essaye de comprendre, de le retourner dans tous les sens, mais y a toujours pas de réponse, et on souffre, et on souffre, et on souffrira encore jusqu’à la mort. Nos enfants sont morts,  voilà tout. De toute façon, ça ne sert à rien. Ce n’est pas encore aujourd’hui que l’on va nous apporter des réponses. J’espère que ce sera la dernière fois que je viendrai dans une salle, plus jamais, plus jamais… ça suffit maintenant", balbutie Dominique Beckrich. Son corps s’agite mais la main de son mari posée sur son épaule vient l’apaiser. Il est là derrière elle, et alors qu’elle récite la colère mêlée à la tristesse, lui va venir raconter la douleur. 

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"J’ai vu mon fils pour la dernière fois en partant au travail, je l’ai plus jamais revu..." glisse Serge Beckrich. L’homme tente de ne pas sombrer lorsqu’il raconte les recherches sur ce talus au bas duquel sont posés les petits vélos. "J’ai entendu un bruit à droite, comme des feuilles, je lui ai dit (à ma femme) ‘tais-toi’ car j’ai cru que c’était les gosses qui se cachaient…". Il s’arrête, pleure doucement. "Mon père est venu, les policiers sont venus, ils ont fouillé. Et à un moment, il y a un policier qui a secoué sa lampe de poche. On a voulu y aller avec mon père, un policier nous a barré la route mais mon père a réussi à passer. Il est revenu, il m’a dit : ‘c’est fini’". 

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