Procès Heaulme : trente années de larmes à la barre

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Francis Heaulme de nouveau jugé pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz

PROCÈS - Chantal Beining, la mère d’un des deux enfants tués à Montigny-lès-Metz en 1986, a témoigné ce vendredi à la barre de la cour d’assises de Metz devant laquelle le tueur en série Francis Heaulme est jugé. Sa douleur, trente ans après les faits, a secoué le public et la cour.

"J’espère que je vais réussir à aller jusqu’au bout… Je vais vous parler de mon Cyril, c’était un gamin plein de vie, il était gentil comme tout. Il m’appelait bibiche parce qu’il entendait son père m’appeler comme ça…" Chantal Beining a peur de ne pas pouvoir tout dire sur son fils, emportée par l’émotion. Alors elle parle vite, trébuche sur ses larmes, se reprend.

La photo de son enfant apparaît sur l’écran de la cour d’assises de Metz comme elle l’a demandé. Cyril a 8 ans, les yeux rieurs, et le même sourire généreux que celui de cette dame blonde qui vient s’asseoir depuis trois semaines au premier rang de la salle d’audience.  Les trente années n’ont altéré aucun de ses souvenirs : "Quand on allait au Cora, il me disait 'je t’attends aux livres'". Et chaque fois c’était pareil, elle craquait et lui achetait un petit quelque chose. Il n’aimait pas trop l’école Cyril et demandait souvent "c’est quand les vacances ?". Une fois, il était monté sur une barque et lui avait raconté. "Et si t’étais tombé à l’eau ? Tu aurais pu te noyer, qu’est-ce que maman elle ferait ?", avait-elle grondé. Y a eu aussi ce jour où il a déboulé dans la maison et a crié "bibiche !". Les anecdotes sont si vivantes qu’on voit les petites mains de Cyril lui tendre les tulipes chipées dans un jardin : "Bibiche ! Tiens, c’est pour toi, j’t’aime." 

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Le 28 septembre 1986, Cyril est parti faire du vélo et est revenu pour le goûter. Il a englouti un sandwich, a bu un coca. Avant de repartir à la hâte jouer, il lui a lancé : "Tu me feras un bon souper bibiche !" "Je lui ai fait des pâtes au gratin. Les pâtes au gratin, elles sont restées trois jours dans le four." Le père du petit Alexandre, qu’elle ne connaissait pas beaucoup, a sonné à la porte. Il lui a demandé si son fils était là.  "Je réponds que non, que je vais aller le chercher. Je suis allée au bord de l’eau, j’ai appelé : 'Bibiche, Cyril !' Je suis retournée à la maison." Secouée de sanglots, elle raconte l’inquiétude grandissante, les pompiers qui filent en sens interdit rue Vénizelos, le pressentiment. "J’ai dit 'mon gosse ! mon gosse ! Le train !'". Puis un policier est arrivé chez elle et a appelé son médecin : "Il m’a fait trois piqûres". "Mon mari est rentré, il a rien dit. Le soir, un policier est revenu, il m’a dit, votre fils est mort. Je savais pas comment." 

Chantal Beining lâche la barre, ouvre la pochette bleue qu’elle a posée sur le pupitre et en sort un journal qu’elle brandit à la cour. Sur la une du Républicain Lorrain du 29 septembre 1986 est écrit "Deux enfants assassinés à Montigny-lès-Metz". "Voilà comment j’ai appris que mon Cyril était mort !" Son corps tremble et ses larmes redoublent. La salle toute entière est emportée dans son chagrin. "Cette photo je peux plus la voir, c’est pour ça que j’en ai amené une autre", souffle-t-elle en regardant son Cyril sur l’écran : "Voilà ma bibiche, ça fait 30 ans que je pleure mon Cyril. Voilà." 

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