"J'ai senti la mort et j'ai foncé" : trois rescapés racontent l'horreur de l'incendie du Cuba Libre

Justice

PROCÈS - Ce mercredi au procès des anciens gérants du Cuba Libre, trois jeunes rescapés ont témoigné de l'horreur de cette nuit d'août 2016 où 14 personnes ont péri dans l'incendie du bar rouennais.

"J'ai aperçu le feu dans la cage d'escalier. Il était trop tard pour l'éteindre. Plusieurs personnes dont moi se sont précipitées vers la porte de l'issue de secours pour l'ouvrir mais ça n'a pas ouvert", a expliqué Gauthier, 20 ans au moment des faits. "J'ai essayé d'éteindre le feu avec ma chemise (...) mais c'était impossible, déjà, la moitié de l'escalier était en feu. Tout le monde courait à l'intérieur, en bas, c'était la panique", a continué le jeune homme.

"Aujourd'hui encore c'est difficile d'en parler. On fait avec. J'en rêve la nuit. J'ai encore des séquelles, des cicatrices. J'ai complètement perdu mon insouciance", a poursuivit Gauthier, dont la cousine est décédée cette nuit-là. 

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Si la porte de secours avait été ouverte je pense que personne ne serait mort."- Yannis, rescapé

Yannis, 18 ans en août 2016, était arrivé vers 23h30 à l'anniversaire d'Ophélie, qui fêtait ses 20 ans dans le sous-sol du bar. Trente minutes plus tard, il voit les bougies d'anniversaire enflammer la mousse qui tapissait le plafond et les murs de l'escalier et du sous-sol du Cuba Libre "en moins de 30 secondes". "Tout a pris feu, d'énormes flammes. Je suis resté tétanisé (...). J'ai vu la première personne passer (Gauthier, ndlr). 'Si lui le fait je peux le faire'. Mes jambes ont bougé toutes seules je suis remonté, avec l'instinct de survie", raconte-t-il au tribunal correctionnel de Rouen.

Brûlé au deuxième degré, Yannis raconte qu'il fait encore des cauchemars mais qu'il n'a "pas de séquelles physiques"."Si la porte de secours avait été ouverte je pense que personne ne serait mort", estime-t-il.

"J'ai senti la mort et j'ai foncé"

Bilal, vingt ans le jour du drame, raconte : "J'ai senti la mort et j'ai foncé. J'ai suivi le mouvement en voyant Yannis et Gauthier passer dans l'escalier. Je me souviens que lorsque je posais les mains par terre, cela faisait comme le bruit d'un steak sur une poêle", ajoute-t-il.

Le tribunal juge Nacer et Amirouche Boutrif, deux frères de 48 et 40 ans, pour "avoir involontairement causé la mort" de 14 personnes, mortes asphyxiées, et involontairement blessé cinq autres grièvement, dans l'incendie de leur établissement dans la nuit du 5 au 6 août 2016. Le sous-sol de leur bar avait été aménagé sans autorisation en boîte de nuit, et la porte de secours était fermée. Est également pointé du doigt le revêtement de certains murs et plafonds du lieu, avec une mousse hautement inflammable. Ce sont eux qui ont pris feu, à cause de bougies et de fontaines à étincelles. 

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