Procès Jawad Bendaoud : "Il y a les victimes des attentats de Paris et puis il y a les victimes oubliées"

JUSTICE – Les derniers avocats des parties civiles ont plaidé ce lundi au neuvième jour du procès de Jawad Bendaoud, de Mohamed Soumah et de Youssef Aït Boulahcen. Représentant les occupants ou propriétaires du 48, rue de la République à Saint-Denis, où l’assaut était donné cinq jours après les attentats du 13 novembre 2015 pour neutraliser deux terroristes, ils ont une nouvelle fois porté la voix des "victimes oubliées" des attaques de l’automne 2015.

Une scène de guerre, des conséquences dramatiques dans leur vie, aucune reconnaissance, aucune indemnisation… Ce lundi, au neuvième jour du procès de Jawad Bendaoud, Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen, ceux qui vivaient au 48, rue de la République à Saint-Denis et qui ont vécu en direct l’assaut du RAID qui a permis de neutraliser les terroristes Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, ont été mis en avant par leurs avocats. 


Locataires, propriétaires, habitants ou commerçants, ils n’ont perçu à ce jour aucune aide – ou une aide infime - et n’ont jamais pu regagner leur logement ou ne serait-ce que récupérer leurs biens. Parties civiles dans ce premier dossier en lien avec les attentats de Paris, ils demandent depuis plus de deux ans maintenant à être reconnus comme victimes du terrorisme. Au moment de rendre son jugement, le tribunal jugera également de la recevabilité des constitutions de partie civile…

"Pris entre les feux de la mairie et de l’Etat"

Et pour les robes noires représentant les personnes du "48", leurs clients sont plus que recevables dans ce dossier.  "Aujourd'hui, pour nous, il ne fait aucun doute que chaque situation individuelle de chacune des 687 victimes permet de recevoir leur constitution de parties civiles. Il existe, pour elles, un préjudice en lien avec les faits, les comportements qui sont reprochés aux trois prévenus", avait insisté Me Ronzel vendredi dernier. 


Me Claudette Eleini, qui plaidait ce lundi, a rappelé la situation de ses clients, commerçants ou habitants du 48 rue de la République. "Le 13 novembre 2015 et les jours qui ont suivi, c’est notre 11 septembre 2001", a-t-elle dit. L’avocate a rappelé les heures durant lesquelles les occupants du "48" sont restés bloqués dans l’immeuble, avec les sommations et les bruits des balles à l’extérieur. Puis la manière dont ils ont été relogés, dans un gymnase d’abord "pendant 10 jours dans des conditions extrêmement précaires" puis dans des logements éphémères, sans jamais avoir pu récupérer leurs affaires, "effets personnels", "médicaments", "papiers", "lunettes de vue" et "jouets" pour les enfants. 

"Cette famille que je représente sera prise entre les feux de la mairie communiste et de l’Etat socialiste de l’époque. Chacun veut rejeter la responsabilité sur l’autre. (…) C’est la première fois que des avocats se sont retrouvés dans une situation comme ça, sur le plan juridique J’ai frappé à toutes les portes et toutes les portes ont été fermées : mairie, chancellerie…  Depuis 2 ans et demi, la chancellerie n’a pas versé un centime d’indemnisation. Pourtant, je me rappelle Mme Méadel venue faire des déclarations dans les médias", a lancé l’avocate qui regrette que ces personnes n’aient pu bénéficier d’aucun soutien financier. 

"Aspirées dans un vide juridique"

"J’ai l’honneur et la lourde charge de représenter depuis 10 jours ceux qui, dans l’élan de leur vie, ont été foudroyés… Il s’agit des victimes des attentats de Paris et puis il y a les victimes oubliées", a indiqué, pour sa part, Me Mouhou au début de sa plaidoirie. "Ces victimes, elles ont un visage, une identité, un nom, un prénom, Vera, Lucille, Marie-Claire et 52 victimes que je représente. Ces victimes ont été aspirées dans un vide juridique : il n’y a pas d’infraction pour vous", a martelé l’avocat, indiquant que ses clients n’étaient pas considérés comme des victimes du terrorisme et qu’ils n’étaient pas non plus "victimes du RAID..."


" Le 18 novembre 2015, on n’a pas simplement délogé des terroristes à Saint-Denis. On a délogé des locataires heureux dans leur habitation", a renchéri Me Mouhou. Comme sa consœur, il a évoqué les traumas de ses clients, après avoir vécu l’assaut de la rue du Corbillon : état de stress, angoisse, cauchemars… "Certains locataires et propriétaires ont même vu les cadavres, les morceaux de chair dans la cour, ce 18 novembre", a-t-il détaillé. 


Comme sa consœur, il a rappelé que ses clients n’avaient pas reçu d’aide. "En 2018, on nous dit qu’on a un secrétariat des victimes… Le 48, rue de la République a été laissé à l’abandon. Il n’y a pas d’assurance pour ces personnes, car elles ne sont pas considérées comme des victimes d’attentats terroristes… ", a-t-il regretté. Avant de conclure : "Je plaide pour que les victimes du 48 soient recevables". 


L’audience se poursuivra mardi, avec les réquisitions du procureur et les plaidoiries des avocats de la défense. Le jugement est attendu dans les jours suivants. 

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