Procès Jawad Bendaoud : insultes, hurlements et évacuation... comment Jawad est devenu ingérable

Justice
JUSTICE – De nouveaux incidents ont éclaté ce lundi dans l’enceinte de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris où est jugé, jusqu’au 14 février prochain, Jawad Bendaoud, ainsi que deux autres prévenus. En quatre jours d'audience, le "logeur de daech" semble de moins en moins supporter la contrariété. Une altercation a eu lieu en fin de journée avec son voisin dans le box... Et Jawad Bendaoud a dû être évacué de la salle.

Des répliques surréalistes, un tribunal médusé,  une  présidente contrainte de suspendre l'audience pour apaiser les esprits et, surtout, calmer deux des prévenus. Au quatrième jour du procès en lien avec les attentats perpétrés à Paris et Saint-Denis le 13 novembre 2015,  la tension est encore allée crescendo.  Et parmi les trois  prévenus, Jawad Bendaoud se montre de plus en plus ingérable... 


Au fil des jours , celui que l'on surnomme "le logeur de daech" est passé de l'irrespect, à l'injure puis à l'incident ciblant pêle mêle la présidente, les avocats puis un des prévenus.   

" Il m’a pris le balai, ça voulait dire 'casse-toi!'"

Car depuis le début de son procès, Jawad Bendaoud n'aime guère qu'on doute de sa version des faits.  Il ne cesse de répéter qu’il ignorait que les deux hommes qu’il avait hébergés dans son squat de Saint-Denis étaient des terroristes. 


Pour le scénario versé par les prévenus. Mohamed Soumah dit avoir rencontré Hasna Aït-Boulahcen par hasard le 16 novembre 2015, trois jours après les attentats. Elle "cherchait de la coke", avait "l’air chelou", et lui a demandé après un hébergement pour deux hommes qui avaient des "problèmes avec leurs femmes".  Mohamed Soumah, charmée  par la jeune femme, lui a rendu service parce qu’il voulait la "baiser". Il a appelé alors Jawad Bendaoud, croisé quelques années plus tôt en prison, avec qui il fait du trafic de stup’, et qui a plusieurs squats. Jawad Bendaoud doit toucher 50  euros pour le logement, Mohamed Soumah 100 euros pour avoir "ramené le plan". 


"Il m’a dit : J’ai passé trois jours de fils de pute ! Là, je veux faire ma prière, me laver et dormir" explique Jawad Bendaoud au sujet d’Abdelhamid Abaaoud. "Il y avait des signes, j’aurais du tilter. Quand le mec me demande de quel côté ont fait la prière ou quand il me prend le balai des mains (le 17 novembre veille de l’assaut dans la planque), j’ai cru que c’était de la courtoisie, en fait, ça voulait dire : "’casse-toi !’", explique-t-il jurant sur la tête de son fils qu'il dit vrai. 

"Madame la présidente, vous ne m’impressionnez pas !"

Mais Jawad Bendaoud déclare ne pas avoir "tilté" malgré les signes. Interpellé le 18 novembre au matin à Saint-Denis près de la planque des terroristes qui lui appartient, il assure encore et toujours qu’il ne connaissait pas le profil de ces deux hommes venus de Belgique. Pour le prouver à la présidente du tribunal, il ose  jeudi dernier, plusieurs comparaisons surprenantes : "Snoop Dog, il fait des soirées avec Ben Laden ? Est-ce que c’est possible ? Non. C’est impensable !" ou encore : "C’est comme pêcher une baleine dans une piscine, c’est pas possible !". 


Isabelle Prévost-Desprez poursuit son interrogatoire. Lui demande ce que veut dire l’expression "refrè » (frère)". Le "logeur",  dans sa veste de l’Inter Milan après celle du PSG portée la veille, sort alors de ses gonds et lui lâche :  "De toute façon, faites ce que vous voulez ! Vous ne m’impressionnez pas". Ce ne sera qu'un début pour le prévenu... 

"Avocat de merde, je vais venir vous voir dehors!"

Bis repetita mais pire le lendemain. Après avoir défié la présidente (puis s’en être excusé dès le début de l’audience vendredi 26 janvier), Jawad Bendaoud, cette fois moulé dans une veste de Borussia Dortmund, ne digère pas les questions des avocats des parties civiles.


Ainsi, à Me Georges Holleaux qui souhaite des précisions sur son emploi du temps les 13 et 14 novembre 2015, il balance :  "Je ne sais pas ce que vous essayez de faire croire là mais c’est pas bien (…) Moi je vais venir vous voir dehors, avocat de merde. On va parler d’homme à homme ! Vous êtes un menteur ! Attention à ce que vous dites !".  L’audience à peine commencée sera suspendue. 


Et ce ne sera pas mieux à la reprise. Me Holleaux en reprend pour son grade: "Vous êtes atteint psychologiquement (…°Je me demande comment vous avez le culot de porter cette robe", lui dit Jawad Bendaoud. Me Olivier Morice, avocat des parties civiles, n’aura guère plus de chance avec le prévenu au moment de ses questions : "Retourne à ta place, je parle plus avec toi !". 

"Enculé de ta mère ! ", "Fils de pute !"

Après la présidente et les avocats, c’est donc Mohamed Soumah qui ce lundi a suscité l’ire de son voisin de box.  Jawad Bendaoud, qui s'est décrit vendredi comme une personne très "calme" enfin, "calme comme une bombe", qui quand on le touche", "explose", a été apparemment approché de trop près ce jour


AInsi, alors que Mohamed Soumah répondait à des questions qui lui étaient posées, le "logeur" dans sa veste du Manchester City n’a guère apprécié l’une de ses réponses au sujet du logement de saint-Denis et de Hasna Aït-Boulahcen. En quelques secondes, sans que personne ne voit rien venir, la la situation a dégénéré: 

-  "Enculé de ta mère, je l’ai lu l’ordonnance"  dit Mohamed Soumah à Jawad  Bendaoud.

-"C’est toi enculé de ta mère" ,rétorque son voisin. 

- "La tête de ma mère je t'ai rien dit, arrête de mentir gros", poursuit Mohamed Soumah.

- "Tu me traites de menteur, sur le Coran je vais te baiser", réplique Jawad Bendaoud.



L’audience est suspendue… Mais les noms d’oiseaux continuent : "Fils de pute, nique ta mère", hurle  Jawad Bendaoud alors qu'il est évacué de la salle par les gendarmes. "Sale pute",  ajoute-t-il alors qu’on ne le voit plus… 


Il reviendra une heure plus tard dans le box, plus apaisé mais les yeux rouges . L’audience, elle, ne reprendra que quelques minutes. Isabelle Prévost-Desprez s’est contentée en effet, comme pour maintenir le calme, de donner la suite du planning, avec l’audition des premières parties civiles mardi. La journée devrait être très émouvante... mais moins tendue du côté des prévenus. 

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Jawad Bendaoud, le "logeur de Daech" en procès

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