Procès Jawad Bendaoud : "Je ne suis pas radicalisé", jure encore Youssef Aït Boulahcen

Procès Jawad Bendaoud : "Je ne suis pas radicalisé", jure encore Youssef Aït Boulahcen

Justice
JUSTICE – La cour d’appel a procédé ce jeudi à l’interrogatoire de Youssef Aït Boulahcen, 26 ans, jugé pour non dénonciation de crime terroriste aux côtés de Jawad Bendaoud, poursuivi lui pour recel de malfaiteurs terroristes. Frère d’Hasna Ait Boulahcen et cousin d’Abdelhamid Abaaoud, cerveau présumé des attentats, tous deux morts dans l’assaut du raid le 18 novembre 2015, le prévenu continue d’affirmer qu’il ignorait tout de la planque de Saint-Denis et de ses occupants.

 Veste foncée sur le dos, pull à col gris foncé, lunettes rectangulaires sur le nez, cheveux ras, Youssef Ait Boulahcen a répondu aux questions du président. Jugé pour non dénonciation de crime terroriste, le prévenu affiche un look discret qui contraste avec celui de Jawad Bendaoud, survêtement rouge et t-shirt Adidas. Mais s’il est discret dans la tenue, Youssef Ait Boulahcen sait hausser le ton pour contester certains des faits qui lui sont reprochés. 


Il jure ainsi ne pas avoir été au courant que sa sœur Hasna était en contact avec leur cousin Abdelhamid Abaaoud, cerveau présumé des attentats du 13 novembre, après les attaques. Les 91 sms et MMS entre ses deux téléphones et celui d’Hasna entre les 15 et le 18 novembre, il n’en a pas connaissance car il "avait bloqué" sa sœur "dès le 15 au soir". "Il n’y a eu que quelques échanges", dit-il. 


" Vos explications face aux enquêteurs, au juge et au tribunal sont très évolutives. D’abord vous dites qu’Hasna vous demande un hébergement soit pour une cousine soit pour un cousin. Après vous dites que vous saviez que c’était Abaaoud et après vous dites que vous ne vous souvenez de rien de tout cela", relève le président. Le magistrat rappelle qu’il avait été notamment question de "buisson" dans les discussions, buisson rue des Bergeries à Aubervilliers où se serait caché Abdelhamid Abaaoud pendant quatre jours avant de rejoindre la planque de la rue de la République à Saint-Denis. 


"C’est pas mes propos qui sont évolutifs, c’est les propos d’Hasna qui sont incohérents", se défend Youssef Ait Boulahcen expliquant que sa sœur était "déstabilisée", qu’elle "affabulait beaucoup" et qu’on ne pouvait par le "forcer à croire quelqu’un qui a des propos incohérents". 

Photo de décapitation, textes antisémites et homophobe

Le président poursuit son interrogatoire et interroge l’homme à la barre sur l’exploitation des données de son ordinateur et téléphones : photos d’Abdelhamid Abaaoud, documentation djihadiste, cliché de décapitation, enfant posant devant un panneau où est écrit 'la Charia est le chemin vers le paradis", propagande antisémite… "Je suis quelqu’un de très curieux, je m’intéresse à tout, à rien. Je me suis renseigné sur des idéologies. C’est juste la curiosité. (…) Libre à chaque individu de faire sa recherche, de se renseigner", répond Youssef Ait Boulahcen. 


Sur la violence de ces textes, il tempère : "Tout est question d'interprétation. Dans tous les écrits de toutes les religions, il y a des extraits durs avec des décapitations, des tortures… "


Enfin le président revient sur différent messages, où les policiers sont des "chiens" ; les homosexuels des gens à qui il faut "couper le zguegue" et les jeter du "haut d’une tour que ça s’écrase bien contre le sol, comme ils font Daech". Et "le climat nauséabond qui règne au pays de Charlie", là encore, il dit avoir "manqué de maturité, avoir généralisé". 

"Le profil le plus inquiétant"

"Je ne suis pas radicalisé", a encore assuré aujourd'hui celui qui a pour photo de profil Facebook un lion. Le procureur de la République n’avait pas cru un seul mot du prévenu en première instance. Pour lui, Youssef Ait Boulahcen est celui dans ce dossier qui a "le profil le plus inquiétant". Selon lui, cet ambulancier "parfaitement radicalisé"  a tout fait pour trouver la planque des deux terroristes, Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh. Et après le 18 novembre, jour de l’assaut à Saint-Denis, il a détruit une de ses puces de téléphone pour "masquer un projet d’attentat d’Abdelhamid Abaaoud, qui voulait frapper à nouveau", en l'occurrence à La Défense, le jeudi suivant les attentats.


Début février, le représentant du ministère public avait requis la peine maximale de 5 ans de prison à l’encontre de Youssef Ait Boulahcen. Il avait été condamné le 14 février à quatre ans de prison dont un an avec sursis, sans mandat de dépôt. Il comparait donc libre. 


Vendredi, le prévenu devra cette fois répondre aux questions des avocats des parties civiles. 

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Jawad Bendaoud, le "logeur de Daech" en procès

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