Procès Jawad Bendaoud : "Je suis pas un menteur… Moi aussi ça va pas dans ma tête"

Procès Jawad Bendaoud : "Je suis pas un menteur… Moi aussi ça va pas dans ma tête"

Justice
JUSTICE - Jugé pour recel de terroristes, Jawad Bendaoud a une nouvelle fois perdu son calme ce vendredi alors qu'il répondait aux questions de l'avocate générale. Le prévenu, qui a été relaxé en première instance, n'avait déjà pas su se contenir pendant l'interrogatoire du président et les avocats des parties civiles.

Au troisième jour de son interrogatoire, Jawad Bendaoud est une fois de plus sorti de ses gonds.  Dès l'avant-veille, le prévenu poursuivi pour recel de terroristes avait déjà averti le président de la cour d'appel en lui disant : "A un moment ça va péter monsieur le juge. Depuis tout à l'heure vous me lancez des piques, ça va péter je vous le dis". Le président  le mettait face aux contradictions apparues dans les versions successives des faits qu'il avait données lors de ses auditions.


Bis repetita ce jeudi, avec les avocats des parties civiles. Convaincus pour beaucoup que Jawad Bendaoud était parfaitement conscient de l'activité terroriste de ceux qu'il hébergeait des terroristes, les conseils des victimes avaient eux aussi questionné le prévenu à l'en faire craquer. "Vous, vous êtes des requins, moi je suis un dauphin, vous êtes en train de me bouffer là. La justice a des tentacules énormes", avait lancé Jawad à la cour et aux avocats. Et de traiter Me Chemla que c'était un menteur et qu'il était "complètement tarté (sic)". Comme mercredi, l'audience avait du être suspendue pour que le calme revienne dans la salle d'audience.


Redoutant sans doute une nouvelle colère du prévenu face aux questions de l'avocate générale, le président a préféré décaler l'interrogatoire prévu jeudi à ce vendredi. Et c'est aujourd'hui que le "pétage de plombs" ainsi nommé par Me Nogueras, avocat de Jawad Bendaoud, a été le plus fort, nécessitant non seulement une suspension mais une expulsion de la salle. 

"Arrêtez de me chauffer avec vos versions. Me chauffez pas!"

L'ire de Jawad Bendaoud est arrivée alors que l'avocate générale l'interrogeait à propos d'une conversation du 17 novembre au soir, alors que les deux terroristes et Hasna Aït Boulahcen viennent de s'installer dans l'appartement de Saint-Denis. Là encore, la représentante du ministère public pointe du doigt les différentes versions livrées par le prévenu et selon elle, quelques incohérences. 


"Arrêtez de me chauffer vous avec vos versions. Me chauffez pas!", lance Jawad Bendaoud à l'avocate générale la menaçant du doigt. Pas de quoi faire dévier l'avocate générale, qui lui intime : "Monsieur, ne me montrez pas du doigt". C'est alors que tout a dégénéré.

"Ma vie elle est nickée"

Jawad Bendaoud tente de plaider une énième fois sa cause, mais explose de colère : "Je suis pas un menteur. On a tous des problèmes. Vous, vous avez des victimes, des problèmes, Moi aussi j'ai des problèmes : mon père est malade, j'ai perdu ma grand-mère, j’ai perdu mon grand-père. Moi aussi ça va pas dans ma tête". Il tape sur le pupitre devant lui. L'exaspération se ressent jusque dans la salle, où on entend quelqu'un souffler après cette nouvelle sortie. Un soupir qui n'échappe pas au prévenu. "Celui qui souffle, je l’attrape dehors, j’encule sa grand-mère. Je vais tous vous enculer un par un, bande de fils de putes "


Victime des attentats à Saint-Denis, Bilal Mokono, persuadé de l'innocence de Jawad Bendaoud dans les faits qu'on lui reproche lui crie : "Parle doucement ! Calme-toi". Il finit par être expulsé de la salle sur ordre du président.


Mais le prévenu est à bout. Il continue de hurler : "Que je sois condamné ou innocent, ma vie elle est niquée". Hystérique, Jawad Bendaoud est finalement évacué par les gendarmes. "Ils sont en train de me rendre fou", crie-t-il à sa sortie, non sans avoir donné son adresse afin que tous ceux qui ont "un problème avec lui" viennent le voir.


Etonnamment, l'audience reprend après 20 minutes de suspension et dans le calme. Non sans menace. "Monsieur Bendaoud, il n'y aura pas une troisième fois ce genre de choses. Après, la cour serait contrainte d'utiliser des voies beaucoup plus contraignantes", déclare le président à la reprise du procès. 

"Ce n'était pas mon but de m'énerver"

Le prévenu s'expliquera plus tard sur son comportement. "Quelle image vous pensez avoir donnée de vous avec ces pétages de plomb innommables ?" lui demande son avocat Me Nogueras. "Je ne suis pas content de cela. Ce n'était pas mon but de m'énerver. Je vais le regretter", déclare le trentenaire dans son jogging bleu, t-shirt rouge Yamaha portant dans le dos la mention "Jawad Bendaoud innocent."


Et de poursuivre, alignant des explications face à son instabilité apparente : "J'ai aucune aide de l'Etat, j'ai aucun suivi, j'ai pas mangé depuis lundi, que des Kinder. C'est des craquages, ils sont pas voulus. Me Nogueras, vous m'avez dit de rester calme. Je présente mes excuses. Je manque pas de respect aux victimes. Il faut qu'elles se mettent à ma place. Quand je défends mon innocence et une femme me dit c'est inadmissible… " 


Jawad Bendaoud rappelle qu'il a passé 27 mois l'isolement. Rappelle que, depuis qu'il est sorti, tout le monde lui saute dessus dans la rue. "Les gens ils me voient ils me filment, ça commence à jouer sur mon cerveau". Il conclut : "Je m'excuse pour mon attitude mais il faut que ces gens (les victimes) se mettent à ma place. Que les gens respectent ma présomption d'innocence et qu'ils comprennent que je peux péter un câble  J'ai des vrais soucis psychologiques, les experts le verraient si on me daisait des expertises approfondies". 

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Jawad Bendaoud, le "logeur de Daech" en procès

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