Procès Jawad Bendaoud : les 687 prénoms des parties civiles résonnent dans la salle d'audience

JUSTICE – Les plaidoiries des avocats des parties civiles qui avaient débuté mercredi se sont poursuivies depuis au procès de Jawad Bendaoud, Mohamed Soumah et Youssef Aït-Boulahcen. Devant les trois prévenus, quatre avocates ont prononcé les prénoms des 687 personnes qui se sont constituées parties civiles dans ce dossier.

Au fil des jours, depuis plus de deux ans maintenant, la liste s’est allongée. Ce vendredi 2 février 2018, au huitième jour du procès de Jawad Bendaoud, Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen, ils étaient des centaines à la remplir.  Ils, ce sont les prénoms et noms des victimes, directes ou indirectes, des attentats perpétrés en novembre 2015 à Paris et Saint-Denis. 


Et ce vendredi, alors que se poursuivent les plaidoiries des parties civiles, quatre avocates - Me Frédérique Giffard, Me Astrid Ronzel, Me Aurélie Coviaux et Me Héléna Christidis-  ont décidé de mettre en avant ces personnes traumatisées à vie par ces attaques en lisant leurs prénoms:  "Jonathan, Akim, Kévin, Sarah, Yacine, Steve, Bruno, Cléa, Agathe, Delphine, Grégory,, Marie, Zoé, Hélène Adama, Khaled, Christine, Christopher, Rafik, Micheline, Fatou...” 


Pendant de près de quinze minutes, ces noms personnels féminins ou masculins ont résoné  dans la salle d’audience dans un calme inhabituel… 

"Pas le procès des attentats du 13 novembre"

 Car depuis plusieurs jours maintenant, ce que certains ont appelé le "Jawad comedy club" a laissé la place à la triste réalité, celle qui a touchée les victimes et leurs proches. "Ce procès n'est pas celui des attentats du 13 novembre. Je le redis une dernière fois, a insisté Me Astrid Ronzel avant de débuter sa plaidoirie. Mais ces 687 victimes ont fait cette démarche car elles se sentent concernées personnellement et elles se sentent touchées par les faits et le comportement des prévenus . Pour les victimes, il existe un préjudice en lien avec ce qui est reproché aujourd’hui à Jawad Bendaoud, Mohamed Soumah et Youssef Aït-Boulahcen". 


"Il ne s'agit pas de victimes symboliques, a rappelé sa consœur Me Aurélie Coviaux. Il y a autant de préjudices différents qu'il y a de victimes. Mais pour tous, il y a la peur."

"Peur que les terroristes poursuivent leurs exactions"

"C’est à mon sens le préjudice moral dont nous demandons aujourd’hui réparation" a plaidé Me Victor Edou dans la foulée avant d’évoquer une expertise faite par Marie de Jouvencel, neuropsychologue. " Selon cette spécialiste, il existe un préjudice moral  lié à la non arrestation directe des terroristes, au fait que les prévenus par leurs interventions l'aient empêchée. (...)  Toutes les victimes (et leurs proches) étaient persuadées après les attentats que les faits allaient se reproduire, que les terroristes poursuivraient leurs exactions dans les hôpitaux, qu’ils allaient finir le travail et s’en prendre à leurs familles", a déclaré Me Edou. 


Car lui, comme ses consœurs et confrères pensent que les trois prévenus qui comparaissent depuis le 31 janvier devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris savaient beaucoup plus qu’ils ne le disent sur les événements survenus entre le 13 et le 18 novembre 2015. 

"Des dizaines de petites mains"

"Aujourd’hui on peut essayer de se demander ce que savait monsieur Jawad Bendaoud des personnes qu’il allait héberger. (…) Je crois que Mr Bendaoud avait une connaissance ou une reconnaissance de qui était ce terroriste Monsieur Abdelhamid Abaaoud" a martelé l’avocat d’Abdallah S. , qui a perdu ses 2 sœurs Hodda et Halima, mortellement blessées à la terrasse du café La Belle Equipe le 13 novembre 2015. 


"La position du parquet c’est de dire : pas d’attentats, donc pas  de victime, circulez. Je ne comprends pas. Un attentat ce n’est pas que quelques hommes, armes à la main qui tuent, c’est toute une nébuleuse, avant et après. Pour commettre les crimes du 13 novembre 2015, il a fallu des dizaines de petites mains",  a affirmé Me Antoine Casubolo Ferro, représentant l’AFVT (Association française des victimes du terrorisme) convaincu que les 3 prévenues ont prêté mains fortes en connaissance de cause. 

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"Une décision juste et impitoyable"

Me Thibault de Montbrial, dernier à plaider ce vendredi, abonde lui aussi  dans ce sens. S’adressant à la présidente il lui lancera avant que l’audience ne soit suspendue : "Mes clients attendent de vous une décision juste et impitoyable". 


Les plaidoiries des parties civiles se poursuivront lundi après-midi. Le procureur prononcera son réquisitoire mardi à partir de 13h30. Suivront les plaidoiries de la défense.

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