Procès Jawad Bendaoud : "Pour la première fois, Youssef Ait Boulahcen a été déstabilisé"

Procès Jawad Bendaoud : "Pour la première fois, Youssef Ait Boulahcen a été déstabilisé"

Justice
JUSTICE – Le troisième jour du procès de Jawad Bendaoud, poursuivi pour « recel de terroristes » et de Youssef Ait Boulahcen, jugé pour "non dénonciation de crime", les avocats des parties civiles et l’avocate générale ont questionné le second prévenu. Plusieurs victimes ont considéré que la représentante du ministère public avait réussi à "déstabiliser" cet homme considéré comme certain comme ayant le "profil le plus inquiétant".

Les questions ont duré près de quatre heures. Poursuivi pour non dénonciation de crime terroriste, Youssef Ait Boulahcen a répondu aux avocats des parties civiles puis à l’avocate générale ce vendredi après-midi. 


Cousin d’Abdelhamid Abaaoud, cerveau présumé des attaques du 13 novembre 2015 et frère d’Hasna Ait Boulahcen, le prévenu qui comparait libre a annoncé dès le début de l’audience qu’il ne répondrait pas aux questions de ceux qui "n’avaient pas respecté" sa présomption d’innocence" et qui avaient  "instrumentalisé la peine et la douleur des victimes".  


"Ils m'ont taxé de radicalisé. Il y a eu une volonté de me diaboliser. Pour ma dignité, je ne répondrai pas à leurs questions", a lancé le prévenu à la barre, col roulé gris, pantalon beige, lunettes rectangulaires sur le nez.

"S'en référer aux PV"

Quand il ne s'en référait pas au PV, l’ambulancier de 26 ans a livré des éléments de réponses, gardant toujours le même cap. Il ne savait pas qu’Abdelhamid Abaaoud était sur le territoire français, il ne savait pas plus que c’est le cerveau présumé des attentats de novembre 2015 que sa sœur Hasna voulait héberger. Il n’a pas non plus été en contact avec sa sœur autant de fois que le prétendent les enquêteurs et il a même fini par "la bloquer face à son insistance".

 

La cagoule retrouvée chez lui, c'était parce qu’il "avait froid". Le pistolet d’alarme ? "Acheté légalement", facture à l’appui. Les documents de propagande islamiste et photo de décapitation déniché sur le disque dur de son ordinateur ? "De la curiosité". Les propos homophobes et antisémites ? "Un manque de maturité". 

"On n'a pas le droit de se renseigner, de lire, de s'instruire?"

L’avocate générale ne croit pas un mot de tout cela. Pour elle, comme le procureur en première instance, cet homme au casier vierge est "radicalisé" . Elle est "surprise" que quelqu’un qui affirme "ne rien avoir à voir avec le terrorisme" ait ainsi en sa possession de la documentation "d’une violence extrême en lien avec le terrorisme".  


"On n'a pas le droit de se renseigner, de lire, de s'instruire, de se cultiver, d'avoir une opinion ? Vous vous dites 'voilà il est musulman, c'est le frère d'Hasna, c'est le cousin d'Abaaoud, il est allé en Mauritanie'. Vous essayez de me taxer de ce que je ne suis pas", rétorque le prévenu. 

"Les terroristes utilisent 5% des sourates seulement"

L'avocate générale est revenue ensuite sur le lion utilisé sur l'un de ses profils sur les réseaux sociaux. Le fauve est une "référence à Ben Laden dans sa tanière", souligne-t-elle. Puis sur ce terme de "100% musulman" qu’il avait utilisé. Elle a rappelé cet avertissement reçu quand il travaillait à la clinique et que sa supérieure l’a trouvée en train de prier. Elle lui a parlé de la fête du Mawlib, que l’on célèbre actuellement et qui est combattue par les salafistes. Puis a pointé du doigt la sourate 2, sur un de ses profils : "Sourate de la vache que l'on trouve dans beaucoup de dossier terro'", a-t-elle noté.  


- "Vous savez que les terroristes utilisent 5% des sourates seulement" a fait remarquer la représentante du ministère public au prévenu.

- "Est-ce que je suis un terroriste moi !?" a lancé Youssef AIt Boulahcen excédé. On essaie de me faire passer pour ce que je ne suis pas, ça m’agace". 


Comme le procureur en première instance (qui avait requis la peine maximal de cinq ans à son encontre), la représentante du ministère public pense que Youssef Ait Boulahcen n’est pas du tout dans un  "islam modéré" et qu’il était au courant de tout ce qu’on lui reproche aujourd’hui. 

" Il n’était pas à l’aise"

"Pour la première fois, Youssef Ait Boulahcen a été déstabilisé. C’est l’avis en tous cas de la majorité des victimes, du 13 novembre ou du 48, rue de la République à Saint-Denis, présents aujourd’hui à l’audience. On l’a clairement senti pas à l’aise face aux questions de l’avocate générale qui a notamment tenter de démontrer, avec des questions précises et pertinentes, qu’il était radicalisé", confie à LCI une victime du 48. 


Mercredi prochain, la cour procédera au début de l’interrogatoire de Jawad Bendaoud, le "logeur de Daech" poursuivi lui pour  "recel de terroriste". "On verra si l'avocate générale sera aussi efficace", dit cette partie civile qui comme les 779 autres attend beaucoup de ce procès. 

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Jawad Bendaoud, le "logeur de Daech" en procès

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